‹ ŒuvresChapitre 66 sur 136 · LIVRE II. i4i · texte numérisé non relu

LIVRE II. i4i

le moyeu de la rendre furieuse, et d en faire tint lîoime à qui on a enlevé ses petits : sa concurrente fera fort bien de ne pas tomber entre ses mains^

Psyché entendit ces mots fort distinctement, et rendit grâces au hasard, qui, en lui donnant des frayeurs ïïiortelles , lui donnoit aussi un avis qui ii'étoit nullement à négliger. De bonheur pour elle <x^ fg&ùs partitH3ût presque aussitôt. A peine elle en étoit revenue , que , sur l'autre bord de la ravine, u& nouveau spectacle lui causa de Tétonâement. La vieillesse en propre personne lui apparut chargée de filets, et en habit de pécheur : les cheveux lui pendoient sur les épaules, et la barbe sur la ceinture. Un très beau vieiUard, et blanc comme un lis , mais non pas si frais, se dis^ posoit À passer. Son front étoit plein de rides, dont la plus jeune étoit presque aussr andentte que le déluge. Aussi Psyché le prit pour Deucd^ lioiï ; et, se mettant à genoux : Père des humaine, lui cria-t-elle , protégeï-moi contre des entremis qui me cherchent!

Le vieillard ne répondit rien : la force de l'enchantement le rendit muet. 11 laissa tomber seè filets^ s'ottbKant soi-même aussi bien que s'il eût été dans gon plus bel âge, oubliant aussi le danger où il se mettroit d être rencontré par les ennettiis de la belle , s'il alloit la prendre sur l'autre bord, ït me semble que je vois les vieillards de Troie qui 9è préparent à la guÉfrre en voyant Hélène.

i42 LES AMOURS DE PSYCHÉ.

Celui-ci ne se soucioit pas de périr, pourvu qu'il contribuât à la sûreté d'une malheureuse comme la nôtre. Le besoin pressant qu'on avoit de son assistance lui fit remettre ciu premier loisir les exclamations ordinaires dans ces rencontres. Il passa du côté où étoit Psyché , et l'abordant de fort bonne grâce et avec respect, comme un homme qui savoit faire autre chose que de tromper les poissons :

Belle princesse , dit-il , car à vos habits c'est le moins que vous puissiez être, réservez vos adorations pour les dieux. Je suis un mortel qui ne possède que ces filets , et quelques petites commodités dont j'ai meublé deux ou trois rochers sur le penchant du mont. Cette retraite est à vous aussi bien qu'à moi : je ne l'ai point achetée; c'est la nature qui l'a bâtie. Et ne craignez pas que vos ennemis vous y cherchent ; s'il y a sur terre un lieu d'assurance contre les poursuites des hommes, c'est celui-là : je l'éprouve depuis long-temps.

Psyché accepta l'asile. Le vieillard la fit descendre dans la ravine, marchant devant elle^ et lui enseignant à poser le pied, tantôt sur cet endroit-là, tantôt sur cet autre; non sans péril: mais la crainte donne du courage. Si Psyché n'eût pf>int fui Vénus , elle n'auroit jamais osé faire ce qu'elle fit.

La difficulté fut de traverser le torrent qui ouloit au fond. Il étoit large, creux, et rapide.

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