‹ ŒuvresChapitre 49 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

loi^ silence, rinterrompit ; et fronçant un peu son sourcil : Je vous ai, dit-il, tantôt laissés mettre le plaisir de rire après celui de pleurer: trouverezvousbon que je vous guérisse de cette erreur? Vous savez . que le rire est ami de Thomme y et le mien particulier: mavez-vous cru capable d'abandonner sa défense sans vous contredire le moins du. monde ? Hélas ! non, repartit Acanthe ; car, quand il n y auroit que le plaisir de contredire , vous le trouverez assez grand pour nous en^ gager en une très longue et très opiniâtre dispute.

Ces paroles, à quoi Gelaste ne s'attendoit point, et qui firent faire un petit éclat de risée , Imterdirent un peu. Il en revint aussitôt. Vous croyez^ dit-il , vous sauver par-là; c est l'ordinaire de ceux qui ont tort, et qui connoissent leur foible, de chercher des fuites : mais évitez tant que vous voudrez le combat, si faut-il que vous m'avouiez que votre proposition est absurde, et qu'il vaut mieux rire que pleurer.

A le prendre en général comme vous faites, poursuivit Ariste , cela est vrai ; mais vous falsifiez notre texte. Nous vous disons seulement que la pitié est celui des mouvements du discours que nous tenons le plus noble, le plus excellent si vous voulez; je passe encore outre, et le maintiens le plus agréable : voyez la hardiesse de ce paradoxe.

O dieux immortels ! s'écria Gelaste, y a-t-il des gens assez fous au monde pour soutenir une opi^

io8 LES AMOURS DE PSYCHÉ, nion si extravagante? Je ne dis pas que Sophocle et Euripide ne me divertissent davantage que quan* tité de faiseurs de comédies; mais mettez les choses en pareil degré d'excellence, quitterezvous le plaisir de voir attraper deux vieillards par un drôle comme Phormion, pour aller pleurer avec la famille du roi Priam? Oui, encore un coup, je le quitterai, dit Ariste. Et vous aimerez mieux, ajouta Gelaste , écouter Sylvandre * faisant des plaintes, que d entendre Hylas entretenant agréablement ses maîtresses? G est un autre point, poursuivit Ariste; mettez les choses, comme vous dites, en pareil degréd excellence, je vous répondrai là-dessus: Sylvandre, après tout, pourroit faire de telles plaintes, que vous les préféreriez vous-même aux bons mots d'Hylas'.

Aux bons mots dBylas! repartit Gelaste : pensez-vous bien à ce que vous dites? Savez-vous quel homme c'est que l'Hylas de qui nous parlons?

C'est le véritable héros d'Astrée : c'est un homme plus nécessaire dans le roman, qu'une douzaine de Céladons. Avec cela, dit Ariste, s'il y en avoit deux, ils vous ennuieroient ; et les autres, en quelque nombre qu'ils soient, ne vous ennuient point. Mais nous ne faisons qu'insister l'un et l'autre pour

' Personnage du roman diAstrée. Sylvandre est d*Urfé , Fantear même du roman.

' Voyez XAstrécy i633, in-8^, première partie, liv. I, tome I, page 35

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