LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALC
Là Malc prioit, jeûnoit, soupiroit à toute heure ; Pleuroit , non ses péchés , mais ceux qu en notre cœur A versés le ôerpent dont Christ est le vainqueur. Malc avoit dans cé^ lieux confiné sa jeunesse, Yivoit sous les conseils d un saint plein de sagesse , Conservoit avec soin le trésor précieux Que nous tenons d'une eau dont la source est aux cieux. Les auteurs de ses jours descendus sous la tombe. Aux trésors temporels le jeune saint succombe; Croit qu'on en peut jouir sans être criminel ; Que souvent on tient d'eux l'héritage étemel ; Qu'on n'a qu'à jfeire entrer, par un pieux usage, Les membres du Seigneur et leur chef en partage. Funeste appât de l'or, mpteur de nos desseins. Que ne peux-tu sur nous , si tu plais même aux saints!
Malc annonce au vieillard censeur de sa jeunesse Qu'il va de ses aïeux recueilUr la richesse; Qu'il tâche d'empêcher que des biens assez grands Ne soient mal dispensés par d'avares parents ; Qu'il veut fonder un cloître, et destine le reste A vivre sans éclat, toujours simple et modeste. Donnant un saint exemple, et par ses soins pieux Peut-être plus utile au siècle qu'en ces lieux.
Mon fils , dit le vieillard , il faut qu'avec franchise Je vous ouvre mon cœur touchant votre entreprise. Où vous exposez-vous? et qu'allez-vous tenter? En de nouveaux périls pourquoi vous rejeter?
De triompher toujours seriez-vous bien capable?
Ab! *si vous le croyez , Torgueil vous rend coupable ; Sinon votre imprudence a déjà mérité Les reproches d'un Dieu justement irrité.
Fuyez, fuyez, mon fils, le monde et ses amorces : Il est plein de dangers qui surpassent vos forces. Fuyez Tor ; mais fîiyez enoor d'autres appas : On ne sort, qu'en fuyant, vainqueur de ces combats. La paix que nous goûtons a-t-elle moins de cbarmes? Quoi ! vous hasarderiez le fruit de tant de larmes , Et celui de ce sang qu'un Dieu versa pour vous ! A ces mots le vieillard se jette à ses genoux.
Malc le quitte en pleurant ; triste et funeste absence ! Il abandonne au sort sa fragile innocence ; S'engage en des chemins pleins de périls et longs. D'Edesse à Béroé sont de vastes sablons :
L'astre dont les clartés sont esclaves du monde Parcourt avec ennui cette plaine inféconde :
S'il y voit quelque objet, c'est un objet d'horreur. Maint Arabe voisin y portoit la terreur.
Du passant égorgé le corps sans sépulture D'un ventre carnassier devenoit la pâture.
On voyoit succéder, en ces cruels séjours, Aux brigands les lions, aux lions les vautour?. Marcher seul en ces lieux eût eu de l'imprudence. La fortune joint Malc à des gens sans défense : Peu de jeunesse entre eux, force vieillards craintifs. Femmes, Êimille, en&nts aux cœurs déjà captifs. Ils traversoient la plaine aux zéphyrs inconnue : Un gros de Sarrasins vient s'oflWr à leur vue ,
%g8 LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALC.
Milice du démon , gens hideux et hagards , Engeance qui portoit la^mort dans ses regards. La cohorte du saint d abord est dispersée :
Équipages , trésors, jeune épouse est laissée. Telle fuît la colombe', oubliant ses amours, A laspeet du milan qui menace ses jours* Telle lombre d'un loup dans les verts pâturages Écarte les troupeaux attentifs aux heibages. < Les compagnons de Mak , ép^mdus par ces champs , Tomboient sans résister sous le fer des brigands. De toutes parts Thorreur régnoit en ce spectade; La proie apportoit seule au meurtre de Vobstacle. Ceux que Tamour du gain tira de leur foyer Perdoient d'un an de peine en un jour le loyer. Les pères chargés d ans, laissant leurs tendres gages, Fuyoient leur propre mort en ces funestes plages , Et pour deux jours de vie abandonnôient un bien Près de qui vivre un siècle aux vrais pères n est rien. L'amant et la compagne à ses vœux destinée Quîttoient le doux espoir d'un prodiain hyménée: Malheureux ! l'un fiiyoit ; on, eût vu ses anK>urs Lui fendre en vain les bras implorant son secours.
Une dame encor jeune, et sage en sa conduite.
Aux yeux de son époux dans les fers fut réduite.
Le mari se sauva regrettant sa moitié :
La femme alla servir un maître sans pitié ;
Au chef de ces brigands elle échut en partage.
Cet homme possédoit un fertile héritage.
Et de plusieurs troupeaux dans l'ardente saison
Vendoit à ses voiaias le croit et la toi&oB, Notre héros suivit la d«me en servitude:
Ce fut lora , mais trop tard , que pour sa solitude , Pour son cher directeur et ses sages avis , Il reprît des transports de pleurs en vain suivis. Forêts^ s*écrioit-iiy retraites du silence, Lieux dont j ai combattu la douce violence, Angéliques cités d où je me suis banni , Je vous ai méprisés, déserts, j^en suis puni. Ne vous verrai-je plus? Quoi 1 Songe, tu t'envoles ! O Malc ! tu vois le fruit de tés desseins frivoles ! Verse des pleurs amers , puisque tu t'es privé De ces pleurs bienheureux où ton cœur s'est lavé. Ainsi Malc regrettoit sa fortune passée.
Cependant des brigands la proie est entassée. On l^emporte à grand bruit : ils s en vont triomphants. Leur chef voulut que Malc adorât ses enfants , Honneur dont on ne doit s attribuer les marques Qu en voyant sous ses pieds les têtes des monarques. Un Arabe exigea ce superbe tribut.
Si Malc s'en défendit, s*il l'osa, s'il le put, S'il en subit la loi sans peine et sans scrupule, C'est ce qu'en ce récit l'histoire dissimule '.
' * Q nous semble que k récit de saint Malc, tel que saint Jérôme le rapporte, ne dissimule rien. Le voici : Pervenimus ad interio' rem solitudinem ubi dotffiinam. liberosque ex more gentis adorare jussiy cervices Jlectimus. Nous faisons cette remarque précisément parceque La Fontaine a suivi très exactement le récit de saint Malc. fl s*e8t montré en vers historien exact, et n'a pas usé ici du privilège qu'Horace accorde aux poètes.
3oo LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALG.
Bien qu'à peiae la dame achevât son printemps, Que son teint eût des jours aussi frais qu'éclatants , L'Arabe n en fit voir qu'une estime légère :
Illui donna l'emploi d'une simple bergère, Avec Maie l'envoya pour garder ses troupeaux» Bientôt entre leurs mains ils devinrent plus beaux. .
Le saint couple cherchoit les lieux les plus sauvages, S'approchoit des rochers , s'éloignoit des rivages ; Lui-même il se fuyoit ; et jamais dans ces bois Les échos n'ont formé de concerts de leurs voix. Aux jours où Ton faisoit des vœux pour l'abondance, Ils ne paroissoient point aux jeux ni dans la danse : On ne les voyoit point à l'entour des hameaux Mollement ét^udus dormir sous les ormeaux.
Les entretiens oisifs et féconds en malices , Du mercenaire esclave ordinaires déUces, Étoient fuis avec soin de nos nouveaux bergers ; Ils n'envioient point l'heur des troupeaux étrangers. Jamais l'ombre chez eux ne mit fin aux prières. Ni la main du Sommeil n'abaissa leurs paupières. La nuit se passoît toute en vœux, en oraison.
Dès que l'aube empourproît les bords de l'horizon, Ils menoient leurs troupeaux loin de toutes approches. Malc aimoit un ruisseau coulant entre des roches. Des cèdres le couvroient d'ombrages toujours verts: Us défendoient ce lieu du chaud et des hivers. De degrés en degrés l'eau tombant sur des marbres, Mêloit son bruit aux vents engouffrés dans les arbres. Jamais désert ne fut moins connu des humains ;
POÈME. 3oi
A peine le soleilen savoit les chemins.
La bergère cherchent les plus vastes campagnes : Là ses seules brebis lui servoient de compagnes : Les vents en sa faveur leur ofïroient im air doux : Le ciel les préservoit de la fureur des loups , Et gardant leurs toisons exemptes de rapines, Ne leur laissoit payer nul tribut aux épines. Dans les dédales verts que formoient les halliers , L'herbe tendre , le thym, les humbles violiers, Présentoient aux troupeaux une pâture exquise. En des lieux découverts notre bergère assise Aux injures du hâle exposoit ses attraits , Et des pensers d autrui se vengeoit sur ses traits. Sa beauté lui donnoit d'éternelles alarmes.
Ses mains avec plaisir auroient détruit ses charmes : Mais, n'osant attenter contre Tceuvre des cieux, Le soleil se chargeoit de ce crime pieux.
O vous ; dont la blancheur est souvent empruntée , Que d'un soin différent votre ame est agitée! Si vous ne vous voulez priver d'un bien si doux, De ses dons naturels au moins contentez-vous.
Tandis que la bergère en extase ravie Prioit le saint des saints de veiller sur sa vie, Les ministres divins veilloient sur son troupeau. Quelquefois la quenouille et l'artiste fuseau Lui délassoient l'esprit, et pour reprendre haleine De ses propres moutons elle filoit la laine.
Pendant qu elle goûtoit ce plaisir innocent, Tournant parfois les yeux sur son troupeau paissant.
3oa LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALC.
Que vous êtes heureux, peuple doux! disoit-elle; Vous passez sans pécher cette course mortelle. On' loue en vous voyant celui qui vous a &it$ : Et nous, de qui les cœurs sont enclins aux for&its, Laissons languir sa gloire , et d^un fbible suffrage Ne daignons relever son nom ni son ouvrage.
Chères brebis', paissez ; cueillez Therbe et les fleurs. Pour vous 1 aube nourrit la terre de ses pleurs. Vivez de leurs présents: inspirez-nous renreie D'éviter les repas qui vous coûtent la vie.
Misérables humains , semence de tyrans , En quoi différez-vous des monstres dévorants? Tels étoient les pensers de la sainte hérmne.
Pour Malc , il méditoit sur la triple origine
De Fhomme florissant, déchu, puis rétabli.
Du premier des mortels la faute est en oubli :
Le ciel pour Lucifer gcU'de toujours sa haine.
Dieu tout bon , disoit Malc , si ton fils par sa peine
M'a sauvé de Fenfer, ma remis dans mes droits.
Garde-moi de les perdre une seconde fois.
Fais qu'un jour mes travaux par leur fin se couronnent.
Je suis dans les périls, mille maux m'environnent,
L'esclavage, la crainte, un maître menaçant;
Et ce n'est pas encor le mal le plus pressant.
Tu m'as donné pour aide au fort de la tourmente
Une compagne sainte, il est vrai, mais charmante;
Son exemple est puissant ; ses yeux le sont aussi :
De conduire les miens. Seigneur, prends le souci.
Le ciel combloit de dons cette humble modestie.
POÈME. 3o3
L ame de dos bergers du péché garantie Ne se contentoit pas de 1 avoir évité.
Quavons-nqus, disoient-ils, jusque-là mérité? Nouft te sommes, Seigneur, serviteurs inutiles. Aideiious , rends nos cœurs en vertus plus fertiles. Fais-nous suivre la main qui nous a secourus. Tu combattis pour nous, tu soulfris, tu mourus ; Nous vivons , nous passons nos jours tlans lespérance : Nos délices feront le prix de ta souffrance.
Ne nous feras-tu point imiter ces travaux?
Quand auras-tu, Seigneur, tes épiants pour rivaux? Si cette amUtion te semble condamnable, C'est laitiour qui la cause ; il rend tout pardonnable. Oui, Seigneur, nous t-aimons , nous losons protester : Mais si Teifet ne suit, que sert de s'en vanter? Il faut porter ta croix, goûter de ton calice, Couvrir son front de cendre , et son corps d'un ciliée.
Tandis quils se matoieot par ces saintes rigueurs, Leurs troupeaux prospéroient aussi bien que leurs coeurs. L'Arabe en profitoit sans en savoir la cause. . Ce brigand, pour le gain employant toute chose , Voulut les engager pai* de plus forts liens.
Il crut que de s'enfuir ayant mille, moyens , Ils se pourroient enfin soustraire à l'esclavage ; Qu'il falloit joindre aux fers les nœuds du mariage : Leur amour lui seroit un gage suffisant.
Les doux fruits dont l'hymen leur feroit un présent Augmenteroient ses biens, l'auroient encor ppur maître. Humains , cruels humains, &u^il procurer l'être
3o4 LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALC.
Afin que ce bien£EÙt enchaîne un innocent?
Et ne se sauroit-il affranchir en naissant?
L'Arabe, ayant ainsi double profit en vuç, Donne aux chastes bergers une alarme imprévue ; Leur propose à tous deux un lien plein d'horreur.
Ne nous &is point, dit Malc, tomber dans cette erreur:
Celle que tu me veux joindre par Thyménée
D'un légitime époux suivoit la destinée.
Tu la lui vins ravir ; tu le pus par ta loi.
Nous ne nous plaignons point de nos fers ni de toi.
Redouble la rigueur d'un joug involontaire :
Mais puisque notre Dieu nous défend l'adultère,
Laisse-nous résister à toa^vouloir impur.
Notre innocence t'est un gage bien plus sûr.
Quel service attends-tu de nous, quand notre zélé
N'aura pour fondement qu'une ardeur criminelle?
Si tu crains qu'étant bons nous ne quittions tes champs,
Te fieras-tu sur nous quand nous serons méchants?
L'Arabe à ce discours se sent transporté d'ire. Vil esclave, dit-il, tu m'oses contredire!
Meurs ou cède ; obéis, et garde désormais De m'alléguer ton Dieu , que je ne crus jamais. Aussitôt de son glaive il dépouille la lame : Et Malc épouvanté s'approche de la dame.
Le soir on les enferme en un lieu sans clartés: Leur mariage n'eut que ces formalités.
On n'y vit point d'Hymen ni de Junon paroître. Frivoles déités qui nous devez votre être,
POÈME. 3o5
Vous n accourûtes pas : comment lauries-vous pu? You3 n êtes que dés noms dont le chaime est rompu. Notre couple étant seul eut recours aux prières. Tous deux avoient besoin de grâces singulières. Ils ne s'étoient point vus «orcor dans ces dangers : Non que portant leurs pas loin des autres bergers, L^enfer n'eût quelquefois leur perte conspirée ; Mais des yeux du Seigneur leur conduite éclairée Ne s'écartoit jamais de la divine loi.
Le berger cette nuit se défia de soi.
Sa crainte , incontinent de désespoir suivie, Pour sauver sa pudeur mit en danger sa vie :
Et le même couteau qui dans mille besoins L'aidoit à s acquitter de ses champêtres soins ; Ce couteau, dis-je , alloit du saint couper la trame : L'imprudent Malc, voulant mettre à couvert son ame, S'en alloit de sa main la livrer au démon ; Fureur qui n'étoit pas indigne de pardoQ.
La lueur de lacier avertit la bergère.
Que vois-je? ciia*-t*elle. O ciel ! qu allez-vous iaire?
Je vais, répondit Malc, prévenir les combats
D'un œil toujours présent, et toujours, plein d appas.
Nous ne nous fuirons plus : notre mae est condamnée
Aux dangers au'à sa suite entraine Thyméuée.
Malgré nous désormais nous vivrons en commun :
Deux parcs nou s bébergeoient,nous n'en aurons plus qu'un .
Hélas ! qui l'auroit cru que cette inquiétude
Nous chercheroit au fond d'une âpre solitude !
J'appréhende à la fin que le ciel irrité
3o6 LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALC.
N abandonne nos cœurs à leur fragilité.
Cette faute entre époux nous semblera légère.
Il feut espérer mieux , dit la chaste bergère : Dieu ne quittera pas ses enfants au besoin.
Si mon sexe est fragile, il en prendra le soin. Vous ai-je donné lieu d'en être en défiance?
Qu ai-je fait pour causer cette injuste croyance? Votre soupçon m'outrage ; et vous avez dû voir Que je sais sur mes sens garder quelque pouvoir. Quand mon cœur auroit peine à s'en rendre le maître, Êtes-vous mon époux? et le pouvez-vous être?* Nous a-t-on pu lier sans savoir si la mort Ma ravi ce mari qui m'attache à son sort?
Vous vous alarmez trop pour un vain hyménée.
Je vous rends cette main que vous m'avez donnée. Dissimulez pourtant, feignez, comportez-vous Comme frère en secret, en public comme époux. Ainsi vécut toupurs mon mari véritable ; Et si la qualité de vierge est souhaitable.
Je la suis ' : j'en fis vœuXoute petite encor.^ Malgré les lois d'hymen j W gardé ce trésor.
Après l'avoir sauvé d'un amour légitime , Voudrois-je maintenant le perdre par un crime?
' Il y-^je la suis dans la première édition, et dans celle des Œuvres diverses de 1 739, et c est ainsi qu'a écrit La Fontaine. Dans les éditions modernes on a mis je le suis^ ce qui est plus conforme à la régie des (];rammairiens ; mais on sait que madame de Sévignp\ malgré les remontrances de Ménage, se montroit sciemment rebelle à cette régie.
POÈME. 3o7
Non , Malc ; je ne crois pas que \é ciel le souffrit Il m'en empécheroit , quelque appât qui s offrit. Ne craignez plus, vivez ; TÉtemel vous Fordonne. Estimez-Tous^si pe« cet^tre qu^il vous donne? Votre corps e^ à lui ; ses mains Font façonné : Le droit d'ètr disposer ne^ vous- est poiât ttohmé. > Quelle im^Âiidencè à vente de finir ^étre cour!se Par le seul des péchés qui tk- a poâk de- t*éssouree ! Tonte faute s'ex^; on peut pleurer eq(5or'^ '-' > Mais on ne peut plias 'rien s s'éiant donné -la mort. Vivez donc ; et 'tâbhoiiâ de tfbmpéfr èés b^iisiit^s.
Le saint'neput tisôuvèip de tértbès assez tares^ i'<ï^ ' ' * Pour ren^é ^ce làu Ciel ; et toûer lémië^isêètiti '< 1 DbntlasagesÂéétoitégadeàla^dfÀudetit^.! r jr .:r î Cette nttît s'acheva comm'e les précédentes: :^l • ^ ■ * » Dieu leur St*émpV>yer en prières £d[^âeti«é% ' Des moments quie loti croit1iinO€fet6ïnMtiperdu^ ' '^ Quand le somme a sur rfOus ses ichâiriGftey Vépandtte. • '
Le lendcmàitt^rArabe en^s chanirpèf tesirèWtéîê.' Là montrant aux bergers une apparente jdiè, • \, - ' Les larmes,' les soupif^s, et ledM^téti#i^>,' '> • '•' -i QuatidHls se iréuvoiéût 'seûts £iidôietittettrdfVOhip«ési. En eux-métnes souvent ils'oherohcàfent des^ retraites. On ne s aperçut point de ces peines secrètes. Chacun crut qu'ils s'âimoient d'un amour ôonjùgal. , Aucun plaisir au leur ne sembloit être égal. ^ On se le proposoit tous les jours pour ex^ple i ^ y.u'f Et lorsque deux époux étoient conduits au temple, «
3o8 LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALC.
Que le ciel, disoit-on, afin de vous combler, Fasse à rhymen de Malc le vôtre ressembler!*
Le saint couple à la fin se lasse du mensonge ;
En de nouveaux eniluis Vun et l'autre se plcmge.
Toute feinte est sujet de scrupule à des saints :
Et, quel que sott le but où tendent leurs desseins,
Si la candeur n y régne ainsi querimiocence ,
Ce qu'ils font.pour un bien leur, seiable être une offense.
Malc à Qçs sentiments doni^oit un jour des pleurs :
Les larmes qu'il ver^oitiaisoieQt courber les fleurs.
Il vit auprès d'un tronc des légions nombreuses
De fourmis qui sortoient de, leurs cavernes creuses,
L une pous3oit unfeix ; l'autre prétoit son dos :
L'amour du bien public einpéchoit le repos.
Les cbefs encourageoient chacun par leur exemple.
Un du peuple étant morf^ not^e saint le c<Hitemple
En forme de convoi soigneusement porté
Hocs les toits fourmillants de l'avare cité '. -
Vous m'enseignez, dit-il, le chemin qu'il faut suivre.
Ce n'est pas pour soi seul qu'ici-bas on doit vivre;
Vos greniers sont témoins que chacune de vous
Tâche à contribuer au commun bien de tous.
DaiQ3 mon premier désert j'en pouvms autant faire ;
Et sans contrevenir aux vœux d'un soUtaire,
', Cette description du travail des fourmis est traduite du récit de saint Malp dans sain^ Jérôme. Mathieu Marais, qui ignoroit cela , y a vtl* tiaé preuve du génie observateur de La Fontaine. Voyez i 'ce ivijet4iàtie Hikto^ de la vie et des ouvrages de La Fontainci.,- ,1. , .., ,. , .
L'exemple, le conseil, et le travail des mains , Me pouvoient rendre utile à des troupes de saints : Aujourd'hui je languis dans im lâche esclavage ; Je sers pom* conserver des jours de peu d*usage. Le monde a bien besoin que Malc respire encor ! Vil esclave , tu mens pour éviter la mort !
Que ne résistois-tu , quand on força ton ame A se voir exposée aux beautés d'une femme?
Lorsqu'il ne fut plus temps tu*«ourus au trépas. Quitte, quitte des lieux où Christ n'habite pas« Avec ses ennemis veux-tu passer ta vie?
Il déclare à la sainte aussitôt son envie.
Va s'asseoir auprès d'elle, et lui parle en ces mots :
Ma sœur, je me souviens que vos sages propos
Déjà plus d'une fois m'ont retiré de peine.
Naguère, en conduisant mon troupeau dans la plaine >
Je songeois à l'état où le sort nous réduit.
Quelle est de nos travaux l'espérance et le fruit?
Rien que de prolonger le cours de nos misères,
Et vieiDir, s'il se peut, sous des ordres sévères.
Voilà dedans ces lieux le but de notre emploi.
Nous y vivons pour vivre ; est-ce assez? dites-moi.
Faut-il pas consacrer à l'auteur de son être
Tous ses soins , tout son temps , enfin tout ce qu'un maître
Et qu'un père à^la-fois uniquement chéri
Exige de devoirs d'un couple favori?
Dieu nous comble tous deux de ses faveurs célestes :
n nous a dégagés de cent pièges funestes.
Sa grâce est notre guide ainsi que notre appui :
3 1 o LA CAPTIVITÉ DE SAINT MALC.
Nous ne persévéroias daas k bien que par lui.
Alloas nous acquitter de €e bienfait iauaense.
Ici le jour fiait, et pui^ U fecommeuce ,
Sans que nous bénisdÎQns le saiut cUon^qu à demi.
Ne vivant pas pour Dieu^ mais pour san^ ennemi.
Ma sœur, si nous cherdiions de plus dppces demeures?
Je vous ai fait récit quelquefois de ce& heures
Qu en des lieux séparés de tout profane abord
Je passois à louer larbitre de mon sort :
Alors javois pitié des heureux, de ce iponde.
Maintenant j ai perdu cette psûx si profonde :
Mon cœur est agité malgré tous vos avis.
Je ne me repens pas de les avoir suivis.
Mais enfin jetez Fœil sur Tétat où no^;Sommes.
Vous ét^s exposée aux malices des hommes.
Je n ai plus dcf me&bofs les saintes voluptés.
Ne reyiepd]:onf;-ils pdin^ces biep5:qi:i^ j'ai quittés?
Ah ! si vous jouissiez de leur douceur exquise 1
La fuite , direz; vous ^ ne i^ou^ est paç permise :
De notre lihei^ l'Arabe ^e^t possesseur.
Et quel droit a sur nous un cruel raviççeur?
Brisons ^e§ fers ; fuyons ^ans avoir de scrupule :
Le mal est bien plus grand lorsque Ton dissimule.
Quelque prétexte qu'ait un menspnge pieux ^
Il est toujours mensonge, et toujours odipui^.
Allons vivre sans feinte en ces forêts obçeures
Où j'ai trouvé jadis des retraites si sûres.
Ne tentons plus le ciel : ayons une humble peur.
Je vous promets des jours tout remplis 4e douceur.
POÈME. 3ii
Il se tut. Aussitôt la prudente bergère Approuve les couseils que le saint lui suggère. Il fait choix de deux boucs les plus grands, du troupeau , Les tue, ôte les chairs, change en outre leur peau. Notre couple sW sert à traverser des ondf s Dont il falloit franchir les barrières profondes. I^e courant W poussa bien loin sur l'autre bord. Tous deux marchent en b&te où les guide leur sort. Us avoie^t achevé quatre stades à peine, Quand , tralûs par leurs pas inip»*iinés sur Tarène , Ils entendent de loin des chameaux et du bruit , Tournent tête ; et , voyant que leur maître les suit , Se pressent, maïs en vain ; tout ce qu ils purent faire Fut de gagner un antre afireux et solitaire , Triste séjour de lombre : en ses détours obscurs Régnoit une lionne hôtesse de ses murs.
Elle y conçut \m faon, unique et tendre gage Des brûlantes ardeurs du roi de cette plage.
Mère nouvellement , on leût vue allaiter Celui qu elle venoit en ces Ueux d'en£Emter.
Mais comment leût-on vue? A peine la lumière Osoit franchir du seuil la démarche première. Par cent cruels repas cet antre difl&jsné Se trouvoit en touttemps de carnage semé.
Le saint couple frémit , et s'arrête à Tentrée r Ils n osent pénétrer cette horrible, contrée ; Ils cherchent quelque coin en tâtant et craintifs. L'Arabe croit déjà taair ses fugitifs.
Il n avoit avec lui pour escorte et pour guide Qu'un esclave fidèle , adroit, et peu timide.
3 1 i LA C AFTIVITÉ DE SAINT MALC.
Va me quérir, dit-il, ce couple qui s^enfuit.
Le cimeterre au poing Tesclave entre avec bruit.
La lionne lentend , rugit , et pleine d'ire •
Accourt, se lance à lui , labat, et le déchire.
De son séjour si long le maître est étonné;
Et d'un courroux aveugle aussitôt entraîné.
Est-ce crainte ou pitié, dit-il , qui te retarde?
Quoi ! je n ai pas encor cette troupe fuyarde !
Enfants de Finfortune, esprits nés pour les fers,
Je vous irai chercher tous trois jusqu'aux enfers.
Dans le gouffre à ces mots Tardeur le précipite.
Sa colère a bientôt le sort qu'elle mérite.
A peine il est entré que les cruelles dents
Et les ongles félons s'impriment dads ses flancs.
Les saints, loin d'en avoir une secrète joie.
Du parti le plus fort craignent d'être la proie.
Font des vœux pour TArabe, et tous deux soupirants
Souhaitent un remords du moins à leurs tyrans :
Mais des suppôts dé Bel l'ame aux feux consacrée.
Victime nécessaire à l'enfer est livrée.
Le maître et son esclave , attendant le trépas ,
Gisent ensanglantés, la mort leur tend les bras. .
La cruelle moitié du monstre de Libye
Traîne en ses magasins leurs deux corps où la vie
Cherche encore un refuge, et quitte en gémissant
Les hôtes que du ciel elle obtint en naissant.
Le lionceau se baigne en leur sang avec joie.
Il ne sait pas rugir , et s'instruit à la proie.
Digne de ces leçons il commence à goûter
Les meurtres qu'il ne peut encore exécuter.
POÈME. 3i3
Après qu il a joui du crime de sa mère, Et qu'ils ont assouvi leur faim et leur colère, La lionne repense à ces actes sanglants , Emporte en d autres lieux son Ëiou'wec les debts, Quitte Tobscur séjour; et se sentant coupable, Encor que faite au meurtre et de crainte incapable, Elle fuit , et confie aux plus âpres rochers Du cruel nourrisson les jours qui lui sont chers.
Malc cherche aussi bien qv^elle un plus certain asile :
L'abord de ce s^our lui semble trop &cile.
L'odeur des animaux, la piste de leurs pas,
La vengeance et le bruit de ces cruels trépas,
Tout lui fait redouter qu une troupe infidèle
N'évente les secrets que cet antre recèle,
Ne trouve l'innocent, en cherchant les auteurs
De l'attentat commis sur ses persécuteurs.
La faim même , qui rend les saints ses tributaires ,
Fait sortir nos héros de ces lieux solitaires.
Loin du peuple profane ils vont finir leurs jours.
Un bourg de peu de nom fait enfin leurs amours.
Là le couple pieux aussitôt se sépare.
De leur mensonge saint l'offense se répare.
Cet hymen se dissout. La dame entre en un lieu
Où cent vierges ont pris pour époux le vrai Dieu.
Dans un cloître éloigné Malc s'occupe au silence; Et s'il n'alloit parfois régler la violence Dont la chaste recluse embrasse Tor^son, Sa retraite pourroit s'appeler sa prison.
3 1 4 LA CAPTIVITÉ DE SAINT ftlALC.
ïl y vit dans les pleurs, nectar de pénitence :
C'est le seul dont ses vœux demandent Tabondance.
Plus ange que mortel » il se prive de$. biens
Qui sont de notre corps agréablies soutiens.
Ce jeûne rigoujreux niaccourcit point <sa vie. >
Des deux flamjbeauK du ciel 1» course entre-suivie
A long4emps ramené la peine et le repos ,
Le repos aux humains^ la peine au saint héros ,
Sans qu'il semble approcher du terme de sa course.
De son zélé fervent Tinépuisîdxle source
Fomente la chaleur qui retarde sa mort :
Près d'un siècle d'hivers n'a pu l'éteindre encor.
Jérôme en est témoin , ce çrand saint dont la plume Des &its du Dieu vivant expliqua le volume ^ Il vit Malc, il apprit ces merveilles de lui * ; Et mes léger&accords les chantent aujourd'hui. Qui voudra les savoir d'une bouche plus digne, Lise chez d'Andilly cette aventure insigne ^.
* Saint Jër6me a tradait la Bible de Fhébren en latin. CeM cette version qui a été consacrée par le concile de Trente sous le nom de Vulgate, Il a en outre composé des commentaires sur le Nouveau Testament.
■ Saint Jérôme dit avoir entendu le récit de cette aventure de la bouche même de Malc, dans un petit bourg de Syrie nomme Maronie, à trente milles d*Antioche. Voyez D. Hierortmi Epistolœ selectœ, lib. III, epist. m, de Vita. Malchi, captivi monachi.
^ Arnauld d'Andilly a donné une traduction de la lettre de saint Jérôme dans les Fies des saints pères des déserts et de quelques saints. Voyez les OEuvres diverses de M. Arnauld d*^ndilly, in-fol., iGyS, t. II, p. i88ài95.
POÈME. 3i5
JéFÔme Fécrivoit lorsque le peuple franc Du bonheur des Romains arrétoit le torrent '.
Je la chante en un temps où sur tous les monarques Louis de sa valeur donne d'illustres marques ^, Cependant qu à Tenvi sa rare piété Fait au sein de Terreur régner la vérité, grince , qui par son choix remis le culte aux temples , Qui t acquis cet honneur par tes pieux exemples , Et que le haut savoir, le sang, et la vertu, Ont dès tes jeunes ans de pourpre revêtu ^ , Je t'offre ce récit, fbible fruit de mes veilles : Mais s'il faut que nos dons égalent tes merveilles, Quel Homère osera placer devant ses vers Ton nom, digne de vivre autant que l'univers?
' Saint Jérôme a déploré en pro»e éloquente les funestes effets des invasions des Francs et des autres nations de barbares qui de son temps dévastoient l'empire romain. Voyez dans ses œuyres, edit. Parisiis irv-folio, t. IV, p. 748, EpistoL ad Agentchiam. Cette épitre est de Tan 409.
* Ce poëme parut en 1673, et l'année précédente Louis XTV avoit fait la conquête de la Hollande.
' Lorsque le duc d'Albret eut été nommé cardinal, il étoit si jeune que dans le monde on l'appeloit par dérision Venfant rouge.