‹ ŒuvresChapitre 14 sur 136 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

Il semble par ëés sons attirer Galatée ■ ; Par ses sons, et peut^^étre aussi par sa beauté. Le lon^ de ces lambris un doiix charme est porté. Les oiseaux, envieux d'une telle harmonie, Épuisent ce qu'ils ont et d'art et de génie.

Philoméle, à son tour, veut s'entendre louer, Et chante par i*essorts que l'ôhde fait jouer *. Écho même répond ; Écho , toujours hôtesse D'une voûte ou d'Un roc témoili de sa tristesse. L'onde tient sa partie. Il se forme un concert Oii Philoméle, l'eau ^ la flûte, enfin tout sert. Deux lustres de rocher de ces voûtes descendent, En liquide cristal leurs branches se répandent : L'onde sert de flambeaux^; usage tout nouveau. L'art en mille façons a su prodiguer l'eau :

D'une table de jaspe un jet part en fiisée^ Puis en perles retombe , en vapeur, en rosée. L'effort impétueux dont il va s'élançant Fait frapper le lambris au cristal jaillissant. Telle et moins violente est la balle enflammée. L^onde, malgré son poids, dans le plomb renfermée. Sort avec un fracas qui marque son dépit, Et plaît aux écoutants, plus il les étourdit. Mille jets, dont la pluie à l'entour se partage, Mouillent également l'imprudent et le sage.

Craindre ou ne craindre pas à chacun est égal :

' Sujet de la planche XX, gravée par Édelinck, intitulée stattie de Galatée, Elle a éié faite par Baptiste Tubi, Romain.

* Il est question ici de Torgue que Teau par sa chute faisoit jouer, et dont remplacement est marqué sur la planche de la description.

^ Voyez dans la description la planche XIV, intitulée chande^ liers de coquillages et de rocaille, gravée par Chauveau, en 167e. On Toit Feau qui jaillit de chaque bobèche.

Chacun se trouve en butte au liquide cristal. Plus les jets sont confus, plus leur beauté se montre. L'eau se croise, se joint, s'écarte, se rencontre. Se rompt, se précipite à travers les rochers, Et fait, comme alambics, distiller leurs planchers. Niches, enfoncements, rien ne sert de refuge. Ma muse est impuissante à peindre ce délug^e. Quand d'une voiic de fer je frapperois les cieux. Je ne pourrois nombrer les charmes de ces lieux'.

Les quatre amis ne voulurent point être mouil-

* La descrîptioa de La Fontaine est si exacte, que celle de Félibien , en onze pages in>foIio, n'en apprend pas plus. Cette description de Félibien a été réimprimée dans Touvra^j^e intitulé : Re^ cueil des descriptions de peintures et dautres ouvrages faits pour le roi. Paris, 1689, ûa-i3, page 339 ^ ^^7* ^ volume est sans gravures ; mais il y a à la page 334 un plan du château et du petit parc qui nous indique bien où la grotte étoit située. Cette grotte n existe plus depuis long-temps. Quoiqu'elle fut une des plus grandes merveilles de Versailles, Louis XIV la fit détruire : Tagrandissemeot du château rendit ce sacrifice nécessaire. Elle fit place àFaile neuve du nord, dans laquelle on pratiqua une chapelle , qui est devenue le vaste salon d'Hercule, lorsqu'on 1 7 1 1 la chapelle qu'on voit actuellement eut été achevée. Le beau groupe d'Apollon , avec ses coursiers et ses nymphes , ouvrage de Girardon, de Regnaudin, de Guérin, et de Marcy, qui ornoit cette grotte, fut transporté dans le bosquet des dômes; mais ensuite, et toujours du temps de Louis XIV, il fut rapproché du château, dans un petit bosquet simple et triste , et tourné vers le levant, ce qui faisoit un contre-sens avec l'allégorie qu'il représente. Enfin, en 1778, M. d'Angivillers fit retourner tout ce groupe à J'exposition du couchant, et le fit placer sur un rocher artificiel, exécuté d'après les dessins du peintre Robert. Ce groupe forme encore aujourd'hui tout l'ornement du bosquet connu sous le nom du Rocher ou des Bains d'Apollon,

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