‹ ŒuvresChapitre 115 sur 136 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

Que vous importe? reprit TAmour : votre félicité dépend-elle du culte des hommes? Qu'ils vous négligeât, qu'ils vous oublient, ne vivez-vous pas ici heureux et tranquille, dormant les trois quarts du temps, laissant aller les choses du monde comme elles peuvent, tonnant et grêlant lorsque la fantaisie vous en vient? Vous savez combien quelquefois nous nous ennuyons: jamais la compagnie n'est bonne s'il n'y a des femmes qui soient aimables. Cybéle est vieille; Junon, de mauvaise humeur; Gérés sent sa divinité de province, et n'a nullement l'air de la cour ; Minerve est toujours armée; Diane nous rompt la tête avec sa trompe : on pourroit faire quelque chose d'assez bon de ces deux dernières; mais elles sont si farouches, qu'on ne leur oseroit dire un mot de galanterie. Pomone est ennemie de l'oisiveté, et a toujours les mains rudes. Flore est agréable, je le confesse; mais son soin l'attache plus à la terre qu'à ces demeures. L'Aurore se lève de trop grand matin, on ne sait ce qu'elle devient tout le reste de la journée. Il n'y a que ma mère qui nous réjouisse; encore a-t-elle toujours quelque affaire qui la détourne, et demeure une partie de l'année à Paphos, Cythère, ou Amathonte. Comme Psyché n'a aucun domaine, elle ne bougera de l'Olympe. Vous verrez que sa beauté ne sera pas un petit ornement pour votre cour. Ne craignez point que les autres lui portent envie: ily atrop d'inéga-

lité entre ses charmes et les leurs. La pltis intéressée c'est ma mère , qui y constat.

Jupiter se rendit à ces raisons, et accorda à FAmour ce qu'il demandoit. Il témoigna qu'il apportoit son consentement à l'apothéose, par une petite inclination de tête qui ébranla légèrement l'univers, et le fit trembjer seulement une demiheure.

Aussitôt l'Amour fit mettre les cygnes à son char, descendit en terre, et trouva sa mère qui elle-même faisoit office de Grâce autour de Psyché, non sans lui donner mille louanges et presque autant de baisers. Toute cette cour prit le chemin de l'Olympe, les Grâces se promettant bien de danser aux noces.

Je n'en décrirai point la cérémonie, non plue que celle de l'apothéose : je décrirai encore moins les plaisirs de nos époux ; il n y a qu'eux seuls qui pussent être capables de les exprimer. Ces plaisirs leur eurent bientôt donné un doux gage de leur amour, une fille qui attira les dieux et les hommes dès qu'on la vit. On lui a bâti des temples sous le nom de la Volupté,

O douce Volupté, sans qui, dès notre enfance, Le vivre et le mourir nous deviendroient égaux ; Aimant universel de tous les animaux, Que tu sais attirer avecque violence !

Par toi tout se meut ici-bas.

C'est pour toi , c'est pour tes appaâ , *

Page 1