‹ ŒuvresChapitre 46 sur 136 · LIVRE I. loi · texte numérisé non relu

LIVRE I. loi

C'est ainsi que le Somme en sa grotte est couché;

Ce qu'il ne falloit pas vous taire.

Ses bras à demi nus étaloient des appas,

Non d'un Hercule, ou d'un Atlas,

D'un Pan, d'un Sylvain, ou d'un Faune,

Ni même ceux d'une Amazone; Mais ceux d'une Vénus à l'âge de vingt ans.

Ses cheveux épars et flottants,

Et que les mains de la Nature

Avoient frisés à l'aventure.

Celles de Flore parfumés, Gachoient quelques attraits dignes d'être estimés; Mais Psyché n'en étoit qu'à prendre plus facile : Car, pour un qu'ils cachoient, elle en soupçonnoit mille.

Leurs anneaux, leurs boucles, leurs nœuds, Tour-à-tour de Psyché reçurent tous des vœux :

Chacun eut à part son hommage.

I3ne chose nuisit pourtant à ces cheveux ;

Ce fut la beauté du visage.

Que vous en dirai-je? et comment

En parler assez dignement?

Suppléez à mon impuissance :

Je ne vous aurois d'aujourd'hui

Dépeint les beautés de celui

Qui des beautés a l'intendance.

Que dirois-je des traits où les Ris sont logés? De ceux que les Amours ont entre eux partagés?

Des yeux aux brillantes merveilles.

Qui sont les portes du désir;

Et sur-tout des lèvres vermeilles.

Qui sont les sources du plaisir?

Psyché denieura comme transportée à 1 aspect de son époux. Dès l'abord elle jugea bien que c'é-

toit TAmour; car quel autre dieu lui aoroît paru

si agréable?

Ce que la beauté, la jeunesse, le divin charme qui communique à ces choses le don de plaire ; ce qu'une personne faite à plaisir peut causer aux yeux de volupté, et de ravissement à l'esprit, Cupidon en ce moment- là le fit sentir à notre héroïne. Il dormoit à la manière d un dieu , c està-dire profondément, penché nonchalamment sur un oreiller, un bras sur S4 tçte, l'autre bras tombant sur les bords du lit, couvert à demi d'un voile de gaze, ainsi que sa mère en use, et les nymphes aussi , et quelquefois les bergères.

La joie de Psyché fut grande, si l'on doit appeler joie ce qui est proprement extase: encore ce mot est-il foible, et n'exprime pas la moindre partie du plaisir que reçut la beUe. Elle bénit mille fois le défaut du sexe, se sut très bon gré d'être curieuse , bien fâchée de n'avoir pas contrevenu dès le premier jour aux défenses qu'on lui avoit faites, et à ses secments. Il n'y ^voit pas d'apparence, seloa son sens, qu'il eii d<Ht arriver du mal; au contraire, cela étoit bien, et justifioit les caresses que jusque-là elle avoit cru faire à un monstre. La pauvre femme se repentoit de ne lui en avoir pas fait davantage: elle étoit honteuse de son peu d'amour, toute prête de réparer cette faute si son mari le souhaitoit, quand même il ne le souhaiteroit pas.

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