LIVRE II
moyen; Où en trouveroit-eUe un meilleur que celui qu'elle avoit en sa puissance, que de s'appliquer un peu de ce fard qu'elle portoit à Vénus? Non qu'elle eût dessein d'en abuser, ni de plaire à d'autres qu'à son mari; les dieux le savoient: pourvu seulement qu'elle imposât à l'Amour, cela suffiroit. Tout artifice est permis quand il s'agit de regagner un époux. Si Vénus Tavoit crue si simple que de n'oser toucher à ce fard, elle s'étoit fort trompée: mais, qu'elle y touchât ou non, Cythérée l'en soupçonneroit toujours ; ainsi il lui seroit inutile de s'abstenir.
Psyché raisonna si bien, qu elle s'attira un nouvesa malheur. Une certaine appréhension toutefois la retenoit: elle regardoit la boite, y portoit la main, puis l'en retiroit, et l'y reportoit aussi-^ tôt. Après un combat qui fut assez long, la victoire demeura, selon sa coutume, à cette malheureuse curiosité. Psyché ouvrit la boîte en tremblant , et à peine l'eut-elle ouverte , qu'il en sortit une vapeur fuligineuse, une fumée noire et pénétrante qui se répandit en moins d'un moment par tout le visage de notre héroïne , et sur une partie de son sein. L'impression qu elle y fit fut si violente, que Psyché soupçonna d'abord quelque sinistre accident, d'autant plus qu'il ne restoit dans la boite qu une noirceur qui la teignoit toute.
Psyché alarmée, et se doutant presque de ce qui lui étoit arrivé ,, se hâta de sortir de cette cave ,
23o LES AMOURS DE PSYCHÉ, impatiente de rencontrer quelque fbntadne, dans laquelle elle pût apprendre Fétat où cette vapeur Tavôitmise. Quand elle fut dans la tour, et quelle se présenta à la porte , les épines <^l la bouchoient , et qui s'étoient d elles-mêmes détournées pour laisser passer Psyché la première fois, lie la reconnoissant plus, l'arrêtèrent. Là tour fu{ contrainte de lui demander son nom. Notre infortunée le lui dit en soupirant. Quoi! c'est vous, Psyché! Qui vous a teint le visage de cette sorte? Allez vite VOU& laver, et gardez bien de vous présenter en cet état à votre mari. Psyché court à lin ruisseau qui n'étoit pas loin, le cœur lui battant de telle manière que Phaleine lui manquoit à chaque pas. Enfin elle arriva sur le bord de ce ruisseau, et, s'étant penchée, elle y aperçut la plus belle Mo re du monde. Elle n'avoit ni le ne» ni la bouche comme l'ont celles que nous voyons , mais enfin c'étoit une More. Psyché, étonnée, tourna la tête pour voir si quelque Africaine ne se regardoit point derrière elle. N'ayant vu personne, et certaine de son malheur, les genoux commencèrent à lui faillir, les bras lui tombèrent. Elle essaya toutefois inutilement d'effacer cette noirceur avec Fonde.
Après s'êti^e larvée long* temps sans rien avancer: O destins! s'écria-t-elle, me condamnerezvous à pprdre aussi la beauté? Cythérée, Gythérée, quelle satisfaction vous attend! Quand je me