‹ ŒuvresChapitre 65 sur 136 · LIVRE IL î · texte numérisé non relu

LIVRE IL î

avoient de la peine à monter. Ce mont, revêtu de chênes aussi vieux que lui, et tout plein de rocs, présentoit aux yeux quelque chose d'effroyable , mais de charmant. Le caprice de la nature ayant creusé deux ou trois de ces rochers qui étoient voisins l'un de l'autre, et leur ayant fait des passages de communication et d'issue, l'industrie humaine avoit achevé cet ouvrage, et en avoit faît la demeure d'un bon vieillard et de deux jeunes bergères. Encore que Psyché, dans ces commencements, fût timide et appréhendât la moindre rencontre, si est-ce qu'elle avoit besoin de s'enquérir en quelle contrée elle étoit, et si on ne savoit point une composition, une racine, ou une herbe, pour la brûlure de son mari. Elle dressa donc ses pas vers le lieu où elle avoit vu cette fumée, ne découvrant aucune habitation que celle-là, de quelque côté que sa vue se pût étendre. Il n'y avoit point d'autre chemin pour y aller qu'un petit sentier tout bordé de ronces. De moyen de les détourner, elle n'en avoit aucun ; de façon qu'à chaque pas les épines lui déchiroient son habit; quelquefois la peau, sans que d'abord elle le sentît: l'affliction suspendoit en elle les autres douleurs. A la fin, son linge, qui étoit mouillé, le. froid du matin, les épines, et la rosée, commencèrent à l'incommoder. Elle se tira d'entre ces hàlliers le mieux qu'elle put ; puis un petit pré, dont l'herbe étoit encore aussi vierge

i4o LES AMOUHS DE PSYCHÉ, que le jour qu'dle naquit, la mona jusque sur le bord d un torrent. C'étoit un torrent et un ahyme. Un nombre infini de sources s y préeipitoient par cascades du haut du mont, puis, roulant leurs eaux entre des rochers, formoient un gazouiller* ment à^peu-près semblable à celui des catadupes du Nil

Psyché, arrçtée tout court par cette barrière, et d ailleurs extrêmement abattue tant de la dou^ leur que du travail , et pour avoir passé sans doiv mir une nuit entière , se concfaa sous des arbris^ seaux que Fhumidité du lieu rendoit fort touâFîis. Ce fut ce qui la sauva.

Deux satellites de son ennemie arrivèrent un moment après en ce même endroit, La raviqe les empêcha de passer outre : ils s ari^tèrent queK que temps à la regarder avec un si grand péril pour Psyché, que lun deux marcha sur sa robe; et, croyant la belle aussi loin de lui quelle en étoit près , il dit à son camarade : Nous cheircbons ici inutilement; ce ne sauroient être que des oit seaux qui se réfugient dans ces lieux : nos compa-» gnons seront plus heureux que nous , et je plains cette personne s'ils la rencontrent ; car notre mat» tresse n'est pas telle qu'on s'imagine : il semble à la voir que ce soit la douceur même ; mais je vous la donne pour une femme vindicative, et aussi cruelle qu'il y en ait. On dit que Psyché lui dis* pute la prééminence des charmes : c'est justement

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