‹ ŒuvresChapitre 6 sur 84 · XIV NOTICE · texte numérisé non relu

XIV NOTICE

même son mari. Le docteur réfute fort bien rimpeccabilîté qui pèche , V attouchement intérieur , et la consommation du mariage , sur quoi il soutient sans dilliculté qu*il faut être un turc , ou peu s^en faut, pour parler de Dieu si charnellement devant une jeune femme , et il renvoie son adversaire au paradis de PAlcoran. La jeune femme de son côté , est fort habile en théologie. Elle a réformé son Pater ^ pour rendre apparemment Jésus-Christ quiétiste ; mais elle a quelque appréhension sur le salut de son âme , parce que la motion divine ne s^est manifestée en elle qu^une fois seulement , oii^lle a manqué la messe un dimanche , par inspiration. i>

a Ce ne fut pas sans doute par motion divine que La Bruyère entreprit cet ouvrage , mais ce ne fut non plus , j'en suis persuadé , par aucun motif de vengeance ou d^intérét personnel. Philosophe et sincèrement chrétien , il voulut venger à la fois les outrages de la raison et ceux de TEglise , prévenir par le ridicule Tailiance de la foi avec la folie, de la véritable dévotion avec la mysticité. U entrait dans son plan de nous montrer un directeur extravagant , et c'était chose facile 3 mais il voulut lui opposer un docteur toujours raisonnable , et il y a moins réussi ; c'est le plus grand défaut de son livre. Du reste on retrouve Thomme d'esprit jusque dans le controversiste ; mais un peu moins le grand écrivain. Le seul Pascal, dans le genre de la satire pieuse , a laissé des modèles de raisonnement , d'adresse ^ de goût , d'éloquence , et d'exquise plaisanterie. La Bruyère assurément ne man* quait point de tout cela ; mais il est resté loin de son modèle : soit que les sectateurs d'Escobar et de Molina qui étaient les juges des confesseurs , et les confesseurs des juges , les précepteurs des jeunes rois et les directeurs des vieux monarques offrissent dans leur méthode de diriger l'intention , et dans leur doctrine pei^verse de la probabilité , un champ plus vaste au mépris satirique et à l'indignation oratoire , que le f fidèle abandon et le baiser spirituel des élèves de madame Guyon , qui prophétisait en vers comme les sibylles , dans la prison de Yincennes , et y chantait le pur amour dans des parodies d'opéra ] soit enfin qu'il fallût un bras aussi fort et aussi adroit que l'était celui de Pascal , pour manier dans de pareils sujets , les traits brûlans de l'éloquence et la poignante ironie , sorte de flèche inévitable quand elle est dirigée par la raison. » Vraisemblablement la dévotion n'a pas permis à l'auteur , de déployer toutes les ressources de son esprit dans une matière qui fut regardée alors comme irès-sérieuse , et qui eut des suites si graves pour la tendre piété de Fénélon.

On a oublié depuis long-temps les diatribes des littérateurs obscurs qui s'étaient déclarés contre l'auteur des Caractèi^ês '^ P. Coste a pris la peine presque inutile de le défendre contre les accusations de Vigneul- Marville ( d'Argonne ), auteur des Mélanges de littérature (i). Un trèsfaible imitateur de La Bruyère, Brillon, auteur du Théophraste mo*derne , a cru devoir aussi faire l'apologie de son maître , ou plutôt il a cru devoir se justifier de l'avoir imité (2). La Bruyère pouvait se passer de ces efforts ,' les nombreuses éditions qu'on a faites de ses

(i) P. Costc, Défense de La Brujrèie,

(a) Brillon , Apologie de La Bruyère, 1701 , in- 12.

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