CHANT PREMIER
Je ne voulois chanter que les héros d'Ésope : Pour eux seuls en mes vers j'invoquois Calliope; Même j'allois cesser » et re^^dcHs le port.
La raison me disoit que mes mains étoient lasses : Mais un ordre est venu plus puissant et plus fort Que la raison ; cet ordre accompagné de grâces , Ne laissant rien de libre au cœur ni dans Fesprit, Ma fait passer le but que je m'étois prescrit. Vous vous reconnoissez à ces traits » Uranie ' : C'est pour vous obéir, et non point par mon choix , Qu^à des sujets profonds j'occupe mon génie.
Disciple de Lucrèce une seconde fois >.
* La dochesse de Bouillon.
* Ce vers fait allusion au discours adressé à madame de La Sablière (fable première, k^re X), où La Fontaine a traité de Famé des bétes.
Favorisez cet œuvre; empêchez qu on ne die Que mes v«r6 aous le poids laiiguîrotitabatliis : Protégez les enfants d^une mnse hardie; Inspirez-moi; je veux quioi Ton étudie D'un présent d'ÂpoUon la force et les vertus.
Après que les humains , œuvre de Prométhée, Furent participants du feu qu'au sein des dieuc Il déroba pour nous d'une audace effrontée, Jupiter assembla les habitants des cieux.
Cette engeance, dit-il, est donc notre rivale ! Punissons des humains l'infidèle artisan :
Tâchons par tout moyen d'altérer son présent. Sa main du feu divin leur fut trop libérale : Désormais nos égaux , et tout fiers de no9 btsas , Ils ne fréquenteront vos temples ni les miens. Envoyons-leur de maux une m>u(^ fiytale , Une source de vœul , un fonds poor nos aulels. Tout rOlympe applaudit : aussitôt les mortels Virent ccwirir sur eux avecquè violence Pestes, fièvres, poisoïis répandus dans les airs. Pandore ouvrit sa boite; et mille maux divers S'en vinrent au secours de notre invempéi^anbe. Un des dieux fut touché du malbeut* des huMaûns : C est celui qui pour nous sans cesse ouvre les maitts; C'est Phébus Apolicn. De lui Tient fa lumière, La chaleur qui descend au sein ' de notre mère, Les simples, leur emploi, la musique, les vers,
' Var. Du sein.
GHIKT PBE^IER. Stî
Et For , sîtt'est m bien que IW fiKmt^i^iiifiVers. Ce diea , ^»*jd ^ tevdié ^ rhcMiiaFÎne misâPe , Produisit un rméde au phi« ymod èe tim ttiàfeix : G est réeorce an kin ' , seconde panacée. Loin des peuples connais Apollon Ta (placée.
Entre elle et nous s^étend to^ Tempii^ des flots ^. Peut-être il a vociki la vendre à nos travaux ; Peut-être il la ^devoit doniKer poufr récompensé Aux hôtes d un climat oîi régne l'innocence.
O toi<}tti prodllisis <ce trésor saiis pareil , Cet arbre ainsi <fie Tt/r di'gYie fils êa soleil , Prince du donUe mont, côtnmande aux neuf puceftes Que leur chœur pour m'aider députe deux d'entre elles. J ai besoin aujourd'hui de deux talents divers : L'un est l'ait de ton fils ^ ; et l'autre , les beaux vers.
Le mal le plus commimy et quelqu'un même assure Que seul cm le peut dire «n mal ^ à Uen parler,
* La FoQtekie a ëorit kin «t f um. On éceivoit aloe» kinkim» ot quinquina indifféremment.
* La Fontaine indique une contrée lointaine, mais n'en désire aucune fen p'atniculiet, parceqné ife son Yemps ôti ^oit encore incertain sur le pays d où l'on tiroit le quinquina. Les uns soutenoient qu'il Ycnoit de la Chine , et que c'étoit par cette raison qu'on le nommoit china ou kina; ils le désigooient en latin par les mots de cortex chinensisy écorce de la Chine; d'autres, mieux instruits, assuroient qtfe c'étoit une production du ï^^rou, et le nommaient cortex peruviensis, écorce du TPerou. (Voyez de Blegnj, Remède aniglois pour la prison des fièvres, 1682, in-12^ p. 18.) Le premier quin* quina paroit avoir été tiré àelâ montagne de Loxa, |)rès de Quito , dans îs t'érou.
3 ïlsculape, fils d'Apollon, et dieu de la médecine.
3a4 LE QUINQUINA.
C est la fièvre, autcefbis espéraace trop sûre A doton , quand ses mains se lasMÛent de filer. Nous en avions en vain lorigine cherchée.
On prédisoit son cours , on savoit son progrès ,
On déterminoit ses effets ;
Mais la cause en étoit cachée.
La fièvre, disoit-on, a son siège aux humeurs. Il se fait un foyer qui pousse ses vapeurs
Jusquau cœur, qui les distribue Dans le sang dont la masse en est bientôt imbue. Ces amas enflammés , pernicieux trésors , Sur Taile des esprits aux familles errantes,
S'en vont infecter tout le corps ,
Source de fièvres différentes.
Si lliumeur bilieuse a causé ces transports,
Le sang, véhicule fluide
Des esprits ainsi corrompus , Par des accès de tierce à peine interrompus, Va d artère en artère attaquer le solide ^ Toutes nos actions souffrent un changement.
Le test et le cerveau piqués violemment Joignent à la douleur les songes, les chimères,
' Tout ceci appartient à la doctrine médicale de.Galien, qui attribuoit toutes les fièvres à une dégénérescence des humeurs produite par une affection particulière du pneuma, ou gaz qui cû^ cule dans les vaisseaux. Galien avoit lui-même emprunté ces idées à la philosophie du médecin Éfasistrate. Elles étoient encore en vigueur du temps de La Fontaine, qui ne connoissoit ni les ^rits de Galien , ni la doctrine d*Érasistrate. ( Extrait des notes manuserites du docteur Breschet^ sur ce poëme. }