LIVRE IL 23i
présenterai parmi vos esclaves, elles me rebuteront;, je serai le déshonneur de votre cour. Qn ai-je fait qui méritât une telle honte? ne vous suffisoit-il pas que j'eusse perdu nies parents, mon mari, les richesses, la liberté, sans perdre encore Tunique bien avec lequel les femmes se consolent de tous malheurs? Quoi! ne pouviez-vous attendre que les années vous vengeassent? c'est une chose sitôt passée que la beauté des mortelles! la ihélan-^ colie seroit venue au secours du temps. Mais j'alî tort de vous accuser : c'est moi seule qui suis la cause de mon infortune ; c'est cette curiosité incorrigible qui, non contente de m'a voir ôté les bonnes grâces de votre fils, m'ôte aussi le moyen de les regagner. Hélas ! ce sera ce fils le premier qui me regardera avec horreur, et qui me fuira. Je l'ai cherché par tout 1 univers, et j'appréhende de le trouver. Quoi! mon mari me fuira! mon mari qui me trouvoit si charmante! Non, non, Vénus, vous n'aurez pas ce plaisir; et, puisqu'il m'est défendu d'avancer mes jours , je me retirerai dans quelque désert où personne ne me verra! j'achèverai mies destins parmi les serpents et parmi les lojtips : il s'en trouvera quelqu'un d'assez pitoyable * pour mû dévorer.
Dans ce dessein elle court à une forêt voisine,
* Assez sensible à la pitié. Le mot pitoyable s'emploie actuellemeat rarement dans oe sens, qui est cependant le sens propre.
senfoxice dans le plus profond,. choisit pour principale retraite un antre effroyable. Là son occupation est de soupirer et de répandre des larmes : ses joues s'aplatissent, ses yeux se cavent; ce nétoit plus celle de qui Vénus étoit devenue jalouse: il y avoit au monde telle mortelle qui lauroit regardée sans envie.
L'Amour commençoit alors à sortir; et, conune il étoit guéri de sa colère aussi bien que de sa brûlure, il ne songeoit plus qu'à Psyché. Psyché devoit faire son unique joie ; il devoit quitter ses temples pour servir Psyché : résolutions d'un nouvel amant. Les maris ont de ces retours, mais ils les font peu durer. Ce mari-ci ne se proposoit plusjde fin dans sa passion, ni dans le bon traitement qu'il avoit résolu de faire à sa femme. Son dessein étoit de se jeter à ses pieds, de lui demander pardon ,^ de lui protester qu'il ne retomberoit jamais en -de telles bizarreries. Tant que la journée duroit il s entretenoit de ces choses : la nuit venue, il continuoit, et continuoit encore pendant son sommeil., Aussitôt que l'aurore commençoit à poindre, il l,a prioit de lui ramener Psyché; car la fée l'avoit assuré qu'elle reviendroit des enfers. Dès que le soleil étoit levé, notre époux quittoitle lit, afin d'éviter les visites de sa mère, et s'alloit promener dans le bois où la belle Éthiopienne avoit choisi sa retraite : il le trouvoit propre à entretenir les rêveries d'un amant.