‹ ŒuvresChapitre 23 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

quelque chose de fort terrible : si est-ce qu'au toucher et au son de voix il ne m'a semblé nullement que ce fût un monstre. Toutefois les dieux ne sont pas menteurs; il faut que mon mari ait <|iielque défaut remarquable: si cela étoit, je serois bien malheureuse. Ces réflexions tempérèrent pour quelques moments la joie de Psyché. Enfin elle trouva à propos de n y plus penser, et de ne point corrompre elle-même les douceurs de son mariage. *

Dès que son époux l'eut quittée , elle tira les rideaux : à peine le jour commençok à poindre. En l'attendant, notre héroïne se mit à rêver à ses aventures, particulièrement à celles de cette nuit. Ce n'étoient pas véritablement les plus étranges qu'elle eût courues ; mais elle en revenoit toujours à ce mari qui ne vouloit point être vu. Psyché s'enfonça si avant en ces rêveries, qu'elle en oubUa ses ennuis passés, les frayeurs du jour précédent, les adieux de ses parents , et ses parents mêmes ; et là-dessus elle s'endormit. Aussitôt le songe lui représente son mari sous la forme d'un jouvenceau de quinze à seize ans, beau comme l'Amour, et qui avoit toute l'apparence dun dieu. Transportée de joie, la belle l'embrasse : il veut s'échapper, elle crie; mais personne n accourt au bruit. Qui que vous soyez, dit-elle, et vous ne sauriez être qu'un dieu, je vous tiens, ô charmant époux! et je vous verrai tant qu'il me plaira. L'émotion layant

54 LES AMOURS DE PSYCHÉ, éveillée, il ne lui demeura que le souvenir d une illusion agréable; et, au lieu duu jeune mari, la pauvre Psyché ne voyant en cette chambre que des dorures, ce qui n etoit pas ce qu elle cherchoit, ses inquiétudes recommencèrent. Le sommeil eut encore une fois pitié d elle ; il la replongea dans les charmes de ses pavots : et la belle acheva ainsi la première nuit de ses noces.

Comme il étoit déjà tard, les nymphes entrèrent, et la trouvèrent encore tout endormie. Pas une ne lui en demanda la raison, ni comment elle avoit passé la nuit, mais bien si eUe se vouloit lever, et de quelle façon elle vouloit quon rhabillât. En disant cela, on lui montre cent sortes d'habits, la plupart très riches. Elle choisit le plus simple, se lève, se fait habiller avec précipitation, et témoigne aux nymphes une impatience de voir les raretés de ce beau séjour. On la mène donc en toutes les chambres : il n'y a point de cabinet ni d'arrière-cabinet qu'elle ne visite, et où elle ne trouve un nouveau sujet d admiration. De là elle passe sur des balcons, et de ces balcons les nymphes lui font remarquer l'architecture de l'édifice, autant qu'une fille est cs^pable de la concevoir. Elle se souvient qu'elle n'a pas'assez regardé de certaines tapisseries. Elle rentre donc, comme une jeune personne qui voudroit tout voir à-la-fols , et qui ne sait à quoi s'attacher. Les nymphes avoient assez de p^ne à la suivre, l'avidité de ses

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