‹ ŒuvresChapitre 52 sur 136 · LIVRE I. ii · texte numérisé non relu

LIVRE I. ii

belles trag[édies ne nous donnent une volupté plus grande que celle qui vient du comique , Gelaste ne le niera pas lui-même, s'il y veut faire réflexion.

Il faudroit, repartit froidement Gelaste, condamner à une très grosse amende ceux qui font ces tragédies dont vous nous parlez. Vous allez là pour vous réjouir, et vous y trouvez un homme qui pleure auprès d'un autre homme, et cet autre auprès d'un autre, et tous ensemble avec la comédienne qui représente Andromaque, et la comédienne avec le poète : c'est une chaîne de gens qui pleurent, comme dit votre Platon. Est-ce ainsi que l'on doit contenter ceux qui vont là pour se réjouir?

Ne dites point qu'ils y vont pour se réjouir, reprit Ariste; dites qu'ils y vont pour se divertir. Or je vous soutiens, avec le même Platon, qu'il ny a divertissement égal à la tragédie, ni qui mène plus les esprits où il plaît au poète. Le mot dont se sert Platon fait que je me figure le même poète se rendant maître de tout un peuple, et faisant aller les âmes comme des troupeaux, et comme s'il avoit en ses mains la baguette du dieu Mercure. Je vous soutiens, dis-je, que les maux d'autruinous divertissent, c'est-à-dire qu'ils nous attachent l'esprit.

ils peuvent attacher le vôtre agréablement, poursuivit Gelaste , mais non pas le mien. En vé-

ii4 LES AMOURS DE PSYCHÉ, rite, je vous trouve de mauvais goût. Il vous suffit que Ton vous attache Tesprit; que ce soit avec des charmes agréables ou non, avec les serpents de Tisiphone , il ne vous importe. Quand vous me feriez pa^er Teffet de la tragédie pour une e^èce d'enchantement, cela feroit-il que l'effet de la comédie n'en fût u^ aussi? Ces deux choses étant égales, serez-vous si fou que de préférer la première à l'autre?

Mai& vous-même, reprit Ariste, osez-vous mettre en comparaison le plaisir du rire avec la pitié; la pitié, qui est un. ravissement, une extase? Et comment ne le sèroii^elle pas , si les larmes que nous versons pour nos propres maux>sont, au sen* timent d'Homère, non pas tout-à-fait au mien; si les larmes, dis-je^ sont, au sentiment de ce divin poète , une espèce de volupté? Cari en cet eûduoit où il fait pleurer Achille et Priam , l'un du souve^ nir de Patrocle, l'autre de la mort du dernier de ses enfants , il dit qu'ils se soûlent de ce plaisir ; il les fait jouir du pleurer, comme siic'étoit quelque chose de délicieux. . ' . •

Le ciel vous veuille envoyer beaucoup de jouisr sauces pareilles, rqprit Gelaste ; je n'en serai nùt lement jalouk. Ces extases de la pitié n'accommo*dent pas un homme de mon humeur. Le rire a pour moi quelque chose de plus vif et de plussaosible : enfin le rire me rit davantage. Toute la nature, est en cela de mon avis. Allez-vQais<fen.à: U

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