I.IVRE IL i
craignant 9^ mère, logeoit âeerétament ses mal^ tressa, comme il y a voit logé son époiue; car le lieu étoit écarté et inaccessible : ainsi eUe auiy>it commis un sacrilège, si elle avoit fait servir à son désespoir ce qui ne servoit qu aux plaisirs.
Voilà comme raisonnait la pauvre Psyché, in<*génieuse à se procurer du mal, mais bien ëloôgnéç de Imtention qu avoit eqé TAmour, à qui cet eiw droit où la belle se trouvoit alors étoit venu fopr tuiteoQient dans I esprit, ou qui peut<>étre lavoit laissé à la discrétion du Zéphyre. Il vouloit la faire aouffrir; tant s^en faut qu'il es^igeàt d'dV» une mort si prompte. Daps cette pensée, il dé» fendit au Zépbyre de la quitter, pour quelque occasion que ce fût, quand même Flore lui. aur roit donné un rende:^^voas, tant que cette pre» mière violence eût jeté son feu.
Je me suis étonné cent fois comme le Zéphyre n'en devint pas amoureux. U est vrai que Flore a ))icn du mérite : puis de courir sur le^ pas d'ua maître, et d'un maître comme TAmour, oeftt élé à lui une perfidie trop grande, et même inutile.' •
Le Zéphyre ayapt dono lœil incessamment sur Psyché, et lui voyant regarder ie fleuve d^Mt manière toute pitoyable S il sa douta de quelque nouvelle pensée de désespoir; et, pour nâtre pas surpris encore une &is, il en avertit aussitôt le
' P'une manière qui ^xcitoit la compassiop ou la pîtië. Sur remploi de ce mot en ce sens , voyez ci-dessus, p. 66.
i34 LES AMOURS DE PSYCHÉ, dieu de ce fleuve, qui, de bonne fortune, tenoit sa cour à deux pas de là, et qui avoit alors auprès de lui la meilleure partie de ses nymphes.
Ce dieu étoit d un tempérament froid, et ne se soucioit pas beaucoup d'obliger la belle ni son mari. Néanmoins, la crainte qu'il eut que les poètes ne le diffamassent si la première beauté du monde, fiJle de roi, et femme d'un dieu, se Boyoit chez lui, et ne rappelassent frère du Styx; cette crainte, dis-je, l'obligea de commander à ses nymphes qu'elles recueillissent Psyché , et qu'elles la portassent vers l'autre rive, qui étoit moins haute et plus agréable que celle-là , près de quelque habitation. Les nymphes lui obéirent avec beaucoup de plaisir. Elles se rendirent toutes à l'endroit ou étoit la belle, et se cachèrent sous le rivage.
Psyché faisoit alors des réflexions sur son aventure, ne sachant que conjecturer du dessein de son mari, ni à quelle mort se résoudre. A la fin, tirant de son cœur un profond soupir: Eh bienl dit^lle, je finirai ma vie dans les eaux : veuillent seulement les destins que ce supplice te soit agréable! Aussitôt elle se précipita dans le fleuve, bien étonnée de se voir incontinent entre les bras de Gymodocé et de la gentille Nais. Ce fut la plus heureuse rencontre du monde. Ces deux nymphes ne faisoient presque que de la quitter : car l'Amour en avoit choisi de toutes les sortes et dans