‹ ŒuvresChapitre 64 sur 136 · LIVRE IL t · texte numérisé non relu

LIVRE IL t

Jusque-là la pauvre Psyché lavok écouté san»

lever les yeux : à ce mot d'épouse elle dit: Hélas! je suis bien éloif^née de pr^idre cette qualité; je uose seulement espérer que vous me recevrez pour esclave. Ni mon esclave non plus, reprit l'Amour; c'est de ma mère que tu Tes; je te donne à elle. Bt garde-toi bien d attenter contre ta vie; je veux que tu souffres, mais je ne veux pas que tu meures ; tu en serois trop tôt quitte. Que si tu as dessein de m obliger, venge^moi de tes deux démons de sœurs ; n'écoute ni oonsidé-* ration du sang ni pitié; sacrifie-les-moi. Adieu, Psyché : la brûlujre que cette lampe ma faite ne me permet pas de t entretenir plus long^temps.

Ce fut bien là que l'affliction de notre héroïne reprit des forces. Exécrable lampe ! mau*dite lampe 1 avoir brûlé un dieu si sensibk et si délicat l qui ne sauroit rien endurer! l'Amour l Pleure, pleure, Psyché; ne te repose ni jour ni nuit : cherche sur les monts et dans les vallées quelque herbe pour le guérir, et porte- la-lui, S'il ne s'étoit poiqt tant pressé de me dire adieu, il verroit l'extrême douleur que son mal me fait, et ce lui seroit un soulagement; mais il est parti! il est parti sans me laisser aucune espérance de le revoir!

Cependant l'aurore vint éclairer l'infortune de notre belle, et amena ce jour-là force nouveautés- Vénus, entre autres, fut avertie de ce qui étoit

i38 LES AMOURS DE PSYCHÉ, arrivé à Psyché. Et voyez comme les choses se rencontrent! Les médecins avoient ordonné à cette déesse de se baigner pour des chaleurs qui lincommodoient. Elle prenoit son bain dès le point du jour, puis se recouchoit. C etoit dans ce fleuve qu elle se baignoit d'ordinaire, à cause de la qualité de ses eaux refroidissantes. Je pense même vous avoir dit que le dieu du fleuve en tenoit un peu. Une oie babillarde qui savoit ces choses, et qui, se trouvant cachée entre des glaïeuls, a voit vu Psyché arriver à bord, et avoit entendu ensuite les reproches de son mari , ne manqua pas daller redire à Vénus 1 aventure de point en point. Vénus ne perd point de temps ; elle envoiedes gens de tous les côtés, avec ordre de lui ame^ ner morte ou vive Psyché son esclave.

Il s'en fallut peu que ces gens ne la rencontrassent. Dès que son époux l'eut quittée, elle s'habilla, ou, pour mieux parler, elle jeta sur soi ses habits: c'étoient ceux qu'elle avoit quittés en se mariant, habits lugubres et commandés par l'oracle, comme vous pouvez vous en souvenir. En cet état elle résolut d'aller par le monde, cherchant quelque herbe pour la brûlure de son mari, puis de le chercher lui-même. Elle n'eut pas marché une demi-heure, qu elle crut apercevoir unpeu de fumée qui sortoit d'entre des arbres et des rochers. G etoit l'habitation d'un pêcheur, située au penchant d'un mont où les <;hévres mêmes

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