‹ ŒuvresChapitre 12 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

qui n'est pas fait pour eux. Tant de beaux jardins et de somptueux édifices sont la gloire de leur pays. Et que ne disent point les étrangers! Que ne dira point la postérité quand elle verra ce chefs-d'œuvre de tous les arts !

Les réflexions de nos quatre amis finirent ave leur repas. Ils retournèrent au château; virent le dedans, que je ne décrirai point, ce seroit un œuvre infinie. Entre autres beautés, ils s'arrête rent long-temps à considérer le lit, la tapisseri et les sièges dont on a meublé la chambre et 1 cabinet du roi. C'est un tissu de la Chine, plei de figures qui contiennent toute la religion dé c pays-là. Faute de brachmane, nos quatre amis n comprirent rien.

Du château ils passèrent dans les jardins, < prièrent celui cjui les conduisoit de les laisser dai la grotte ' jusqu'à ce que la chaleur fût adoucie ils avoient fait apporter des sièges. Leur billet v< noit de si bonne part, qu'on leur accorda ce qui demandoient : même afin de rendre le lieu pli frais, on en fit jouer les eaux. La face de ceti gfotte est composée, en dehors, de trois arcades

* n s*agit ici de la ^^rotte de Tëlbys , qui depuis a été détmiti mais dont il existe une description qui est le meilleur commei taire de celle de notre poète. Voyez Description de la grotte de V« tailles; a Paris ^ de V imprimerie Royale y 1679, in-folio» Le texti qui est de Fëlibien, a onze pages, et le nombre des planches e de vingt.

3o LES AMOURS DE PSYCHÉ, qui font autant de portes grillées'. Au milieu dune des arcades est un sdleU, de qui les rayons servent dfs barreaux aux portes ^ : il ne s. est jamais rien inventé, de )Si 4 ppopos^ ni de si plein d'art. Au-dessus sont trois ba^-reliefs^. . .

Dans l'un, le dieu du jour achève sa carrière. ' Le sculpteur a marqué ces longes traits de lumière, Ces rayons dont Féclat, dans les airs s'ëpanchant , Peint d'un si riche émail les portes du couchant^. On voit aux deux côtés le peuple d'A'm'athorite Préparer le chemin sur des dauphins quHl m6nte4» Chaque amour à Tenvi semble se réjouir De l'approche du dieu dont Téthys va jouir, Des troupes de ^séphyrs dans les airs se promènent, Les tritons empressés sur les flots vont et viennent 5»

' Ces trois portes étoient en fer : elles ont été gravées par le Pôtre, en 1672. Voyez planche II de la description , etc.

* Ces rayons étoient dorés, et comme ils étoient tournés au couchant, quand le soleil frappoit dessus , ib faisôient un effet mal^que, et paroissoient de véritahies traits de lumière. ,

^ Ce bas-relief du soleil, qui se couche dans la mer, étoit de 6îrard Vanôpst'al<lè'firuk'ellés. Voyez la planche III de la description gravée pïirle Pèfre en lôyS".

* Ces petits amours, qui se jouent avec les dauphins , formoient quatre médaillons ronds sur la plinthe au-dessous, et étoient du même sculpteur que les bas-reliefs. Voyez les planches V et VI de la description.

^ Ces troupes de tritons et de néréides étoient deux grands bas -reliefs carrés sur la pliuthe en haut et de chaque côté du soleil, qui, sur son char, se précipitoit dans là mer.' Ils étoient du même sculpteur cjue les précédents. Voyez planche IV de la des^ eription, gravée aussi par le Pôtre, en 1673.

LIVBE 1. 3i

Le dedans de la grott^e est tel , que les regards, Incertains de leur^ choix, coiujent de toutes parts '. Tant d'ornements .divers, tous x^pables.de plaire,

Font accorder Je>pri* tantôt au statuaire,

Et tantôt à celui dont Fart industrieux .

Des trésors d'An](pbitrile a reyétu ce3 lieux. La voûte et le pavé sont d'un rare assemblage : Ces cailloux que la mer pousse sur son rivage, Ou qu'enferme en son sein le terrestre élément, Différents en couleur, font maint compartiment'. Au haut de six pillera d'une égale. structure, Six masques de rocaille, à grotesque figure , Songes de l'art, démons bizarrement forgés.

Au-dessus d'une niche en face sont rangés ^.

De mille raretés la niche est toute pleine :

Un triton d'un coté, de l'autre une sirène, Ont chacun une conque en leurs mains de rocher; Leur souffle pousse, un jet qui va loin s'épancher^.

' Vis-à-^vis les trois portes il y avoit des enfoncements séparés par deux gros massifs ou piliers isolés. Apollon étoit dans renfoncement dn milieu, et les chevaux dans les deux autres. Voyez la planche VU de la description dont Tintitulé est : Vu£ du fond de la grotte ornée de trois groupes de marbre blanc ^ qui représentent le soleil au milieu des nymphes de Téthys^ et ses chevaux pansés par les tritons; gravés par le Pôtre en 1676.

' Ces coquilles étoieht séparées par des bandes de différents marbres.

* Voyez, dans la description, la planche XV, gravée par Ghau- ▼eau en 1676. Elle représente ces masques de coquillages et de rocailles.

^ CTest-à-dire un jet d*eau qui tomboit dans une coquille de marbre. Voyez Félibien, page 5 de la description, et les planches Vm, IX, X, XI, XII et XIII, gravées par le Pôtre en 1673. Elles représentent les piliers ornés de coquillages et de rocailles, avec un bassin de marbre blanc en forme de coquille.

Au haut de chaque niche un bassin répand Ponde : Le masque la vomit de sa g^orge profonde ' ; Elle retombe en nappe, et compose un tissu Qu'un autre bassin rend sitôt qu'il Fa reçu.

Le bruit , Féclat de l'eau , sa blancheur transparente, . D'un voile de cristal alors peu ditférente, Font goûter un plaisir de cent plaisirs mêlé. Quand l'eau cesse, et qu'on voit son cristal écoulé, La nacre et le corail en réparent l'absence:

Morceaux pétrifiés, coquillage, croissance, Caprices infinis du hasard et des eaux, Reparoissent aux yeux, plus brillants et plus beaux; Dans le fond de la grotte, une arcade est remplie De marbres à qui l'art a donné de la vie.

Le dieu de ces rochers , sur une urne penché. Goûte un morne repos, en son antre couché.

L'urne verse un torrent; tout l'antre s'en abreuve; L'eau retombe en glacis , et fait un large fleuve ^.

J'ai pu jusqu'à présent exprimer quelques traits De ceux que l'on admire en ce moite palais :

Le reste est au-dessus de mon foible génie.

Toi qui lui peux donner une force infinie , Dieu des vers et du jour, Phébus, inspire-moi : Aussi bien désormais faut-il parler de toi. Quand le soleil est las , et qu'il a fait sa tâche, Il descend chez Téthys, et prend quelque relâche ;

' Ce masque, au moyen d'un lien de fleur, étoit soutenu d'une main par le triton et la sirène. Dans un cadre étoit le chiHre du roi surmonté de la couronne de France.

* On ne voit que dans la planche VII de la description cette figure de fleuve. Elle étoit placée dans une arcade au-dessus. de renfoncement du milieu et du groupe où est Apollon. Félihien , (pages 6 et 7) dit que l'aviron tenu par le dieu -fleuve étoit en nacre.

Page 1