LIVRE I
dès fontaines. Je laisse à penser si les protesta* tiens, les serments, les entretiens pleins de passion, se renouveloient, et de fois à autres aussi les baisers; non point de mari à fomme, il n y a lâen de plus insipide, mais de maîtresse à amant, > et, pour ainsi dire, de gens qui nen seroiènt encore qu'à l'espérance.
Quelque chose manquoit pourtant à la satisfaction de Psyché. Vous voyez bien que j'entends pm*ler de la fantaisie de èon mari, c est-à*dire de^ cette opiniâtreté à demeurer invisible. Toute la postérité s'en est étonnée. Pourquoi une résolu* tion .si extravagante? U se peut trouver des personnes laides qui affectent de se montrer; la rencontre n'en est pas rare : mais que ceux qui sont beaux se cachent, c'est un prodige dans la nature; et peut-être n'y avoit-il que cela de monstrueux en la personne de notre époux. Après en avoir cberché la raison, voici ce que j'ai trouvé dans un manuscrit qui est venu depuis peu à ma connoissance.
Nos amants s'entretenoient à leur ordinaire, et la jeune épouse, qui ne songeoit qu'aux moyens de voir son mari, ne perdoit pas ime seule occa*-* sion de lui en parler. De discours en autre ils via-; rent aux >merTeSles de £e séjour. Après que la belle eut fait une longue énumération des plaisks qu'elle y rencontroit, disoit-elle, de tous côtés,
îî se trouva qu'à $on compte le piincipal point y
68 LES AMOURS DE PSYCHÉ, manquoit. Son mari ne voyoit que trop où elle avoit dessein d en venir ; mais , comme entre amants les contestations sont quelquefois bonnes à plus dune chose, il voulut quelle s expliquât, et lui demanda ce que ce pouvoit être que ce point d'une si grande importance , vu qu'il avoit donné ordre aux fées que rien ne manquât. Je n'ai que faire des fées pour cela , repartit la belle : voulezvous me rendre tout-à-fait heureuse? je vous en enseignerai un moyen bien court : il ne faut, . . • Mais je vous lai dit tant de fois inutilement, que je n'oserois plus vous le dire.
Non, non, reprit le mari, n appréhendez pas de m'être importune : je veux bien que vous me tl:*aitiez comme on fait les dieux ; ils prennent plai- ^r à se faire demander cent fois une même chose: qui vous a dit que je ne suis pas de leur naturel?
Notre héroïne, encouragée par ces paroles, lui repartit : Puisque vous me le permettez, je vous dirai franchement quêtons vos palais, tous vos meubles, tous vos jardins, ne sauroient me récompenser d'un moment de votre présence, et vous voulez que j'en sois tout-à'*fait privée : car je ne puis appeler présence un bien où les yeux n'ont aucune part.
Quoi ! je ne suis pas maintenant de corps auprès de vous, reprit le mari, et vous ne me touchez pas?
Je vous toudie, repartit-eile , et sens bien que