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Daas la troisième, Cupidon paroi$soit assis sur un char tiré par des tigres. Derrière ce char un petit Amour menoit en laisse quatre grands dieux, Jupiter, Hercule, Mars, et Pliiton; tandis cpiie d autres enfants les chassoient, et les faisoient marcher à leur fantaisie. La quatrième et la cinquième représentoient en d autres manières la puissance de Cupidon. Et dans la sixième ce dieu, quoiqu'il eût sujet d être fier des dépouilles de Tunivers, s'inclinoit devant une personne de taille parfaitement heUe, et qui témoignoit à son air une très grande jeunesse. C'est tout ce qu'on en pouvoit juger, car on ne lui voyoit point le visage; et elle avoit alors la tête tournée, comme si elle eût voulu se déharrasser d'un nombre infini d'Ainours qui l'environnoient. L'ouvrier avoit peint le dieu dans un grand respect, tandis que les Jeux et les Ris, qu'il avoit amenés à sa suite, se moquoient de lui en, cachette, et se faisoient signe du doigt que leur maître étoit attrapé. Les bordures de cette tapisserie étoient toutes pleines d'enfants qui se jouoient avec des massues, des foudres et des tridents ; et l'on voyoit en beaucoup d'endroits pendre pour trophées force bracelets et autres ornements de femmes.
Parmi cette diversité d'objets, rien ne plut tant à la belle que de rencontrer par-tout son portrait , ou bien sa statue , ou quelque autre ouvrage de cette nature. Il sembloit que ce palais fût un tem-
6o LES AMOURS DE PSYCHÉ, pie, et Psyché la déesse à qui il étoit consacré. Mais de peur que le même objet se présentant si souvent à elle ne lui devînt ennuyeux, les fées Favoient diversifié, comme vous savez que leur imagination est féconde. Dans une chambre elle étoit représentée en amazone; dans une autre, en nymphe, en bergère, en chasseresse, en grecque, en persane, en mille façons différentes et si agréables, que cette belle eut la curiosité de les éprouver, un jour lune, un autre jour lautre, plus par divertissement et par jeu que pour en tirer aucun avantage , sa beauté se soutenant assez d elle-même. Cela se passoit toujours avec beaucoup de satisfaction de sa part , force louanges de la part des nymphes, un plaisir extrême de la part du monstre, c'est-à-dire de son époux, qui avoit mille moyens de la coiitempler sans qu'il se montrât. Psyché se fit donc impératrice, simple bergère, ce qu'il lui plut. Ce ne fut pas sans que les nymphes lui dissent qu'elle étoit belle en toutes sortes d'habits, et sans qu'elle-même se le dit aussî« Ah! si mon mari me voyoit parée de la sorte! s'écrioit-elle souvent étant seule. En ce moment-là son mari la voyoit peut-être de quelque endroit d'où il ne pou voit être vu; et, outre le plaisir de la voir, il avoit celui d'apprendre ses plus secrètes pensées, et de lui entendre faire un souhait où l'amour avoit pour le moins autant de part que la bonne opinion de soi-même. Enfin il ne se passa
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presque point de jour que Psyché ne changeât d'ajustement. Changer d'ajustement tous les jours! s'écria Acanthe; je ne voudrois point d'autre paradis pour nos dames. On avoua qu'il avoit raison , et il n'y en eut pas un dans la compagnie qui ne souhaitât un pareil bonheur à quelque femme de sa connoissance. Cette réflexion étant faite, Polyphile reprit ainsi :
Notre héroïne passa presque tout ce premier jour à voir le logis : sur le soir elle s'alla promener .dans les cours et dans les jardins, d'où elle considéra quelque temps les diverses faces de l'édifice, sa majesté, ses enrichissements, et ses grâces, la proportion, le bel ordre, et la correspondance de ses parties. Je vous en ferois la description si j'étois plus savant dans l'architecture que je ne suis. A ce défaut, vous aurez recours au palais d'ApoUidon, ou bien à celui d'Armide; ce m'est tout un. Quant aux jardins, voyez ceux de Falerine; ils vous pourront donner quelque idée des lieux que j'ai à décrire.
Assemblez, sans aller si loin, Vaux ' , Lian court » , et leurs naïades , p' -
' Vaux-le-Vicomte, situe à dix lieues de Paris, près Melun, et sur les bords de la Seine, demeure célèbre du surintendant Fouquet, qui y dépensa dî;t-huit millions. Vàjet ci-après le Songe de Faux:.
* Le cbàteao de Liancourt étoit remarquable par ses belles eaux et les belles cascades de ses jardins; il est situé près de Glermont
Y joignant, en cas de besoin,
Ruel ' avecque ses cascades.
Gela fait, de tous les côtés,
Placez en ces lieux enchantés
Force jets affrontant la nue ,' ■*
Des canaux à perte de vue; Bordez-les d'orangers, de myrtes, de jasmins, Qui soient aussi géants que les nôtres sont nains :
Entassez-en des pépinières ;
Plantez-en des forêts entières;
Des forêts, où chante en tout temps
Philoméle, honneur des bocages,
De qui le régne, en nos ombrages,
Naît et meurt avec le printemps ;
Mêlez-y les sons éclatants De tout ce que les bois ont d'agréables chantres. Chasse^ de ces forêts les sinistres oiseaux ;
Que les fleurs bordent leurs ruisseaux;
Que FÂmour habite leurs antres.
N'y laissez entrer toutefois
Aucune hôtesse de ces bois
Qu'avec un paisible zéphyre.
Et jamais avec un satyre.
Point de tels amants dans ces lieux;
Psyché s'en tiendroit offensée :
en BeauYoisis, dans une contrée délicieuse sur la petite rivière d'Arc. Lorsque La Fontaine écriyoit sa Psyché, ce beau domaine avoit passé dans la maison de La Rochefoucauld, par suite du mariage célébré le i3 novembre 1669 entre le prince deMarsillac, fils aîné du duc de La Rochefoucauld, et Charlotte du Plessis, héritière de liancourt et de La Roche-Guyon.
* A Ruel se trouvoit la célèbre maison de plaisance du cardinal de Richelieu, dont les jardii^S) dans le goût italien,. étoient magnifiques* ,