LIVRE L
en^ habits depuis quelles étoient au monde. C'est ce qui rouloit au cœur de ces femmes, ou pour mieux dire de ces furies: je ne devrois plus les appeler autrement.
Cette première entrevue se passa pourtant comme il faut, grâce à la franchise de Psyché et à la dissimulation de ses sœurs. Leur cadette ne s'habilla qu'à demi, tant il tardoit à la belle de leur montrer sa béatitude! Elle commença par le point le plus important, c'est-à-dire par les habits, et par l'attirail que le sexe traîne après lui. Il étoit rangé dans des magasins dont à peine on voyoit le bout : vous savez que cet attirail est une chose infinie. Là se rencontroit avec abondance ce qui contribue non seulement à la propreté, mais à la délicatesse: équipage de jour et de nuit, vases et baignoires d'or ciselé, instruments du luxe ; laboratoires , non pour les fards : de quoi eussent^ils servi à Psyché, puisque l'usage en étoit alors inconiju? L'artifice et le mensonge ne règnoient pas comme ils font en ce siècle-ci. On n'avoit point encore vu de ces femmes qui ont trouvé le secret de devenir vieilles à vingt ans et de paroitre j eunes à soixante , et qui , moyennant trois ou quatre boîtes, l'une d'embonpoint, l'autre de fraîcheur, et la troisième de vermillon , font subsister leurs charmes comme elles peuvent; Certaijaement l'Amour leur est obligé de la peine qu'elles se donnent. Les laboratoires dont il s'agit
86 LES AMOURS DE PSYCHÉ, n'étolent donc que pour les parfums :il y en avoit en eaux, en essences, en poudres, en pastilles, et en mille espèces dont je ne sais pas -les noms, et qui n'en eurent possible jamais. Quand tout l'empire de Flore, avec les deux Arables, et les lieux où naît le baume, seroient distillés, on n'en feroit pas un assortiment de senteurs comme celui-là. Dans un autre endroit ëtoient des piles de joyaux, ornements et chaîùes de pierreries^ bracelets, colliers, et autres machines qui se fabriquent à Gy-4 tbère. On étala les filets de perles ; on déploya les habits chamarrés de diamants : il y avoit de quoi armer un million de belles de toutes pièces. Non que Psyché ne se pût passer de ces choses, comme je l'ai déjà dit ; elle n'étoit pas de ces conquérantes à qui il faut un peu d'aide : mais , pour la grandeur et pour la forme, son mari le vouloit ainsi.
■ Ses sœurs soupiroient à la vue de ces objets : c'étoient autant de serpents qui lem* rougeoient l'âme. Au sortir de cet arsenal, elles. fiirentme^ nées dans les chambres, puis dans les jardins; et par-tout elles avaloient un nouveau poison. Une des choses qui leur causa le plus de dépit fut qu'en leur présence notre héroïne ordonna aux zéphyrs de redoubler la fraîcheur ordinaire de ce séjour, de pénétrer jusqu'au fond des bois, d'aveiv tir les rossignols qu'ils se tinssent prêts, et que ses sœurs se promèneroient sur le soir en un tel endroit. Il ne lui reste , se dirent les sœurs à l'oreiHe ,