‹ ŒuvresChapitre 21 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Pîrent debout en bout retentk* ce$ déserts.

Elle plaint de son sang^ la cruelle aventure, Implore le soleil, les astres, la nature:

Croit fléchir par ses cris les auteurs du destin : Il lui faut arracher sa fille de son sein.

Après mille sang^lots enfin on les sépare :

Le Soleil, las dcToir ce spectacle barbare, Précipite sa course; et, passant sous les eaux, Va porter la clarté chez des peuples nouveaux. L'horreur de ces déserts s'accroît par son absence : L9 Nuit vient sur un char conduit par le Silence; Il amène avec lui la crainte en l'univers.

La part qu en eut Psyché ne fiit pas des moin-^ dres. Représentez-vous une fille qu'on a laissée seule en des déserts effroyables, et pendant la nuit. Il tij a point de conte d'apparitions et d'es^ prits qui ne lui revienne dans la mémoire: à peine oséxt^e ouvrir la bouche afin de se plaindre. Eq cet état, et mourant presque d'appréhension^ elle se . sentit enlever dans l'air. D^abord elle se tint pour perdue, et crut qu'un démon Talloit emporter en des lieux d'où jamais on ne la verroit revenir : cependant c'étoit le Zéphyre qui incontinent la tira de peine, et lui dit l'ordre qu'il avoit de l'enlever de la sorte, et de la mener à cet époux dont parloit l'oracle, et au service duquel il étoit. Psyché se laissa flatter à ce que lui dit le Zéphyre; car c'est un dieu des plus agréables. Ce ministre^ aussi fidèle que diligent, des volonté&de son maître, la porta au haut du rocher. Aprè$.qu'il .lui 5. 4

5p LES AMOURS DE PSYCHÉ, eut fait travefser les airs avec un plaisir qu'elle auroit mieux g^oùté dans un autre temps, elle se trouva dans la cour d'un palais superbe. Notre héroïne, qui commençoit à s accoutumer aux aventures extraordinaires, eut bien l'assurance de contempler ce palais à la clarté des flambeaux qui lenvironnoient; toutes les fenêtres en étoient bordées. Le firmament, qui est la demeure des dieux, ne parut jamais si bien éclairé.

• Tandis que Psyché considéroit ces qpierveilles, une troupe de nymphes la vint recevoir jusque par-delà le perron ; et, après une inclination très profonde, la plus apparente lui fit une espèce de coBipliment, à quoi la belle ne s'étoit mdlement attendue. Elle s'en tira pourtant assez bien. La première chose fut de s'enquérir du nom de celui À qui.appartenoient des lieux si charmants: et il est à croire qu'elle demanda de le voir. Qnne kû répondit là- dessus que confusément: puis ces nymphes la conduisirent en un vestibule d où l'on pouvoit découvrir, d'un côté les cours, etde Tautre côté les jardins. Psyché le trouva proportionné à la richesse de l'édifice. De ce vestibule on la fit passer en des. salles que la magnificence elle-même avoit pris la peine d'orner, et dont la dernière enchérissoit toujours sur la précédente. Enfin cette belle entra dans un cabinet, où on lui avoit pré^ paré un bain. Aussitôt ces nymphes se mirent en devoir de la désèiabiller et de la servir. Elle fit

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