LIVRE I
quelque plaisir qui ne regarde que notre intérêt. Voilà donc déjà un plaisir qui se rencontre en la tragédie, et qui ne se rencontre pas en la comédie. Je vous en puis alléguer beaucoup d'autres. Le principal, à mon sens, c'est que nous nous mettons au-dessus des rois par la pitié que nous avons d'eux , et devenons dieux à leur égard, contemplant d'un lieu tranquille leurs embarras, leurs afflictions, leurs malheurs ; ni plus ni moins que les dieux considèrent de l'Olympe les misérables mortels. La tragédie a encore cela au-dessus de la comédie, que le style dont elle se sert est sublime; et les beautés du sublime, si nous en croyons Longin et la vérité, sont bien plus grandes et ont tout un autre effet que celles du médiocre. Elles enlèvent l'ame, et se font sentir à tout le monde avec la soudaineté des éclairs. Les traits comiques, tout beaux qu'ils sont, n'ont ni la douceur de ce charme ni sa puissance. Il est de ceci comme d'une beauté excellente, et d'une autre qui a des grâces: celleci plaît, mais l'autre ravit. Voilà proprement la différence que l'on doit mettre entre la pitié et le rire. Je vous apporterois plus de raisons que vous n'en souhaiteriez, s'il n'étoit temps de terminer la dispute. Nous sommes venus pour écouter Polyphile; c'est lui cependant qui nous écoute avec beaucoup de silence et d'attention, comme vous voyez.
Je veux bien ne pas répliquer, dit Gelaste, et
I2Î LES AMOURS DE PSYCHÉ, avoir cette complaisaiice pour lui : mais ce sera à condition que vous ne prétendrez pas ni avoir convaincu ; sinon , continuons la dispute.
. Vous ne me ferez point en cela de tort, reprit Polypbile ; mais vous en ferez peut-être à Acanthe, qui meurt d envie d^ vous faire remaarquer les merveilles de ce jardin. . /
Acanthe ne s'en défendit pas trop. Il répondit toutefois à. l'honnêteté de Polyphile; mais en même tenips il ne laissa pas de s écarter. 'Ses trois amis le suivirent. Us s'arrêtèrent long-temps à l'endroit qu'on appelle le Fer-à-cheval, ne se pouvant lasser d admirer cette longue suite de beautés toutes différentes qu'on découvre du haut des rampes.
Là, dans des chars dorés, le prince avec sa coar Va coûter la, fraîcheur sur le déclin du jour. L'un et l'antre Soleil, unique en son espèce, Etale aux reg^ardants sa pompe et sa richesse. Phébus brille à Fenvi du monarque François; On ne sait bien souvent à qui donner sa voix : Tous deux sont pleins d'éclat et rayonnants de gloire. Ah ! si j'étois aidé des Filles de mémoire.
De quels traits j'ornerois cette comparaison ! Versailles, ce seroit le palais d'Apollon :
Les belles de la cour passeroîent pour les Heures. Mats peignons seulement ces charmantes demeuras.
En face d'un parterre au palais opposé Est un amphithéâtre en rampes divisé.