‹ ŒuvresChapitre 50 sur 136 · LIVRE L i · texte numérisé non relu

LIVRE L i

notre avis, sans en apporter d'autre fondement que notre avis même. Ce n est pas là le moyen de terminer la dispute, ni de découvrir qui a tort ou qui a raison.

Cela me fait souvenir, dit Acanthe, de certaines gens dont les disputes se passent entières à nier et à soutenir, et point d'autre preuve. Vous en allez voir une pareille si vous ne vous y prenez d'autre sorte.

C'est à quoi il faut remédier, dit Ariste ; cette matière en vaut bien la peine, et nous peut fournir beaucoup de choses dignes d'être examinées. Mais, comme elles mériteroient plus de temps que nous n'en avons, je suis d'avis de ne toucher que le principal, et qu'après nous réduisions la dispute au jugement qu'on doit faire de l'ouvrage de Polyphile, afin de ne pas sortir entièrement du sujet pour lequel nous nous rencontrons ici.

Voyons seulement qui établira le premier son opinion. Comme Gelaste est l'agresseur, il seroit juste que ce fût lui. Néanmoins je commencerai s'il le veut.

Non, non, dit Gelaste, je ne veux point qu'on m'accorde de privilège : vous n'êtes pas assez fort pour donner de l'avantage à votre ennemi. Je vous soutiens donc que, les choses étant égales, la plus saine partie du monde préférera toujours la comédie à la tragédie. Que disje, la plus saine partie du monde? mais tout le monde. Je vous de-

lie LES AMOURS DE PSYCHÉ, mande où le goût universel d aujourdliui se porte. La cour, les daines, les cavaliers, les savants, le peuple, tout demande la comédie; point de plaisir que la comédie. Aussi voyons-nous qu on se sert indifféremment de ce mot de comédie pour qualifier tous les divertissements du tbéâtre ' : on n a jamais dit, Les tragédiens ; ni. Allons à la tragédie.

Vous en savez mieux que moi la véritable raison, dit Ariste, et que cela vient du mot de bourgade, en grec. Comme cette érudition seroit longue, et qu aucun de nous ne Tignore, je la laisse à part, et m'arrêterai seulement à ce que vous dites. Parceque le mot de comédie est pris abusivement pour toutes les espèces du dramatique, la comédie est préférable à la tragédie : n est-ce pas là bien conclure? Cela fait voir seulement que la comédie est plus commune; et parcequelle est plus commune, je pourrois dire quelle toucbe moins les esprits.

Voilà bien conclure à votre tour, répliqua Grelaste : le diamant est plus commun que certaines pierres; donc le diamant touche moins les yeux. Hé! mon ami ! ne voyez-vous pas qu'on rie se lasse jamais de rire? On peut se lasser du jeu,' de la bonne chère, des dames; mais de rire, point.

Avez-vous entendu dire à qui que ce sdit: Il y a

, * So«s ce rapport la langue a changé.

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