‹ ŒuvresChapitre 55 sur 136 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

(mvrdges de Tesprit, particulièrement aux vers : je vous le prouverais, aisément si c'était la questîoa;. mais ne s'agissjsmt que de comparer deux choses également bonnes, chacune selon son genre , et la tragédie , à ce que vous dites vousmême, devant letre souverainement, nous ne devons con^ddérer la comédie que dans un pareil degré. En ce degré donc vous dites qu'on peut passer de la tragédie à la comédie; et de celle-ci à l'autre, jamais. Je vous le confesse^ mais je ne fpmbe pa^ d'apcord de vos conséquences ni de la Maison que vous apportez. Celle qui me. semble la meilleure est que dans ia tragédie nous faisons une grande contention d'ame; ainsi on nous représaite ensuite quelque chose qui délasse notre PQpur, et nous remet en l'état où nous étions avant le spectacle I afin que nous en puissions sortir ainsi que d'un songe. Par votre propre raisonnement, vous voyez déjà que la comédie touche beaucoup moins que la tragédie. 11 reste à prouver que cette dernière est beaucoup plus. agréable que l'autre, îdais auparavant, de crainte que la mémoire ne m'en échappe, je vous dirai qu'il, s'en faut bien que la tragédie nous renvoie chagrins et mal satisfaits, la comédie tout-à-fait contenta et de belle humeur; car, si nous apportons à la tragédie quelque sujet de tristesse qui pous soit propre, la compassion en détourne l'effet aUleurs, et noujs sommes heureux de répandre pour les maux d'au-

I20 LES AMOURS DE PSYCHÉ, trui les larmes que nous gardions pour les nôtres. La comédie, au contraire , nous faisant laisser notre mélancolie à la porte, nous la rend lorsque nous sortons. Il ne s agit donc que du temps que nous employons au spectacle, et que nous ne saurions mieux employer qu'à la pitié. Premièrement, niez*vous quelle soit plus noble que le rire?

Il y a si long-temps que nous disputons , repartit Gelaste, que je ne vous veux plus rien nier.

Et moi je vous veux prouver quelque chose, reprit Ariste ; je vous veux prouver que la pitié est le mouvement le plus agréable de tous. Votre erreur provient de ce que vous confondez ce mouvement avec la douleur. Je crains celle-ci encore plus que vous ne faites : quant à l'autre , c'est un plaisir, et très grand plaisir. En voici quelques raisons nécessaires, et qui vous prouveront par conséquent que la chose est telle que je vous dis. La pitié est un mouvement charitable et généreux, une tendresse de cœur dont tout le monde se sait bon gré. Y a-t-il quelqu'un qui veuille passer pour un homme dur et impénétrable à ses traits? Or, qu on ne fasse les choses louables avec un très grand plaisir, je m'en rapporte à la satisfaction intérieure des gens de bien ; je m'en rapporte à vousmême, et vous demande si c'est une chose louable que de rire. Assurément ce n'en est pas une, non plus que de boire et de manger, ou de prendre

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