LIVRE IL
méchants. Us la rassurèrent, et lui apprirent quels étoîent les ôrimes de ceux qu'elle voyoit tourmentés. La belle en demeura toute consolée, n'y trouvant rien quieût du rapport à son aventure. Après tout, la faute quelle avoit commise ne méritoit pas une telle punition. Si la curiosité rendoit les gens malheureux jusqu'en l'autre monde, il n'y auroit pas d'avantage à être femme.
En passant auprès des Champs-Elysées, comme le nombre des bienheureux a de touf temps été fort petit, Psyché n'eut pas de peine à y remarquer ceux qui jusqu'alors avoient fait valoir la puissance de son époux, gens du Parnasse pour la plupart. Us étoient sous de beaux ombrages, se récitant les uns aux autres leurs poésies, et se donnant des louanges continuelles sans se lasser.
Enfin la belle fut amenée devant le tribunal de Pluton. Toute la cour de ce dieu demeura surprise. Depuis Proserpine ils ne se souvenoient point d'avoir vu d'objet qui leur eût touché le cœur, que celui-là seul. Proserpine même en eut de la jalousie ; car son mari regardoit déjà la belle d'une autre sorte qu'il n'a coutume de faire ceux qui approchent de son tribunal, et il ne tenoit pas à lui qu'il ne se défît de cet air terrible qui fait partie de son apanage. Sur-tout il y avoit du plaisir à voir Rhadamanthe se radoucir. Pluton fit cesser pour quelques moments les souffrances et 5. i5
les plaintes des malheureux, afin que Psyché eût «ne audience plus favorable.
Voici à-peu-près comme elle parla, adressant sa voix tantôt à Phiton et à Proserpineronjointement, tantôt à cette déesse seule :
Vous sous qui tout fléchit, déités dont les lois
Traitent également les bergers et les rois ;
Ni le désir de voir, ni celui d'être vue,
Ne me font visiter une cour inconnue :
J'ai trop appris, hélas ! par mes propres malheurs,
Combien de tels plaisirs engendrent dis douleurs.
Vous voyez devant vous l'esclave infortunée
Qu'à des larmes sans fin Vénus a condamnée.
C'est peu pour son courroux des maux que j'ai soufferts :
Il faut chercher encore un fard jusqu'aux enfers.
Reine de ces climats, faites qu'on me le donne.
Il porte votre nom; et c'est ce qui m'étoiine.
Ne vous offensez point, déesse aux traits si doux;
On s'aperçoit assez qu'il n'est pas fait pour vous.
Plaire sans fard est chose aux déesses facile :
A qui ne peut vieillir cet art est inutile.
C'est moi qui dois tâcher, en l'état où je suis ,
A réparer le tort que m'ont fait les ennuis.
Mais j'ai quitté le soin d'une beauté fatale.
La nature souvent n'est que trop libérale.
Plût au sort que mes traits, à présent sans éclat,
N'eussent jamais paru que dans ce triste état!
Mes sœurs les envioient : que mes soeurs étoient folles!
D'abord je me repus d'espérances frivoles.
Enfin l'Amour m'aima : je l'aimai sans le voir.
Je le vis, il s'enfuit, rien ne put l'émOUvoir;
11 me précipita du comble de la gloire.