LIVRE I;^ ' r
nombre des orangers et des autres plantes qu on y conserve ne se sauroit exprimer. Il y a tel de ces arbres qui a résisté aux attaques de cent hivers.
Acanthe, ne voyant personne autour de lui que ses trois amis (celui qui les condùisoit étoit âoigné); Acanthe, dis-je, ne se put tenir de réciter certains couplets de poésie que les autres se souvinrent d avoir vus dans un ouvrage de sa façon,
^^mesHnouç, dit-il , en Provence?
Quel amas d'arbres toujours verts Triomphe ici de Finclémence Des aquilons et des hivers !
Jasmins dont un m doux s'exhale, Fleurs que les vçnts n'ont pu ternir, Ai^inte en blancheur vous égale; Et vous m'en faites souvenir.
Orangers , arbres que j'adore , Que vos parfums me semblent doux !
Ëst-ril dans J'empire de Flore Bi^^ d'agréabic! comme yous? .
Vos firiiits aux écoïces solides Sont lin veritie^blè trésor ; Et le jardin des Hespérides N'avait point d'autires. pomm^. d'or.
Lorsque votre automne s'avance, On voit encor votre printemps;
L^espoir arec la jouissance Logfent chez vous en même temps.
Vos fleurs ont embaumé tout l'air que je respire : Toujours un aimable zéphyre Autour de vous se va jouant.
Vous êtes nains; mais tel arbre géant, Qui déclare au soleil la guerre,
Ne vous vaut pas, Bien qu'il couvre un arpent de terre Avec ses bras.
La nécessité de manger fit sortir nos gens de ce lieu si délicieux. Tout leur dîner se passa à s'entretenir des choses qu'ils avoient vues, et à parler du monarque pour qui on a assemblé tant de beaux objets. Après avoir loué ses principales vertus, les lumières de son esprit, ses qualités héroïques, la science de commander; après, dis-je, l'avoir loué fort long-temps, ils revinrent à leur premier entretien, et dirent que Jupiter seul peut continuellement s appliquer à la conduite de l'univers. Les hommes ont besoin de quelque relâche. Alexandre faisoit la débauche; Auguste jouoit; Scipion et Laèlius s'amusoient souvent à jeter des pierres plates sur l^eau : notre monarque se divertit à faire bâtir des palais, cela est digne d'un roi. Il y a même une utilité générale ; car, par ce moyen, les sujets peuvent prendre part aux plaisirs du prince, et voir avec admiration ce