‹ ŒuvresChapitre 25 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

roit-ce point de quelque description de ce palais que les Espagnols , les Arabes, si vous voulez, laurotent prise*?); les chapiteaux de ces colonnes étoientd airain de Corinthe pour la plupart. Ajoutez à cela les balustres d'or. Quant aux lits, ou c'étoit broderie de perles, ou c'étoit un travail si beau, que l'étoffé n'en devoit pas être considérée. Je n'oublierai pas, comme on peut penser, les cabinets, et les tables de pierreries; vases singuliers et par leur matière, et par l'artifice de leur gravure; enfin de quoi surpasser en prix lunivers entier. Si j'entreprenois de décrire seulement la quatrième partie de ces merveilles, je me rendrois

* La Fontaine se trompe : les E^agnols et les Arabes n*avoient pas besoin de recourir aux fées pour imaginer les aJcôves. Les anciens les connoissoient : on en pratiquoit presque toujours dans les cbambres à coucher de Vhibemacuiumy ou appartement d'hiver. Le nom d'une alcôve ëtoit zotheca; on les construisoit en bois de citron, et on les ornoit de bronze et d'écaillés de tortues. On a trouvé des alcôves antiques à la villa Adriani et à la villa Pompeii. (Voyez Plin. jun. lib. II, epist. xvii. — Plin. Hist. nat. lib. XVI, cap. xxiii. — Félibien des Avaux, les plans et les descriptions de deux des plus belles maisons de campagne de Pline le consul, 1699, in-12, Paris, p. aa et lia. Le palais de Scaurus, 1819, in^S*", p. 76. ) Ce qui a trompé La Fontaine, c'est que Fusage des alcôves en France paroit être peu ancien. J'ai lu dans les mémoires manuscrits intitulés les Historiettes y que la célèbre madame de Rambouillet fut la première qui construisit dans son hôtel une alcôve à Paris. J'ignore jusqu'à quel point ce fait est exact. Cet usage nous est venu d'Espagne. Le mot alcôve vient du mot espagnol alcoba, lui-même dérivé du mot arabe al-<^bba, qui signifie un dôme, ou toute construction en forme de voûte.

sans doute importun; car à la fin on s ennuie de

tout, et des belles choses comme du reste.

Je itie contenterai donc de parler d une tapisserie relevée d or, laquelle on fit remarquer principalement à Psyché, non tant pour louvrage, quoiqu'il fût rare, que pour le sujet. La tenture étoit composée de six piééés.

Dans la première on voyoit un chaos, Masse confuse, et de qui rassembla ge Faisoit lutter contre l'orgueil des flots Des tourbillons d'une flamme volage.

Non loin de là , dans un même monceau , Uair gémissoît sous le poids de la terre :

Ainsi le feu, l'air, la terre, avec Feau, Entretenoient une cruelle guerre»

Que fait l'Amour? volant de bout en bout, Ce jeune enfant, sans beaucoup de mystère.

En badinant vous débrouille le tout, Mille fois mieux qu'un sage n'eût su faire.

Dans la seconde, un cyclope amoureux.

Pour plaire aux yeux d'une nymphe jolie.

Se dëmêloit la barbe et les çheveiix; Ce qu'il n'avoit encor fait de sa vie.

En se lùoquant la nymphe s'enf uyoit : Amour l'atteint ; et l'on voyoit la belle , Qud, dans un bois, le cyclope prioit Qu'il l'excusât d'avoir été rebelle.

Page 1