‹ ŒuvresChapitre 63 sur 136 · LIVRE IL i · texte numérisé non relu

LIVRE IL i

tons les chœurs pour servir de filles d*faoDnear à notre héroïne pendant le temps bienheureux où. elle avoit part aux affections et à la fortune d'ua dieu.

Cette rencontre, qui devoit du moins lui apporter quelque consolation, ne lui apporta au contraire que du déplaisir. Comment se résoudre sans mourir à paroitre ainsi malheureuse et abandonnée devant celles qui la servoient il n'y avoît pas plus d une heure? Telle est la folie de Fesprit humain : les personnes nouvellement déchues de quelque état florissant fuient les gens qui les connoissent , avec plus de soin qu elles n évitent ka étrangers, et préfèrent souvent la mort au sei*vice qu on leur peut rendre. Nous supportons le mal*» heur, et ne saurions supporter la honte.

Je ne vous assurerai pas si ce fleuve avoit de^ Tritons, et ne sais pas bien si c est la coutume des. fleuves que d en avoir. Ce que je vous puis aaan^ rer, c'est qu'aucun Triton n'approcha de notre héroïne: les seules naïades eurent cet honneur. Elles se pressoient si fort autour de la belle ^ que malaisément un Triton y eût trouvé place. Naïs. et Gymodocé la tenoient entre leurs bras, tandis que • d'abattement et de lassitude elle se laissoit aller la tête languissamment, tantôt sur l'une, tantôt sur l'autre , arrosant leur sein toursà-tcMir avec ses lannes.

Aussitôt qu'elle fut à bord, ces deux nymphes^

i3â LES AMOURS DE PSYCHÉ.

€fai dcnmmt été da nombre de se» favorites, comine prudentes et discrètes entre tontes les nymphes du monde, firent signe à leurs compagnes de se retirer; et, ne diminuant rien du respect avec lequel dits la servoient pendant sa fortune, elles prirent 9es habits des mains du Zépbyre, qui se retira aussi, et demandèrent à Psyché si elle ne vouloit pas bien qu elles eussent Thonneur de rhabiller encore une fois. Psyché se jeta à leurs pieds pour toute réponse, et les leur baisa.

Cet abaissement exeessif leur causa beaucoup de confusion et de pitié. L'Amour même en fut tcmché plus que de pas une chose qui fdt arrivée à notre héroïne depuis sa disgrâce. U ne lavoit point quÙJtée de vue, recevant quelque satisfaction à Faspect du mal qu elle se faisoit ; car cela ne pouvoit partir que d un bon principe. Cupidon goùtoit dans les airs ce cruel plaisir. Le bat^ tement de ses ailes obligea Nais et Cymodoeé de toumer la tâte : elles aperçurent le dieu ; et , par considération tout au moins autant que par res* pect, mais principalement pour faire plaisir à la belle , elles se retirèrent à leur tour«

Eh bien I Psyché, dit F Amour, que te semble de ta fortune? ËstK^e impunément que Ion veut tuer le mattre des dieux? Il te tardoit que tu te fusses détruite: te voilà contente. Tu sais comme je suis fait; tu m'as vu : mais de quoi cela te peut->il seiw vir? Je t avertis epie tu n'es plus mon épouse.

Page 1