‹ ŒuvresChapitre 39 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

que de commander aux saisons et aux éléments.

Cependant les nymphes nétoient pas inutiles:

elles préparaient les autres plaisirs, chacune se-^ Ion son office; celles-là les collations, celles-ci la symphonie ; d autres les divertissements de théâtre. Psyché trouva bon que ces dernières missent son aventure en comédie. On y joua les plus considérables de ses amants, à lexception du mari, qui ne parut point sur la scène: les nymphes étoient trop bien averties pour le donner à connoitre. Mais, comme il falloit une conclusion à la pièce, et que. cette conclusion ne pou voit être autre quun mariage, on fit épouser la belle par ambassadeurs; et ces ambassadeurs furent les Jeux et les Ris : mais on ne nomma point le mari.

Ce futle premier sujet qu eurent les deux sœurs de douter des charmes de cet époux. Elles s etoient malicieusement informées de ses qualités, s'imaginant q|ie ce seroit un vieux roi , qui , ne pouvant mieux, amusoit sa femme avec des bijoux. Mais Psyché leur en avoit dit des merveilles; qu'il n'étoit guère plus âgé que la plus jeune d entre elles deux;, qu'il. avoit la mine d'un Mars, et pourtant beaucoup de douceur en son procédé; les traits du visage agréables ; galant, sur-tout. Elles en seroient juges elles-mêmes: non de ce yoyage, il étoit absent; les affaires de, son état le retenoient en une province, dont elle avoit oublié le nom; au reste, qu'elles se gardassent bien d'interpréter l'o-

racle à la lettre : ces qualités d'incendiaire et d empoisonneur n'étoient autre chose qu'une énigme qu elle leur expliqueroit quelque jour, quand les affaires de son époux le lui permettroient.

Les deux sœurs écoutoient ces choses avec un chagiîn qui alloit jusqu'au désespoir. U fallut pourtant se contraindre pour leur honneur, et aussi pour se conserver quelque créance en Tesprit de leur cadette: cela leur éloit nécessaire dans le dessein qu elles avoient. Les maudites femmes s'étoient proposé de tenter toutes sortes de moyens pour engager leur sœur à se perdre, soit en lui donnant de mauvaises impressions de son mari, soit en renouvelant dans son ame le souvenir d'un de ses amants.

Huit jours se passèrent en divertissements continuels, à toujours changer : nos envieuses se gardoient bien de demander deux fois une même chose; c'eût été faire plaisir à leur sœur, qui, de son côté, les accabloit de caresses. Moins elles avoient lieu de s'ennuyer, et plus elles s'ennuyoient. Elles auroient pris congé dès le second jour, sans la curiosité de voir ce mari, qu'elles ne croyoient ni si beau ni si aimable que disoit Psyché. Beaucoup de raisons le leur faisoient juger de la sortQ : premièrement les paroles de l'oracle; cette prétendue absence, qui se rencontroit justement dans le temps de leur visite; cette province dont Psyché avoit oublié le nom ; l'embar-

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