LIVRE IL
Que nous CQorons après la peine :
n n'est soldat, ni capitaine, Ni ministre d'état, ni prince, ni sitjet,
Qui ne fait pour unique objet.
Nous autres nourrissons, si, pour fruit de nos veilles ^ Un bruit délicieux ne charmoit nos cueilles.
Si nous ne nous sentions chatouillés de ce son,
FerionsHOLOus un mot de chanson ?
Ce qu'on apl^lle gloire en termes magnifiques, Ce qui servoit de prix dans les jeux olympiques, N'est que toi proprement, divine Volupté.
Et le plaisir des sen^ n'est-il de rien compté?
Pourquoi sont faits les dons de Flore,
Le Soleil couchant et l'Aurore,
Pomone et ses mets délicats,
Bacchus, l'ame des bons repas.
Les forets, les eaux, les prairies.
Mères des douces rêveries?
/Pouiquoi tant dé beaux-arts, qui tous sont tes enfants? Mais pourquoi les Chloris aux appas triomphants,
, Que pour maintenir ton commerce?
J'entends innocemment: sur son propre désir
Quelque rigueur que l'on exerce ^
Encore y prend-on du plaisir.
Volupté, Volupté, qui fus jadis maîtresse
Du plus bel esprit de la Grèce, Ne me dédaigne pas, viens^t'en loger chez, moi;
Tu n'y seras pas sans emploi :
J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, La ville et la campagne, enfin tout; il n'est rien
Qui ne me soit souverain bien , Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancohque. Viens donc; et de ce bien, 6 douce Volupté,
Digiti
Veux-tu savoir au vrai la mesure certaiae?
11 m'en faut tout au moins un siècle bien compté; Car trente ans ce n'est pas la peine.
Polyphile cessa de lire. Il n avoit pas cru pouvoir mieux finir que par l'hymne de la Volupté, dont le dessein ne déplut pas tout-à-fait à ses trois amis.
Après quelques courtes réflexions sur les principaux endroits de l'ouvrage: Ne voyez- vous pas, dit Ariste, que ce qui vous a donné le plus de plaisir, ce sont les endroits où Polyphile a tâché d'exciter en vous la compassion?
Ce que vous dites est fort vrai , repartit Acanthe ; mais je vous prie de considérer ce gris de lin , ce couleur d'aurore, cet orangé, et sur-tout ce pourpre, qui enyironnent le roi des astres. En effet, il y avoit très long -temps que le sqir ne s'étoit trouvé si beau. Tjc Soleil avoit pris son char le plus éclatant et ses habits les plus magnifiques.
n sembloit qu'il se fût paré Pour plaire aux filles de Nérée; Dans un nuage big;arrë Il se coucha cette soirée.
L'air étoit peint de cent couleurs:
' Jamais parterre plein de fleurs N'eut tant de sortes de nuances.
Aucune vapeur ne gâtoit,