DE LA SECONDE ÉDITION EN 167I
Il y a loDg-temps que cet ouvrage est composé; et peut'-étre n en est-il pas moins digne de voir la lumière. Quand j'en conçus le dessein, j'avois plus d'imagination que je n'en ai aujourd'hui. Je raé^ tois toute ma vie exercé à ce genre de poésie que nous nommons héroïque : c est assurément le plus beau de tous, le plus fleuri, le plus susceptible d ornements, et de ces figures nobles et hardies qui font une langue à part, une langue assez chaiv mante pour mériter qu'on l'appelle la langue des dieux. Le fonds que j'en avois fait , soit par la lecture des anciens, soit par celle de quelques uns de nos modernes, s'est presque entièrement consumé dans l'embellissement de ce poëme, bien que l'ouvrage soit court, et qu'à proprement parler il ne mérite que le nom d'idylle. Je l'avois fait marcher à la suite de Psyché, croyant qu'il étoit à propos de joindre aux amours du fils celles de la mère. Beaucoup de personnes m'ont dit que je faisois tort à l'Adonis. Les raisons qu'ils en apportent sont bonnes; mais je m'imagine que le public
se soucie très peu d'en être informé; ainsi je les laisse à part. On est tellement rebuté des poèmes À présent, que j'ai toujours craint que celui-ci ne reçût un mauvais accueil et ne fût enveloppé dans la commune disgrâce : il est vrai que la matière n y est pas sujette. Si d un côté le goût du temps m est contraire, de l'autre il m'est favorable. Combien y a-t-il de gens auj ourd'hui qui ferment l'entrée de leur cabinet aux divinités que j'ai coutume de célébrer? il n'est pas besoin que je les nomme, on sait assez que c'est l'Amour et Vénus; ces puis^ sances ont moins d'ennemis qu elles n'en ont ja^ mais eus. Nous sommes en un siècle où on écoute assez favorablement tout ce qui regarde cette fa«mille; pour mor qui lui dois les plus doux mo* ments que j'aie passés jusqu'ici, j'ai cru ne pouvoir moins faire que de raconter ses aventures de la façon la plus agréable qu'il m'est possible.
Je n ai pas entrepris de chanter dans ces vers ' Rome ni ses en&nts vainqueurs de Funivers, Ni les femeuses tours qu Hector ne put défendre , Ni les combats des dieux aux rives du Scamandre : Ces sujets sont trop hauts, et je manque de voix ; Je n'ai jamais chanté que Fombrage des bois, Flore 9 Écho y les zéphyrs , et leurs molles haleines. Le vert tapis des prés et largent des fontaines. G est parmi les forets qu a vécu mon héros; C'est dans les bois qu Amour a troublé son repos. Ma muse en sa Êiveur de myrte s'est parée ; J'ai voulu célébrer Tamant de Cythérée',
» Vabiantes. Adonis, poëme, parJ. de La Fontaine, tel qu*ilfui présenté h Fouquet en i658, publié pour la première fois , tf après le manuscrit original, par C, A. Walckenaer, iSaS, in-S^, p. i3, yen i:
Que Ton n'attende pit qae je dunite «n ce» Ters.
' Vab. Dans le manuscrit de iGSS, imprimé en i8a5, les quatre ▼ers qa*on vient de lire sont ainsi, p> i3, vers 9*1 a :
Cependant M^*'™^'^^'!'^ ™^ ^^ ^^* s'élever :
Dans nn plus noble ehàmp je aie vais épronver ; D'ornements précieux ma mnse s*est parée , J'entreprends de chanter Pâmant de Ùfàièrée.
i6o ADONIS.
Adonis , dont la vie eut des termes si courts ,
Qui fut pleuré des Bis , qui fut plaint des Amours.
Aminte , c est à vous que j offre cet ouvrage ;
Mes chansonsetmes vœux, toutvousdoitrendrehommage:
Trop heureux si j'osois compter à Tunivers
Les tourments infinis que pour vous j'ai sou£Gerts!
Quand vous me permettrez de chanter votre gloire,
Quand vos yeux, renommés par plus d'une victoire,
Me laisseront vanter le pouvoir de leurs traits ,
Et Fempire d'Amour accru par vos attraits ,
Je vous peindrai si belle et si pleine de charmes,
Que chacun bénira le sujet de mes larmes.
Voilà Tunique but où tendent mes souhaits.
Cependant recevez le don que je vous fais ;
Ne le dédaignez pas : lisez cette aventure,
Dont, pour vous divertir, j ai tracé la peinture *.
* Var. Dans le itianasGrit de i658, imprimé en iSa5, p. i3 et 14» yen i5-28, on lit les vers suivants au lieu des quatorze qui précèdent :
Fonquet , fnniqae bat des ùnweun d'Uranie »
Digne objet de nos chants, Taste et noble génie» Qni seul peut embrasser Unt de soins à-la-fois , Honneur du nom public , défenseur de nos lois , Toi, dont Tame s'élève aa-dessas du vulgaire, Qui connois les beaoz-arts , qui sais ce qui doit plaire , Et de qui le pouvoir, quoique peu limité 9 Par le rare mérite est encor surmonté, Vois de bon oeil cet œuvre , et consens pour ma (^ire Qu'avec toi Ton le place au temple de mémoire. Par toi je me promets un étemel renom :
Mes vers ne monrront pas assistés de ton nom.
Aux monts idaliens un bois délicieux De ses drbres chenus semble toucher les cieux. Sous ces* ombrages verts loge la Solitude.
Là le jeune Adonis, exempt d'inquiétude.
Loin du bruit des cités , s'exérçoit à chasser, Ne croyant pas qu^Amour pût jamais Ty blesser ^. A peine son menton d'un mol duvet s ombrage, Qu^aux plus fiers animaux il montre ^ son courage. Ce n'est pas le seul don qu'il ait reçu des cieux : Il semble être formé pour le plaisir des yeux 4. Qu'on ne nous vante point le ravisseur d'Hé]éne,
Ne les dédaifne pat , et lit cette aTenture , Dont ponr te dirertirj'ar tracé la peinture.
Ces yers ayant été imprimes dans an jonmal comme étant ime ëpitre dëdicatoire à Foaqnet, j'en avois augmenté le nombre des ëpitres dans Tédition de i8a3, t. VI, p. Sg, après les avoir publiés pour la première fois dans les Œuvres de La Fontaine y i830« in-i8, p. 358.
■ Vab. Pai^e 14, vers 3i :
Sont leurt omhragrt, etc.
' Vâb. Face 14, ▼«» 34 :
l'y pût Tenir bletser/
^ Vah. Page 14) vers 36:
il fait Toir son courage.
* Vab. Page 14) Ters 38-43. Ce yen et les quatre qui suivent, dans notre manuscrit de 1 658, sont différents, et on y lit:
Et bien qu'enfant du crime il plait à tout les yeux. Gupidon prend ches lui tes plut eertaînet armet. Ce que Narcitte aimoift n'eut jamais tant de durmet. Anttî tait-il ranger nulle cœurt tout tet loit. Le bruit de ta beauté tort bientôt de cet boit.
a62 ADONIS.
Ni celui qui jadis aimoit une ombre yaine ,
Ni taQt 4'autres héros fameux par leurs aj^s ;
Tous ont cédé le prix au fils de Cyniras \
Déjà la Renommée» en naissant inconnue.
Nymphe qui cache enfin sa tête dans la nue'.
Par qn charmant récit amusant Tniiivers,
Va parler d'Adonis à cent peuples divers ,
A ceux qui sont sous TOurse, aux voishis de F Aurore,
Aux: filles du Sarmate, aux pucelles du More.
Paphos sur ses autels le voit presque élever,
Et Je çomF de Vénus ne sait où se sauver.
L'image du héros , qu'elle a toujours présente ,
Verse au fond de son ame une ardeur violente :
Elle invoque son fils, elle implore ses traits ,
Rt tâche d'assembler tout ce qu'elle a d'attraits.
Jamais on ne lui vit un tel dessein de plaire ;
JXkçu pç lui semble hi&n , les Grâces ont beau faire ^
* Selon la tradition la plus commune, Adonis fut le fruit du commerce incestueux de Myrrha avec son père Cynîre. (Voyez Ovide, Métam., liv. X, fab. z, ▼. 5o3.) ]iygio, fable L^m^ nomme Smyme lalfille de Gynire, mère d* Adonis. Une autre tradition nommoit Theios le père d* Adonis ; mais toutes disent que ce père était roi d*As8yrie : ce qui prouve que cette fable a une origine orientnle. (Voyez Apo]llp4Q|'Çt )W* IU« S i^) Antoninus liberalis, Narrât 34; Oppien, Halieut, III, t. 4^3; Lucien, de la Déesse de 'Syrie, c. vi; et Pindare, Pyth. 11, ▼. 27 et 28.)
■ Var. Page i4, "vers 43 et 44*
Déjà la ResMRnoft à fioncùr âovte prête, Moatun tfùiuttpîan âtà «n$n.povia«a tête.
^ Var. Page 14, T^rs Si eX, 5^, Au liçu d^^ si» vei:9.qi|i précè-
Enfin , s accompagnant des plus discrets Amours , Aux monts idaliens elle dresse son cours.
Son char, qui trace en lair de l(mgs ti^aits de lumière, A bientôt achevé Famoureuse carrière.
Elle trouve Adonis près des bords d'un ruisseau ; Couché sur des gazons , il rêve , au bruit de Teau * . Il ne voit presque pas Tonde qu il considère: Mais leclat de^ beaux yeux qu on adore en Gythère La bientôt retiré d'un penser si profond.
Cet objet le tforprend, Tétonne , et le confond ^ ; tl admire les traits de la fille de Fonde.
Un long tisfiu de fleurs , ormuit sa tresse blonde , Avoit abandonné ses cheveux aux zéphyrs ; Son écbarpe , qui ycie au gré de leurs soupirs , Laisse voir lea trésors de sa gorge d'albâtre. Jadis en cet état Mars en ftit idolâtre.
Quand aux champs de TOlympe on célébra des jeux Pour les Titans défaits par son bras valeureux. Rien ne manque à Venu», ni les lis , ni le» roses , Ni le mélange exquis des plus aimables choses ,
dent, dans le maauwrit djs i6i5S, uaprimué en iBa5, oa ne lit que les deux derniers:
lamaû. on ne lai vit un tel déissin de pkiM ; Rien ne lai semble bio^» lo4 Gracet-ont Wa» faire.
* Vab. Page i5, vers 56 «t 67 i
Elle trouve Adonis qui rêve an bruit de l'eau y Cottcfaë négligemment sar les bords dun ruisseau.
' Vab. Page ^5^ vers 63 et 64* h»* soiae ¥ers qui suivent, et qui sont au nombre des ph» Im^ux de tout le pcnëmey «e se trouvent pas dans le maniMent de i65S^) impriiaé en i^iSu
a64 ADONIS.
Ni ce charme secret dont 1 œil est endbanté , Ni la grâce , plusJbelle encor que la beauté. * • Telle on vous voit, Aminte : une glace fidèle Vous peut de tous ces traits présenter un modtie ; Et y s'il fEiUoit juger de lobjet le plus d6ax , Le sort seroit douteux entre Vénus et vous.
Tandis que le héros admire Gythérée, Elle ren4 par ces mots son ame rassurée ^ 2 Trop aimable mortel , ne crains point nlon aspect ; Que de la part d'Amour rien ne te soit suspect : En ces lieux écartés c est lui seul qui m'amène. Le ciel est ma patrie » et Psq)hos mon domaine *. Je les quitte pour toi ; vois si tu veux m'akner. Le transport d'Adonis ne se peut exprimer ^.
O dieux ! s'écria-lril, n est«ce point quelque songe?
' Var. Page i5, vers 63 et 64:
La dkarmante Véaas d'édbl eanroaaée.
Rend par ce* mou le calme à son ame étonniée.
■ Var. Page i5, vers 66 et 67: *
Dans ces sombres forêts c^esi lui seul qw m'amène. Encor qvLÛ soit mon fils, c'est l'auteur de ma peine.
' Var. Page 1 5, vers 69, au lieu de ces deux vers, dans le manuscrit de i658, on trduve les suivants:
Il m'oblige à quitter les cieuz où je ne voi Rien de si grand que lui , ni de si beau que moi. Pour toi je viens chercher un séjour soliuire, Et renonce aux autels à moins que de te plaire. Je ponrrois employer mon fils et tous tes traits ; Mais je ne veux devoir ton ceenr qu'à mes attraits ; Tu ne le peux, dn moins, refuser à ma flamme.
POÈME. a65
Puis-je embrasser Terreur où oe discours me plonge?
Charmante déité» tous dois-je ajoniter foi?
Quoil vous quittez les deux, et les quittez pour moi!
Il me seroit permis d aimer une immortelle!
Amour rend ses sujets tous ég^ux, lui dit-^elle ;
La beauté» dont les traits même aux dieux sont si doux^
Est quelque chose enoor de plus divin que nous.
Nous aimons , nous aimons , ainsi que toute chose ;
Le pouvoir de mon fils de moinmême dispose:
Tout est né pour aimer^ Ainsi parle Vénus ;
Et ses yeux éloquents en disent beaucoup plus ,
Ils persuadent mieux que ce qu a dit sa bouche.
Ses regards, truchements de Tardeur qui la touche^
Sa beauté souveraine, et les traits de son fils,
Ont contraint Mars d^aimer : que peut &ire Adonis?
Il aime , il sent couler un brasier dans ses veines ;
Les plaisirs qu'il attend sont accrus par ses peines :
Il désire , il espère , il craint , il sent un mal
A qui les plus grands biens n'ont rien qui soit égal.
Vénus s*en aperçoit , et feint qu'elle l'ignore :
Tous deux de leur amour semblent douter encore ;
Et, pour s'en assurer, chacun de ces amants
Mille fois en un jour £Edt les mêmes serments \
* Vâb. â la place des ving^t-sept vers qui précèdent on lit ceux-ci dans le manuscrit de i65S, p* i5, vers 76-90 :
Déesse, répond-il, que f adore en mon ame, Begardes quels hoimeiirs ToOre dÎTinité Peut exiger de moi dans on bois écarté.
Je sais TOtre puissance à Paphos sonTeraine:
Celle de votre fils sans yous eût été vaine ,
Quelles sont les douceurs qu en ces bois il» goûtèrent! O vous de qui les voix jusqu'aux astres montèrent, Lorsque par vos chansons tout l'univ«*s charmé Vous ouït célébrer ce couple bien aimé, Grands et nobles espiits, chantres incomparables, Mêlez parmi ces sons vos accords admirables '. Écho, qui ne tait rien , vous conta ces amoors ; Vous les vîtes gravés au fond des antres sourds : Faites que j'en retrouve au temple de mémoire . Les monuments sacrés, source de votre gloire^. Et que, m'étant formé sur vos savaates mains , Ces vers puissent^ passer aux derniers des humains '
. Et si jfB a'eosse vu vo« célestes attraits , J'eusse empêché mon cœur d'être en butte à ses traits ; Mais nous est-Il permis d*aimer une immortelle? Tbos les sii)«ts d'Amour ao«t égaux , lui dit-elle : £t même la beauté » dont les traits sont si doux , Est quelque chose encor de plus divin que nous. Cependant que Vénus par ees mots l'encourage, |1 «(hnire son pof | , sa tpUie , et son visage : Leurs yeux , qui pour témoins n'ont que les yeux du Jour , Ne se rencontrent pas sans se parler d'amour. Quels sont, etc....
' Var. Au lieu des cfuafre Ters qui précédent on lit ceui qui suiTent, dans le manuscrit d? i658, p. 16^ vçrs 9^*97 :
Quand, par vous-même instruits de tels rarissements, Vous chantez les plaisirs goûtés par nos amants , Si jamais j'ai besoin des faveurs dU Parnasse , Faites que je réponde à vos chants pleins de gfacc.
* Var. Page 16, r^n 100:
Les monuments sacrés, auteurs de votre gloire.
* Var. Page 16, ner* Iflîl ;
Ceci puisse passer....
Tout ce qui naît de doux en Tamoureux empire , Quand d'une égale ardeur Fun pour Tantre on soupire. Et que, de la contrainte ayant banni les lois, On se peut assurer au silance des bois.
Jours devenus moments, moments filés de soie, Agréables soupirs, pleurs enfants de la joie, Vœux, serments et regards, transports, ravissements. Mélange dont se Ëiit le bonheur des amants; Tout par ce couple heureux fut lors mis en usage. Tantôt ils choisissoi'ent l'épaisseur d'un ombrage : Là, sous des diénes vieux où leurs chiffres gravés Se soDt avec les troncs accrus et conservés , Mollement étendus ils consumoient les heures. Sans avoir pour témoins, en ces sombres demeures. Que les chantres des bois, pour confidents qu'Amour, Qui seul guidoit leurs pas en cet heureux séjour '. Tantôt sur des tapis ' d'herbe tendre et sacrée Adonis s'endormoit auprès de Cythérée, Dont les yeux, enivrés par des charmes puissants, Attachoient au héros leurs regards languissants K
* Var. Page 17, Ters 1 16 et 1 18, au lieu des trois vers qui précédent on lit dans notre manuscrit : {
Tandis que Philomèle , en ces sombres demeures , Se plaifpaoit aux échos, et d*une triste voix Accusoit de son sort le silence des bois.
* Var. Page 1 7 , vers 1 19 :
.... sur des|pizons....
* Var. Page 17, vers lai et laa :
Qui repaissoit ses yeux des beautés du héros , Pendant qu'il jonissoit d'un paisible repos.
a68 ADONIS.
Bien souvent ils chantoientles douceurs de leurs peines; Et quelquefois assis sur le bord des fontaines , Tandis que cent cailloux, luttant' à chaque bond, Suivoient les longs replis du cristal vagabond, Voyez, disoit Vénus, ces ruisseaux et leur course ; Ainsi jamais le temps ne remonte à sa source : Vainement pour les dieux > il fuit d'un pas léger ^ Mais vous autres mortels le devez ménager.
Consacrant à TAmour la saison la plus belle ^. Souvent, pour divertir leur ardeur mutuelle, Us dansoient aux chansons, de nymphes entourés. Ck)mbien de fois la lune a leurs pas éclairés, Et, couvrant de ses rais^ Fémail d'une prairie ^, Les a vus à lenvi fouler Therbe fleurie !
Combien de fois le jour a vu les antres creux
* Var. P9ge 1 7 , vers i a5 , et dans les éditions de 1669 et de 167 1 :
.... Initants...
Cest ainsi qu'on ecrivoit à cette époque. Voyez ci-apràs, p. 275. •.Va». Page 17, vers i2^z
En vain à notre égard. . . .
* Var. Page 17, vers i3o:
Et pendant vos beaux jours employer votre séle.
* Rayons.
Et, regardant le soleil , elle va
Dire ces mots : Par la lumière sainte ,
Des luisants ma environnée et ceinte.
IflAROT, Métamorphoses dOvide, liv. I, t. IV, p. 54-
* Var. Page 17, vers i35:
Et sur le tendre émail d'nnp verte prairie.
Complices des larcins de ce couple àmourelix ' ! Mais n'efntreprenons pas d'ôter le voile sombre De ces plaisirs amis du silence et de Fombre.
Il est tenips de passer au funeste moment Oii la triste Vénus doit quitter son amant.
Du bruit de ses amours Papbos est alarmée ; On dit qu au fond d^un bois la déesse charmée » Inutile aux mortels, et sans soins de leurs vœux, Benonce au culte vain de ses temples fameux.
Pour dissiper ce bruit, la reine de Cythère Veut quitter pour un temps ce séjour solitaure» Que.ce cruel dessein lui causa de douleurs ' ! Un jour que son amant la voyoit tout en pleurs , Déesse 9 lui dit-il , qui causez mes alarmes, Quel* ennui si profond vous oblige à ces larmes? Vous aurois-je ofiFensée, ou ne m'aime2>vous plus? Ahl dit-elle, quittez ces soupçons superflus ; Adonis tâcheroit en vain de me déplaire^ :
Ces pleurs naissent d'amour, et non pas de colère. D'un déplaisir secret mon cœur se sent atteint :
' Vab. Page i7,.ver8 187 et i3S:
Combieii de fois le jour a yu Wantres sourds Complices des larcins qa ont produits leurs amours!
' Vaii. Page 18, vers 149 à i Si , ce vert et les deux suivanU sont
Et faire qu'Adonis souhaite ses fatenrs. -
1!Tn jour que le héros, la Toyant tout en pleurs ,
Lui dit : Oljef divin , dont fadore les eharmci.
*Vab. Pagei8,verii55:
Vous TOUS efforceriec en vain de me déplaire.
Il faut que je tous quitte , et le sort m y contraint ; Il le faut. Vous pleurez 1 Du moins ^ en mon absence, Conservez-moi toujours un cœur plein de constance ^^ Ne pensez qu à moi seule, et qu'un indigne choix Ne vous attache ^ point aux nymphes de ces bois : Leurs fers après les miens ont pour vous de la honte 3. Sur-tout de votre sang il me feut rendre compte. Ne chassez point aux ours, aux sangUers , aux lions ; Gardez-vous d'irriter tous ces monstres félons : Laissez les animaux qui , fiers et pleins de rage, Ne cherchent leur salut qu'en montrant leur courage; Les daims eties chevreuils, en fuyant devant vous^, Donneront à vos sens des plaisirs bien plus doux. Je vous aime, et ma crainte a d assez jtistes causes. Il sied bien en amour de craindre toutes choses. Que deviendrois-«je , hélas 1 si le sort rigoureux Me privoit pour jamais de l^objet de mes vœux^ !...
* Vab. Page 18, vers 160:
Ao moins poyes fidèle , ayw de la constance.
* Var. Page 18, vers i6a :
Ne vous soumette....
' Vab. Page 18, vers i63:
.... sont poar vous pleins de honte.
* Var. Page 18, vors 169, ce vers et le suivant sont ainsi :
Et coupables qu'ils sont de cent cruels repas ,
Ne veulent point mourir qu'en vengeant leur trépas.
Je vous aime , etc.
' Var. Page 18, vers 173 et 174 ^ cm d«iis vers 9ànt aiffisi :
Si quelque coup fatal vous forçoit à pélrir.
Que deviendnnt V^U «n n« pouvant «éiirir?
Là y se fondant en pleurs , on voit croître ses charmes V Adonis lui répond seulement par des larmes.
Elle ne peut partir de ces aimables lieux ; Cent humides baisers achèvent ses adieux.
O vous , tristes plaisirs où leur ame se noie , Vains et derniers efforts d'une imparfaite joie , Moments pour qui le sort rend leurs vœux superflus, Délicieux moments^ vous ne reviendrez plus !
Adonis voit un char descendre de la nue :
Gythérée y montant disparolt à sa vue.
C'est en vain que des yeux il la suit dans les airs ^.
Bien ne s'offre à ses sens que Thorreur des déserts.
Les Vents, sourds à ses cris, renforcent leur haleine :
Tout ce qu il vient de voir lui semble une ombre vaine.
Il appelle Vénus, fait retentir les bois,
Et n'entend qu'un écho qui répond à sa voix.
C'est lors que, repassant dans^ sa triste mémoire
n nous semble cpie ces deux vers sont meilleurs cpie ceux que La Fontaine leur a préférés.
* Mœsta erat m vuttu , mœsta decenter erai.
OviD. {Jm. II, V. 44. ) La Fontaine a dit depuis dans la Matrone d*Éphèse :
Jeune et belle elle avoit sens les pleurs de l'éclat. Fénelon, liyre I, a dit de Télémaque, t. I, p. i4, édition de M. Boissonade : « Les lâltnes qui couloient le long de ses joaes « donnèrent un nouveau lustre à sa beauté. »
' V4B. Page 19, vers i85 :
En Tain d'un re^jard fixe il la sait dans les air». ^ Var. Page 19, vers 191 :
.... reipatiantçn....
2JH ADONIS.
Ce que naguère il eut de plaisir et de gloire , Il tâche à rappeler ce bonheur sans pareil :
Semblable à ces amants trompés par le sommeil, Qui rappellent en yain pendant la nuit obscure Le souvenir confus d'une douce imposture.
Tel Adonis repense à Theur qu'il a perdu ; Il le conte aux forêts , et n'est point entendu : Tout ce qui l'environne est privé de tendresse ■ ; Et, soit que des douleurs la nuit enchanteresse Plonge les malheureux au suc de ses pavots , Soit que l'asti^e du jour ramène leurs travaux , Adonis sans relâche aux plaintes s'abandonne, De sanglots redoublés sa demeure résonne >.
Cet amant toujours pleure, et toujours les zéphyrs En volant vers Paphos sont chargés de soupirs. La molle oisiveté , la triste solitude , Poisons dont il nourrit sa noire inquiétude , Le livrent tout entier au vain ressouvenir^ Qui le vient malgré lui sans cesse entretenir.
* Var. Page 19, vers 199:
.... est exempt de tendresse.
' Vàb. Pages 19 et ao, yers aoi à ao5. Les cinq vers quipr^édent, et le commencement de celui qui suit, sont ainsi:
Soos les profonds replis d'un voile tëné||reax. Cache aux yeux des mortels le sort des malheureux , Soit que Tastre brillant qui le jour noA envoie , De ceux qui sont heureux ressuscite la joie , Le héros toujours pleure....
» Vab. Page ao, rers 209 :
.... au cmel souTenir.
Enfin , pour divertir Tennui qui le possède , On lui dit que la chasse est un puissant remède ^ Dans ces lieux pleins de paix , seul avecque Tamour, Ce plaisir occupoit les héros^d'alentour.
Adonis les assemble , et se plaint de Touti^ge Que ces champs ont reçu d'un sanglier' plein de rage. Ce tyran des forêts porte par-tout leflfroi ; Il ne peut rien souffrir de sûr autour de soi : L avare laboureur se plaint à sa femille ^ Que sa dent a détruit Fespoir de la faucille : L'un ci*aint pour ses vergers, Fautre pour ses guérets; Il foule aux pieds les dons de Flore et de Gérés : Monstre énorme et cruel, qui souille les fontaines, Qui fait bruire les monts , qui désole les plai^4, Et , sans craindre leffort des voisins alarmés , S'apprête à recueillir les grains qu'ils ont semés. Tâcher de le surprendre est tenter l'impossible ; Il habite en un fort, épais , inaccessible.
Tel on voit qu'un brigand &meux et redouté Se cache après ses vols en un antre écarté , Fait des champs d'alentour de vastes cimetières , Ravage impunément des provinces entières,
' Var. Page ao, vers ai 2 :
La duuse loi temble être un touverain remède.
' On faisoit alors sanglier de deu syllabes.
' Var. Page 20, verg 219: ^
Maint et maint laboureur. ...
* Var. Page ao, vers 224 ^
.... qui ravage les plaines.
Laisse gronder les lois, se rit de leur courroux,
Et ne craint point la mort , qu il porte au sein de tous :
L'épaisseur des forêts le dérobe aux supplices.
C'est ainsi que le monstre a ces bois pour complices.
Mais le moment fatal est enfin arrivé
Où, malgré sa fureur, en son sang abreuvé.
Des dégâts qu il a &its il va payer Tusiure.»
Hélas ! qu'il vendra cher sa mortelle blessure !
Un matin que l'Aurore au teint frais et riant
A peine avoit ouvert les portes d'orient, *
La jeunesse voisin^ autour du bois s'assemble :
Jamais tant de héros ne s'^toient vus ensemble.
Anténor le premier sort des bras du sommeil,
Et vient au rendez-vous attendre le soleil ;
La déesse des bois n'est point sir matinale :
Cent fois il a surpris l'amante de Géphale ;
Et sa plaintive épouse a maudit mille fois
Les veneurs et les chiens , le gibier et les bois.
H est bientôt suivi du satrape Alcaméne,
Dont le long attirail couvre toute la plaine.
C'est en vain que ses gens se sont chargés de rets;
Leur nombre est assez grand pour ceindre les forêts.
On y voit arriver Bronte au cœur indomptable,
Et le vieillard Capys , chasseur infatigable ,
Qui , depuis son jeune âge ayant aimé les bois S
Rend et chiens et veneurs attentifs à sa voix.
' Var. Page ai , yen 267 :
.... ayant suivi les bois.
Si le jeune Adonis leût aussi voulu croire , Il n auroit pas sitôt traversé Fonde noire.
Comment Tauroit-il cru , puisqu en vain ses amours Lavoient sollicité d avoir soin de ses jours? Par le beau Gallion la troupe est augmentée.
Gilippe vient après, fils du riche Acantée.
Le premier, pour tous biens, n'a que les dons du corps ; L autre , pour tous appas , possède des trésors. Tous deux aiment Ghloris , et Ghloris n aime qu'elle : Us sont pourtant parés des faveurs de la belle. Phlégre accourt, et Mimas , Palmire aux blonds cheveux , Le robuste Grantor aux l^ras durs et nerveux. Le Lycien Tékme , Agénor de Garie , Le vaillant Triptolème, honneur de la Syrie, Paphe expert à lutter ' , Mopse à lancer le dard > Ly caste , Palémon , Glauque , Hilus , Amilcar ; Cent autres que je tais , troupe épaisse et confuse : Mais peut*on oublier la charmante Aréthuse, Aréthuse au teint vif > aux yeux doux et perçants, Qui pour le blond Palmire a des feux innocents? On ne Tinstruisit point à manier la laine ; Courir dans les forêts , suivre un cerf dans la plaine , Ce sont tous ses plaisirs : heureuse si son cœur
* Vab. Page 22, vers 278 :
.... à luiter....
Cette même orthographe se retrouve dans Téditioa de 1669, p. 4? 3 ; et en effet, Nicot, dans son Dictionnaire, écrit luitte et luitter, an lieu de lutte et de lutter. — Dans Brantôme on trouve toujours le mot luite pour lutte. Voyez Dames galantes, Disc. V, ëdit. de La Haye, t. III, p. 187 et p. 207.
Eût pu se garantir > d'amour comme de peur!
On la voit arriver sur un cheval superbe Dont à peine les pas sont imprimés sur Therbe; D'une charge si belle il semble glorieux :
Et, comme elle, Adonis attire tous les yeux:
D'une fatale ardeur déjà son front s'allume ; Il marche avec un air plus fier que de coutume. Tel Apollon marchoit quand l'énorme Python L'obligea de quitter l'ombre de l'Hélicon^.
Par l'ordre de Capys la troupe se partage.
De tant de gens épars le nombreux équipage, Leurs cris, l'aboi des chiens, les cors mêlés de voix, Annoncent l'épouvante aux hôtes de ces bois.
Le ciel en retentit, les échos se confondent, De leurs palais voûtés tous ensemble ils répondent. Les cerfs, au moindre bruit à se sauver si prompts. Les timides troupeaux des daims aux larges fronts. Sont contraints de quitter leurs demeures secrètes : "Le bois n'a plus pour eux d'assez sombres retraites. On court dans les sentiers , on traverse les forts ; Chacun, pour les percer, redouble ses efforts.
Au fond du bois croupit une eau dormante et sale :
' Var. Page 22, vers 28a :
Eût pa se rendre exempt. ...
' Var. Pag«j a 2 , vers 389 et 390, les deux vers qui précèdent sont ainsi :
Tel autrefois marchoit , de son double vallon , Contre un vaste serpent le divin Apollon.
Là le monstre se plaît aux vapeurs qu'elle exhale ; Il s'y vautre sans cesse, et chérit un séjour Jusqu'alors ignoré des mortels et du jour.
On ne 1 en peut chasser ; du souci de sa vie Bien plus à sa valeur qu à sa fuite il se fie. Les cors ont beau sonner, lair a beau retentir ; Bien ne sauroit encor l'obliger à partir.
Cependant les destins hâtent sa dernière heure. Dryope la première * évente sa demeure :
Les autres chiens, par elle aussitôt avertis, Bépondent à sa voix , frappent l'air de leurs cris. Entraînent les chasseurs, abandonnent leur quête; Toute la meute accourt, et vient lancer la b,éte, S anime en la voyant , redouble son ardeur :
Mais le fier animal n'a point encor de peur.
Le coursier d'Adonis , né sur les bords du Xanthe, Ne peut plus retenir son ardeur violente :
Une jument d'Ida l'engendra d'un des Vents ; Les forêts l'ont nourri pendant ses premiers ans. Il ne craint point des monts les puissantes barrières ,, Ni Taspect étonnant des profondes rivières , Ni le penchant affreux des rocs et des vallons ; D'haleine en le suivant manquent les aquilons. Adonis le retient pour mieux suivre la chasse.
Enfin le monstre e^t joint par deux chiens dont la race
* Vab. Page 23, vers 3ia :
Dryope au sa^e nez. . . .
278 AJÎONIS.
Vient du vite Lélaps , cpû fiit Tunique prix
Des larmes* dont Géphale apaisa sa Procris :
Ces deux chiens sont Mélampe et IWdente Sylvage.
Leur sort fut différent, mais non pas leur courage :
Par Thomicide dent Mélampe est mis à mort;
Sylvage au poil de tigre attendoit même sort.
Lorsque Tun des chasseurs se présente à la béte.
Sur lui tourne aussitôt lefibrt de la tenq)éte :
Il connoît, mais trop tard, qu'il s'est trop avancé;
Son visage pâlit, son sang devient glacé;
L'image du trépas en ses yeux est empreinte :
Sur le teint des mourants la mort n'est pas mieux peinte.
Sa peur est pourtant vaine, et, sans être blessé.
Du monstre qui le heurté il se sent terrassé.
Nisus , ayant cherché son salut sur un arbre,
Rit de voir ce cjiasseur plus froid que n^est un marbre ' :
Mais lui-m^ne a sujet de trembler à son tour. .
Le sanglier coupe l'arbre-; et les lieux d'alentour
Résonnent du iracas dont sa chute est suivie :
Nisus encore en l'air &it des vœux pour sa vie.
Conterai-je en détail taaiA de puissants efibrts,
Des chiens et des chasseurs les différentes morts ,
Leurs exploits avec eux cachés sous l'ombre noire?
Seules vous les savez , ô filles de Mémoire :
Venez donc m'inspirer; et, conduisant ma voix.
Faites-moi dignement célébrer ces exploits.
* Var. Page 24» vers 344 *•
Contemple ce chasseur étendu comme un marbre^
Deux lices d'Aaténor, Lycoris et Niphale, Veulent qu aux yeux de tous leur ardeur se signale. Le vieux Gapys lui-même eut soin de les dresser : Au sanglier Tune et lautre est ^ prête à se lancer. Un mâtin les devance , et se jette en leur place ; C'est Phlégon^ qui souvent aux loups donne la chasse. Armé d'un fort collier qu on a semé de clous , A Toreille du monstre il s attache en courroux : Mais il sent aussitôt le redoutable ivoire ; Ses flancs sont décousus; et, pour comble de gloire, Il combat en mourant , et ne veut point lâcher L endroit où sur le montre il vient de s attacher.
Cependant le sanglier^ passe à d'autres trophées : Combien voit-on sous lui de trames étouffées ! Combien çn coupe-t-il ! Que d'hommes terrassés ! Que.de chiens abattus, mourants, morts, et blessés * Chevaux, arbres , chasseurs, tout éprouve sa rage. Tel passe un tourbillon messager de Forage ; Telle descend la foudre , et d un soudain fracas Brise , brûle, détruit, met les^ rochers à bas. Crantor d'un bras nerveux lance un dard à la bête : Elle en frémit de rage , écume, et tourne tête , Et son poil hérissé semble de toutes parts Présenter au chasseur une forêt de dards.
Il n en a point pourtant le cœur touché de crainte.
* Solécisme que La Fontaine auroit pu facilement éviter. ' Vab. Page 25, vers 367 :
Cependant ranimai. . . .
28o ADONIS.
Par deux, fois du sanglier il évite latteinte;
Deux fois le monstre passe , et ne brise en passant
Que Tépieu dontCrantor se couvre en cet instant.
Il revient au chasseur : la fuite est inutile ;
Crantor aux environs n aperçoit point d'asile ' :
En vain du coup fatal il veut se détourner;
Ne pouvant que mourir^ il meurt sans s'étonner.
Pour punir son vainqueur toute la troupe approche;
L'un lui présente un dard, l'autre un trait lui décoche :
Le fer ou se rebouche >, ou ne fait qu'entamer
Sa peau , que d'un poil dur le ciel voulut armer.
Il se lance aux épieux , il prévient leur atteinte ;
Plus le péril est grand y moins il montre de crainte.
C'est ainsi qu'un guerrier pressé de toutes parts
' Var. Page 25, vers 38a à 334) les trois vers qui précèdent sont ainsi:
Que l'épieu dont Crantor arme son bras paissant ; La faite en cet instant lui devient inutile ; Dans les lieux d'alentour il ne voit point d'asile.
* Ou s*émousse. Le mot reboucher a actuellement une tout autre simplification; mais celle que lui donne ici La Fontaine est la seule qui se trouve indiquée dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie .
Garde-toy de descocher
Jeune archer Pour à son cueur faire bresche.
Car elle feroit la flèche /
Reboucher.
Marot, Estrene Xxviii, t. III, p. ai 5.
Trois mois entiers le brésil indompté Fait reboucher le rabot et la scie.
SÉNÉcÉ, dans le Présent ruineux, conte; ëdit. i8o5, in*i3, p. 52.
Ne songe qu'à périr au milieu des hasards :
De soldats entassés son bras jonche la terre; Il semble qu en lui seul se termine la guerre : Certain de succomber, il fait pourtant effort^ Non pour ne point mourir, mais pour venger sa mort. Tel et plus valeureux le monstre se présente * . Plus le nombre s'accroît, plus sa fureur s'augmente : L un a les flancs ouverts , lautre les reins rompus ; Il mâche et foule aux pieds ceux qui sont abattus. La troupe des chasseurs en devient moins hardie; L'ardeur qu'ils témoignaient est bientôt refroidie.
Palmire toutefois s'avance malgré tous :
Ce n'est pias du sanglier que son cœur craint les coups ,
Aréthuse lui fut jadis plus redoutable;
Jadis sourde à ses voeux, mais alors favorable,
Elle voit son amant poussé d'un beau désir.
Et le voit avec crainte autant qu'avec plaisir.
Quoi l mes bras , lui dit-il , sont conduits par les vôtres ,
Et vous me verriez fuir aussi bien que les autres !
Non, non; pour redouter le monstre et son effort.
Vos yeux m'ont trop appris à mépriser la mort.
Il dit, et ce fut tout: l'effet suit la parole;
Il ne va pas au monstre , il y court, il y vole ,
Tourne de tous côtés, esquive en l'approchant,
Hausse le bras vengeur, et d'un glaive tranchant
S'e£Porce de punir le monstre de ses crimes.
* Vab. Page 26, vers 899:
Tel et plas fier encor Tanimal se présente.
S9 dent alloit d un coup s'immoler deux victimes : L'une eût senti le mal que lautre en eût reçu, Si son cruel espoir n eût point été déçu.
Entre Palmire et lui Tamazone se lance :
Palmire craint pour elle, et court à sa défense. Le sanglier ne sait plus sur qui d eux se venger; Toutefois à Palmire il porte un coup léger; Léger pour le héros , profond pour son amante. On l'emporte; elle suit, inquiète et tremblante. Le coup est sans danger; cependant les esprits ' , En foule avec le sang de leurs prisons sortis. Laissent faire à Palmire ^ un effort inutile. Il devient aussitôt pâle , firoid , immobile ; Sa raison n agit plus , son œil se sent voiler : Heureux s'il pouvoit voir les pleurs qu il &it couler ! La moitié des chasseurs, à le plaindre employée, Suit la triste Axéthuse en ses larmes noyée.
Non loin de cet endroit un ruisseau fait son cours, Adonis s'y repose après mille détours.
Les nymphes, de qui Tœil voit les choses futures, L'avoient fait égarer en des routes obscures. Le son des cors se perd par un charme inconnu; C'est en vain que leur bruit à ses sens est venu. Ne sachant où porter sa course vagabonde ,
' Var. Page 27, vers 434-
Le coup rompt ua artère , et dëja les esprits. * Var. Page 27, vers 436 :
.... à tes sens ...
Il s'arrête en passant au cristal de cette onde. Mais les nymphes ont beau s'opposer aux destins , Contre un ordre fatal tous leurs charmes sont vains. Adonis en ce lieu voit apporter Palmire ; Ce spectacle Fémeut, et redouble son ire ' :
 tarder plus longtemps on ne peut lobUger ; Il regarde la gloire, et non pas le danger.
Il part, se Saàt guider, rencontre le carnage. Cependant le sanglier s'étoit fsàt un passage; Et, courant vers son fort, il se lançoit parfois Aux chiens, qui dans le del poussoient de vains abois. On ne Tose approcher; tous les traits qu on lui lance. Étant poussés de loin, perdent leur violence. Le héros seul s avance, et craint peu son courroux : Mais Gapys Farrétant s^écrie : Où courez-vous ? Quelle bouillante ardeur au péril vou» engage? Il est besoin de ruse , et non pas de courage. N'avancez pas , fuyez ; il vient à vous , ô dieux ! Adonis, sans répondre, au ciel lève les yeux. Déesse, ce dit-il, qu adore ma pensée, Si je cours au péril , n en sois point ofiensée; Guide plutôt mon bras, redouble sou efibrt; Fais que ce trait lancé donne au monstre la mort. A ces mots dans les airs le trait se &it entendre : A Tendroit où le monstre a la peau le plus tendre Il en reçoit le coup , se sent ouvrir les flancs,,
» Vab. Page a8, vers 453 :
Adonis en ce lieu voit Palmire «(a'on porte; Sa colère en devient plus ardente et plus forte.
a84 ADONIS.
De rage et de douleur frémit, grince les dents,
Rappelle ^a fureur, et court à la vengeance.
Plein d ardeur et léger, Adonis le devance.
On craint pour le héros ; mais il sait éviter
Les coups qu à cet abord la dent lui veut porter.
Tout ce que peut ladresse étant jointe au courage,
Ce que pour se. venger tente laveugle rage,
Se fit lors remarquer par les chasseurs épars *.
Tous ensemble au sanglier voudroient lancer leurs dards,
Mais peut-être Adonis en recevroit latteinte.
Du cruel animal ayant chassé la crainte.
En foule ils courent tous droit aux fiers assaillants.
Courez, dourez, chasseurs un peu trop tard vaillants;
Détournez de vos noms un étemel reproche :
Vos efforts sont trop lents , déjà le coup approche.
Que n'en ai-je oubUé les funestes moments !
Pourquoi n'ont pas péri ces tristes monuments !
Faut-il qu'à nos neveux j'en raconte l'histoire 1
Enfin de ces forêts l'ornement et la gloire,
Le plus beau des nM)rtels, l'amour de tous les yeux,
Par le vouloir du sort ensanglante ces lieux.
Le cruel animal s'enferre dans ses armes ,
Et d'un coup aussitôt il détruit mille charmes.
Ses derniers attentats ne sont pas impunis ;
Il sent son cœur percé de Fépieu d'Adonis ,
Et, lui poussant au flanc sa défense cruelle,
* Vab. Page 39, vers 48 a :
Se fit Ion aux chasseiirt remarquer det deux parts.
Meurt, et porte en mourant une atteinte mortelle. D'un sang impur et noir il purge Tunivers :
Ses yeux d'un somme dur sont pressés et couverts; Il demeure plongé dans la nuit la plus noire; Et le vainqueur à peine a connu sa victoire, Joui de la vengeance et goûté ses transports, Qu'il sent un froid démon s'emparer de son corps. De ses yeux si brillants la lumière est éteinte; On ne voit plus l'éclat dont sa bouche étoit peinte. On n'en voit que les traits ; et l'aveugle trépas Parcourt tous les endroits où régnoient tant d'appas. Ainsi l'honneur des prés, les fleurs, présents de Flore, Filles du blond Soleil et des pleurs de l'Aurore , Si la &UX les atteint, perdent en un moment De leurs vives couleurs le plus rare ornement.
La troupe des chasseurs, au héros accourue.
Par des cris redoublés lui fait ouvrir la vue : Il cherche encore un coup la lumière des cieux ; Il pousse un long soupir, il referme les yeux, Et le dernier moment qui retient sa belle ame S'emploie au souvenir de l'objet qui l'enflamme. On fait pour l'arrêter des efforts superflus ; Elle s'envole aux airs , le corps ne la sent plus.
Prêtez-moi des soupirs, 6 Vents, qui sur vos ailes Portâtes à Vénus de si tristes nouvelles.
Elle accourt aussitôt , et , voyant son amant. Remplit les environs d'un vain gémissement.
Telle sur un ormeau se plaint la tourterelle.
a86 ADONIS.
Quand Tadroit giboyeur a , d'une main cruelle ,
Fait mourir à ses yeux Tobjet de ses amours ;
Elle passe à gémir et les nuits et les jours,
De moment en moment renouvelant sa plainte,
Sans que d'aucun remords la Parque doit atteinte.
Tout ce bruit, quoique juste, au vent pst répandu;
L'enfer ne lui rend point le bien qu'elle a perdu :
On ne le peut fléchir ; les cris dont il est cause
Ne font point qu'à nos vœux il rende quelque chose.
Vénus l'implore en vain par de tristes accents ;
Son désespoir éclate en regrets impuissants ;
Ses cheveux sont épars , ses yeux noyés de larmes ;
Sous d'humides torreiîts ils resserrent leurs charmes,
Gomme on voit au printemps les beautés du soleil
Cacher sous des vapeurs leur éclat sans pareil.
Après mille sanglots enfin elle s'écrie :
Mon amour n'a donc pu te faire aimer la vie !
Tu me quittes, cruel ! Au moius ouvre les yeux,
Montre-toi plus sensible à mes tristes adieux ;
Vois de quelles douleurs ton amantQ est atteinte!
Hélas ! j'ai beau crier, il est sourd à ma plainte :
Une éternelle nuit l'oblige à me quitter ' ;
Mes pleurs ni mes soupirs ne peuvtent l'arrêter.
Encor si je pouvois le suivre en ces lieux sombres!
Que ne m'est-il permis d'errer parmi les ombres !
Destins , si vous vouliez le vbir sitôt périr %
' Var. Page 3i, vers 55o :
Le cruel ae veut pas secdement m'écoater.
* Var. Page 3i, vers 554 à 558, après le vers qui précède sont,
Falloit-il m'obliger à ne jaipais mourir?
Malheureuse Vénus , que te servent ces lannes ? Vante-toi maintenant du pouvcûr de tes charmes : Ils n ont pu du trépas exempter tes «nours ; Tu vois qu'ils n'ont pu même en prolonger les jours. Je ne demandois pas que la parque cruelle Prit à filer leur trame une peine étemelle ; Bien loin que mon pouvoir Tempéchât de finir, Je demande un moment, et ne puis lobtenir.
Noires divinités du ténébreux empire, Dont le pouvoir s'étend sur tout ce qui respire , Bois des peuples légers , soufïrez que mon amant De son triste départ me console un moment.
Vous ne le perdrez point; le trésor que je pleure Ornera tôt ou tard votre scmihre demeure ' .
dans le manuscrit , les <piatre suivants que Fauteur a supprimes :
Biais l'enfier à met yeux se cache vainement» Je le trouve par- tout où n'est point mon amant; Destins, qui me Vàxet ', que vos lois sont barbares ! Avez-Yous pu toucher à des trésors si rares ! Et puisque vous vouliez le voir sil6t périr.
* Ceci est imité d'Oride, dans le discours qét ce poëtte prête a Orphée, lorsqu'il supplie les divinités de Fenfer de lui rendre son épouse, Métam.f 1. X, vers 39.
9er ego h«c loca plena timoris , Per Chads hoc ingens , vattiqne silenlia regtti, Eurydices , oro , propcrata retexite fila.
Omnia debemur vobis : paulumque morati.
Serins aut citius sedem properamus ad nnam.
Tendimns hue omnes , haec est domns ultima : vosque Humani generis longissima régna tenetis.
Hsec quoque , cum justos matnra peregerit annos , Joriseritvestri.
Quoi! vous me refusez un présent si léger' !
Cruels, souvenez-vous- qu'Amour m'en peut venger. Et vous j antres cachés , favorables retraites , Où nos cœurs ont goûté.des douceurs si secrètes ; Grottes , qui tant de fois avez vu mon amant Me raconter des yeux son fidèle tourment.
Lieux amis du repos , demeures solitaires , Qui d'un trésor si rare étiez dépositaires.
Déserts , rendez-le-moi ^ : deviez-vous avec lui Nourrir chez vous le monstre auteur de naon ennui? Vous ne répondez point. Adieu donc, ô belle ame; Emporte chez les morts ce baiser tout de flamme : Je ne te verrai plus ; adieu, cher Adonis !
Ainsi Vénus cessa. Les rochers , à ses cris , Quittant leur dureté , répandirent des larmes : Zéphyre en soupira : le jour voila ses charmes ; D'un pas précipité sous les eaux il s'enfuit. Et laissa dans ces lieux une profonde nuit.
' Var. Pjage Sa, vers 874 à 877, avant ce vers sont les quatre suivants qui ont ^té retranchés :
Je sais que TAchéron, de nos plaisirs jaloux, Ne fait que nous prêter les biens qui sont à nous. Ses eaiu assez long-temps yerront cette belle ombre , Que peut faire un moment sur des siédes sans nombre?
* Var, Page 32, vers 586:
Repi^sentez-le moi. . . .
FIN DU POÈME d'adonis.