LIVRE IL
eUes, il est naturel que le contraire lanéantisse. Je ne vous demande donc plus d'amour; ayez seulement de Taniitié, ou, si je n'en suis pas digne, quelque peu de compassion. Il est de la qualité d^un dieu comme vous d'avoir pour esclaves des personnes de mon sexe : faiies-moi la grâce \
que j'en sois une.
L'Amour trouva sa femme plus belle après ce discours qu'il ne l'avoit encore trouvée. Il se jeta 1
à son cou. Vous ne m'avez , lui repartit-il , demandé que de Tamitié, je vous promets de l'amour. Et consolez-vous ; il vous reste plus de beauté que n'en ont toutes les mortelles ensemble. Il est vrai que votre visage a changé de teint, mais il n'a nullement changé de traits : et ne comptez-vous pour rien le reste du corps? Qu'avez-vous perdu de lis et d'albâtre en comparaison de ce qui vous en est demeuré? Allons voir Vénus. Cet avantlage qu'elle vient de remporter, quoiqu'il soit petit, la rendra |
eànténte , et nous réconciliera les uns et les autres : 1
sinon j'aurai recours à Jupiter, et je le prierai de vous rendre votre vrai teint. Si cela dépendoit de moi, vous seriez déjà ce que vous étiez lorsque vou» lue rendîtes amoureux ; ce seroit ici le plus beau moment de vos jours : mais un dieu ne sauroit défaire ce qu'un autre dieu a fait ; il n'y a que Jupiter à qui ce privilège soil accordé. S'il ne vous rend tous vos lis, sanç qu'il y en ait un seul de perdu , je ferai périr la race des animaux et des
a4o LES AMOURS DE PSYCHÉ, hommes. Que feront les dieux après cela? Pour les roses, c'est mon affaire ; et pour lembonpoint, la joie le ramènera. Ce n est pas encore assez, je veux que TOlympe vous reconnoisse pour mon épouse.
Psyché se fût jetée à ses pieds, si elle neût su comme on doit agir avec TAmour. Elle se contenta donc de lui dire en rougissant: Si je pouvois être votre femme sans être blanche, cela se« roit bien plus court et bien plus certain.
Ce point-là vous est assuré, repartit TAmour; je Fai juré par le Styx: mais je veux que vous soyez blanche. Allons nous présenter à Vénus.
Psyché se laissa conduire, bien qu elle eût beau» coup de répugnance à se montrer, et peu d espérance de réussir. La soumission aux volontés de son époux lui fermoit les yeux : elle se seroit résolue, pour lui complaire, à des choses plus difficiles. Pendant le chemin elle lui conta les principales aventures de son voyage, la merveille de cette tour qui lui avoit donné des adresses ; TAchéron, le Styx, Tàne boiteux, le labyrinthe, et les trois gueules de son portier; les fantômes qu elle avoit vus, la cour de Pluton et de Proser-^ pine; enfin son retour, et sb curiosité quellemême jugeoit très digne d'être punie.
Elle achevoit son récit quand ils arrivèrent à ce château qui étoit à mi-chemin de Paphos et d'Amathonte. Vénus se promenoit dans le parc. On