LIVRE I
Cest ainsi <pie Louis s'en Ta se délasser
D'un soin que tous les jours il faut recommencer.
Si j'étois plus savant en l'art de bien écrire,
Je peindrois ce monarque étendant son empire :
11 lanceroit la foudre; on verroit à ses pieds
Des peuples abattus, d'autres humiliés. v
Je laisse ces sujets aux maîtres du Parnasse;
Et pendant que Louis , peint en dieu de la Thrace ,
Fera bruire en leurs vers tout le sacré vallon,
Je le célébrerai sous le nom d'Apollon '.
Ce dieu, se reposant sous ces voûtes humides, Est assis au milieu d'un chœur de néréides ^. Toutes sont des Vénus , de qui l'air gracieux N'entre point dans son cœur, et s'arrête k ses yeux. Il n'aime que Téthys, et Téthys les surpasse. Chacune, en le servant , fait office de grâce. Doris verse de l'eau sur la main qu'il lui tend. Ghloé dans un bassin reçoit l'eau qu'il répand ^. A lui laver les pieds Mélicerte s'applique 4. Delphire entre ses bras tient un vase à l'antique. Gliméne auprès du dieu pousse en vain des soupirs^:
' Apollon ëtoit le dieu -soleil, et Ion doit se rappeler que Louis Xiy avoit pris pour emblème un soleil.
' Ce groupe, dans la description^ fait le sujet de la planche XVI, belle estampe qui a été dessinée par Pierre Monier, et gravée par Édelinck en 1678. L'intitulé porte: Le Soleil, après avoir achevé son cours, descend chez Téthys, oà sii des nymphes sont occupées à le servir et à lui offrir toutes sortes de rafraîchissements. La figure d*Apollon est de Girardon.
' Ce sont les figures marquées n° IV dans la planche ; elles sont de GirardoD.
* Cette figure- est celle du n° III sur la planche. Elle est aussi de Girardon.
^ Ce sont les figures à la' droite d'Apollon et à gauche de la 5. 3
Hélas ! c'est un tribut qu'elle envoie aux zéphyrs :
Elle, rougit parfois, parfois baisse la vue;
(Rougit, autant que peut rougir une statue :
Ce sont des mouvements qu'au défaut du sculpteur
Je veux faire passer dans l'esprit du lecteur. )
Parmi tant de beautés, Apollon est sans flamme;
Celle qu'il s'en va voir seule occupe son ame.
Il songe au doux moment où, libre et sans témoins ,
Il reverra l'objet qui dissipe ses soins.
Oh ! qui pourroit décrire en langue du Parnasse
La majesté du dieu, son port si plein de grâce.
Cet air que l'on n'a point chez nous autres mmrtels,
Et pour qui l'âge d'or inventa les autels !
Les coursiers de Phébus , aux flambantes narines.
Respirent l'ambrosie en des grottes voisines.
Les tritons en ont soin : l'ouvrage est si parfait,
Qu'ils semblent panteter du chemin qu'ils ont fait ^
Aux deux bouts de là grotte, et dans deux enfonçures,
Le sculpteur a placé deux charmantes figures :
L'une est le jeune Acis^, aussi beau que le jour.
Les accords de sa flûte inspirent de.Famour :
Debout contre le roc , une jambe croisée,
grayure. Les trois femmes en arrière sont du sculpteur lliomas Regnaudin , de Moulins.
* Voyez les planches XVIT et XVIII de la description : la première gravée en 1675 par Bernard Picafd, la seconde en 1676 par Etienne Baudet. Elles sont intitulées : Groupe de marbre blanc représentant deux chevaux du soleil et deux tritons qui les pansent. Le groupe de la planche XVII , qui ëtoit dans l'enfoncement, à droite du spectateur, a été fait par les sculpteurs Gaspar et Balthazar de Marcy, de Cambrai ; celui de gauche, ou de la planche XVIII, par Jules Guérin, Parisien.
* Sujet de la planche XIX dans la description. Cette planche a été gravée par Édelinck. L*intitulé est statue étAcis. Celte statue est de Baptiste Tubi , Romain.