‹ ŒuvresChapitre 27 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Ne les offrez point à ses yeiix , Et moins encore à sa pensée.

Qu'en ce canton délicieux Flore et Pomone, à qui mieux mieux.

Fassent montre de leurs richesses; Et que ce couple de déesses Y renouvelle ses présents Quatre fois au moins tous les ans.

Que tout y naisse sans culture; Toujours fraîcheur, toujours verdure, Toujours Phaleine et les soupirs D'une brigade de zéphyrs.

Psyché ne se promenoit au commencement que dans les jardins , n'osant se fier aux bois , bien qu on rassurât qu elle n'y rencontreroit que des dryades et pas un seul faune. Avec le temps elle devint plus hardie.

Un jour que la beauté d'un ruisseau l'avoit attirée, elle se laissa conduire insensiblement aux replis de Tonde. Après bien des tours, elle parvint à sa source. C'étoit une grotte assez spacieuse, où, dans un bassin taillé par les seules mains de la na^ ture , couloit le lon(j d'un rocher une eau argentée, et qui, par son bruit, invitoit à un doux sommeil. Psyché ne se put tenir d'entrer dans la grottes Comme elle en visitoit les recoins, la clarté, qui alloit toujours en diminuant, lui faillit enfin tout-à-coup. Il y avoit certainement de quoi avoir peur ; mais elle n'en eut pas le loisir. Une voix qui lui étoit familière Fassurs^ d'abord : c'é^

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toit celle de son époux. Il s approcha d'elle, la fit asseoir sur un siégç couvert de mousse, se mit à ses pieds; et, après lui avoir baisé la main, il lui dit, en soupirant : Faut-il que je doive à la beauté d'un ruisseau une si agréable rencontre ? Pourquoi n'est-ce pas à l'amour? Ah! Psyché! Psyché! je vois bien que cette passion et vos jeunes ans n'ont encore guère de commerce ensemble. Si vous aimiez, vous chercheriez le silence et la solitude avec plus de soin que vous ne les évitez maintenant. Vous chercheriez les antres sauvages, et auriez bientôt appris que de tous les lieux où. on sacrifie au dieu des amants , ceux qui lui plaisent le plus ce sont ceux où on peut lui sacrifier en se? cret : mais vous n'aimez point.

Que voulez-vous que j'aime? répondit Psyché.

Un mari, dit-il, que vous vous figurera à votre mode, et à qui vous donnerez telle sorte de beauté qu'il vous plaira.

Oui: mais, repartit la belle, je ne me rencontrerai peut-être pas avec la nature ; car il y a bien de la fantaisie en cela. J'ai ouï dire que non seulement chaque nation avoit son goût, mais chaque personne aussi. Une Amazone se proposeroit un mari dont les grâces feroient trembler, un miari ressemblant à Mars : moi je m^en proposerai un semblable à l'Amour. Une personne mélancolique ne manqueroit pas de donner à ce mari un air sérieux : moi, qui suis gaie, je lui en donnerai un

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