‹ ŒuvresChapitre 24 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

yeux la faisant courir sans cesse de chambre en chambre , et considérer à la hâte les merveilles de ce palais, où, par un enchantement prophétique, ce qui n'étoit pas encore et ce qui ne devoit jamais être se rencontroit.

On fit ses murs d'im marbre aussi blanc que l'albâtre.

Les dedans sont ornés d'un porphyre luisant.

Ces ordres dont les Grecs nous ont fait un présent ,

Le dorique sans fard, l'élégant ionique.

Et le corinthien superbe et mag^nifîque,

L'un sur l'autre placés , élèvent jusqu'aux cieux

Ce pompeux édifice où tout charme les yeux.

Pour servir d'ornement à ses divers étages,

L'architecte y posa les vivantes images

De ces objets divins, Cléopâtre, Phrynés,

Par qui sont les héros en triomphe menés.

Ces fameuses beautés dont la Grèce se vante,

Celles que le Parnasse en ses fables nous chante,

Ou de qui nos romans font de si beaux portraits,

A l'envi, sur le marbre étaloient leurs attraits.

L'enchanteresse Armide, héroïne du Tasse,

A côté d'Angélique avoit trouvé sa place.

On y voyoit sur-tout Hélène au cœur léger.

Qui causa tant de maux pour un prince berger.

Psyché dans le milieu voit aussi sa statue.

De ces reines des cœurs pour reine reconnue :

La belle à cet aspect s'applaudit en secret.

Et n'en peut détacher ses beaux yeux qu'à regret.

Mais on lui montre encor d'autres marques de gloire :

Là ses traits sont de marbre, ailleurs ils sont d'ivoire.

Les disciples d'Arachne, à l'envi des pinceaux,

En ont aussi formé de différents tableaux.

Dans l'ua on voit les Ris divertir cette belle; Dans l'autre, les Amours dansent à Pentour d'elle : Et, sur cette autre toile, Euphrosine et ses sœurs Ornent ses blonds cheveux de guirlandes de fleurs. Enfin, soit aux couleurs, où bien dans la sculpture, Psyché dans mille endroits rencontre sa fig^ure; Sans parler des miroirs et du cristal des eaux, Que ses traits imprimés fo^t paroitre plus beaux.

Les endroits où la belle s'arrêta le plus, ce furent les galeries. Là les raretés, les tableaux, les bustes, non de la main des Apelles et des Phidias, mais de la main même des fées, qui ont été les maîtresses de ces grands hommes , composoient un amas d objets qui éblouissoit la vue, et qui ne laissoit pas de lui plaire, de la charmer, de lui causer des ravissements, des extases ; en sorte que Psyché, passant d une extrémité en une autre, demeura long-temps immobile, et parut la plus belle statue de ces lieux.

Des galeries elle repasse encore dans les chambres, afin den considérer les richesses, les précieux meubles, les tapisseries de toutes les sortes, et d'autres ouvrages conduits par la fille de Jupiter. Sur-tout on voyoit une grande variété dans ces choses, et dans l'ordonnance de chaque chambre: colonnes de porphyre aux alcôves (ne vous étonnez pas de ce mot d'alcôve : c'est une invention moderne, je vous l'avoue; mais ne pouvoitelle pas être dès-lors en l'esprit des fées? et nesc-

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