‹ ŒuvresChapitre 57 sur 136 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

La descente en est douce , et presque imperceptible;

Elles vont vers leur fin d'une pente insensible.

D'arbrisseaux toujours verts les bords en sont ornes.

Le myrte, par qui sont les amants couronnés,

Y range son feuillage en globe,. en pyramide;

Tel jadis le taiUoient les ministres d'Armide.

Au haut de chaque rampe, un sphynx aux larges flancs

Se laisse entortiller de fleurs par des enfanta.

Il se joue avec eux, leur rit à sa manière ,

Et ne se souvient plus de son humeur si fière.

Au bas de ce degré, Latone et ses jumeaux .

De gens durs et grossiers font de vils animaux.

Les changent avec Teau que sur eux ils répondent*.

Déjà les doigts de Tun en nageoires s'étendent;

L'autre en le regardant est métamorphosé :

De l'insecte et de l'homme un autre est composé :

Son épouse le plaint d'une voix de grenouille;

Le corps est femme encor. Tel lui-même se mouille,

Se lave, et. plus il croit effacer tous ces traits.

Plus l'onde contribue à les rendre parfaits.

La scène est un bassin d'une vaste étendue.

Sur les bords, cette engeance, insecte devenue,

Tâche de lancer l'eau contre les déités.

A l'entour de ce lieu, pour comble de beautés,

' La Fontaine , après avoir parlé au parterre qui est en face du château de Versailles, décrit ie bassin de Latone situé au centre de la demi-lune de ce parterre, et au milieu duquel ont été placés, sur plusieurs gradins de marbre rouge , le groupe en marbre blanc de Latone avec ses enfants, Apollon et Diane, et des grenouilles jetant de Teau qui couvre tout le groupe. Ces grenouilles représentent les paysans de la Libye, métamorphosés par Jupiter sur la plainte que lui en fit Latone, à laquelle ils avoient refusé un peu d*eau pour se rafraîchir quand elle fuyoit ppur échapper aux persécutions de Junon.

Une troupe immobile et sans pieds se repose^

Nymphes, héros , et dieux de la métamorphose,

Termes,' de qui le sort sembleroit ennuyeux

S'ils n'étoient enchantés par l'aspect de ces lieux.

Deux parterres ensuite entretiennent la vue.

Tous deux ont leurs fleurons d'herbe tendre et menue.

Tous deux ont un bassin qui lance ses trésors,

Dans le centre en aigrette, en arcs le long des bords.

L'onde sort du gosier de différents reptiles.

Là sifflent les lézards, germains des crocodiles :

Et là mainte tortue, apportant sa maison,

Alonge en vain le cou pour sortir de prison.

Enfin, par une allée aussi large que belle.

On descend vers deux mers d'une forme nouvelle.

L'une est un rond à pans ', l'autre est un long canal,

Miroirs où l'on n'a point épargné le cristal *.

Au milieu du premier, Phébus. sortant de l'onde^

A quitté de Téthys la demeure profonde.

En rayons infinis l'eau sort de son flambeau ;

On voit presque en vapeur se résoudre cette eau.

Telle la chaux exhale une blanche fumée.

D'atomes de cristal une nue est formée :.

Et lorsque le Soleil se trouve vis-à-vis.

Son éclat l'enrichit des couleurs de l'iris.

Les coursiers de ce dieu, commençant leur carrière,

A peine ont hors de Feau la croupe tout entière :

Cependant on les voit impatients du frein ;

Ils forment la rosée en secouant leur crin.

Phébus quitte à regret ces humides demeures :

11 se plaint à Téthys de la hâte des Heures.

* Le bassin <r Apollon ^ qui est vis-à-vis celui de Latone, à Tautre extrémité de Vallée Ferte au allée Royale,

* Le grand canal, qui est immédiatement après le bassin ifApollon: il a la forme d'une croix.

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