‹ ŒuvresChapitre 114 sur 136 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

toat le plaisir et la joie que sa jalousie lui avoit promis. Un mouvement de compassion l'empêcha de jouir de sa vengeance et de la victoire qu'elle remportoit, si bien que, passant d'une extrémité en une autre; à la manière des femmes, elle se mit à pleurer, releva elle-même notre héroïne, puis Tembrassa. Je me rends, dit-elle. Psyché; oubliez le mal que je vous ai fait. Si c'est effacer les sujets de haine que vous avez contre moi, et vous faire une satisfaction assez grande^ que de vous recevoir pour ma fille, je veux bien que vous la soyez. Montrez-vous meOleure que Vénus, aussi bien que vous êtes? déjà plus belle; ne soyez pas si vindicative que je l'ai été, et allez changer d'habit. Toutefois, ajouta-t-elle, vous avez besoin de repos. Puis, se tournant vers les Grâces: Mettez-la au bain qu'on a préparé pour moi, et faites-la reposer ensuite; je Tirai voir en son lit.

La déesse n'y manqua pas, et voulut que notre héroïne couchât avec elle cette nuit-là; non pour l'ôter à son fils : mais on résolut de célébrer un nouvel hymen , et d'attendre que notre belle eût repris son teint. Vénus consentit qu'il lui fût rendu; même qu'un brevet de déesse lui fût donné, si tout cela se pou voit obtenir de Jupiter.

L'Amour ne perd point de temps, et, pendant que sa mère étoit en belle humeur, s'en va trouver

244 LES AMOURS DE PSYCHÉ, le roi des dieux. Jupiter, qui avoit appris Thistpire de ses amours, lui en demanda des nouvelles ; comme il se portoit de sa brûlure ; pourquoi il abandonnoit les affaires de son état L'Amour répondit succinctement à ces questions, et vint au sujet C[ui Tamenoit.

Mon fils, lui dit Jupiter en lembrassant, vous ne trouverez plus d'Éthiopienne chez votre mère : le teint de Psyché est aussi blanc que jamais il fut : j ai fait ce miracle dès le moment que vous m'avez témoigné le souhaiter. Quant à l'autre point, le rang que vous demandez pour votre épouse n'est pas une chose si aisée à accorder qu'il vous semble. Nous n'avons parmi nous que trop de déesses. C'est une nécessité qu'il y ait du bruit où il y a tant de femmes. La beauté de votre épouse étant telle que vous dites, ce sera des sujets de jalousie et de querelles, lesquelles je ne viendrai jamais à bout d'apaiser. Il ne faudra plus que je songe à mon office de foudroyant ; j'en aurai assez de celui de médiateur pour le reste de mes jours. Mais ce n'est pas ce qui m arjrête le plus. Dès que Psyché sera déesse, il lui faudra des temples aussi bien qu'aux autres. L'augmen-* tation de ce culte nous diminuera notre portion. Déjà nous nous morfondons sur nos autels, tant ils sont froids et mal encensés. Cette qualité de dieu deviendra à la fin si commune, que les Mortels ne se mettront plus en peine de l'honorer.

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