LIVRE II
Où es-tu, Zéphyre? s écria Psyché. Mais plus de Zéphyre : TAmour lui avoit donné congé , sur l'assurance que notre héroïne n oseroit attenter ^ contre elle, puisqu'il le lui avoit défendu, ni faire chose qui lui déplût. En effet, elle n avoit garde. Un pont portatif que le vieillard tiroit après soi sitôt qu'il étoit passé, suppléa à ce défaut. C'étoit un tronc à demi pourri, avec deux bâtons de saule pour garde-fous. Ce tronc se posoit sur deux gros cailloux qui servoient de bordages à l'eau en cet endroit-là. Psyché passa donc, et n'eut pas plus de peine à remonter qu'elle en avoit eu à descendre.
De nouveaux obstacles se présentèrent. Il falloit encore grimper, et grimper par-dedans un bois si touffu, que l'ombre éternelle n'est pas plus noire. Psyché suivoit le vieillard, et le tenoit par l'habit. Après bien des peines, ils arrivèrent à une petite esplanade assez découverte et employée à divers offices; c'étoient les jardins, la cour principale, les avant-cours, et les avenues de cette demeure. Elle foumissoit des fleurs à son maître, un peu de fruits, et d'autres richesses du jardinage.
De là ils montèrent à l'habitation du vieillard par des degrés et par des perrons qui n avoient point eu d'autre architecte que la nature : aussi tenoient-ils un peu du toscan^ pour en dire la vérité. Ce palais n avoit pour toit que cinq ou six
i44 LES AMOURS DE PSYCHÉ, arbres dWe prodigieuse hautear, dont les racines cherchoient passage entre les voûtes de ces rochers.
Là deux jeunes bergères assises voyoient paître à dix pas d elles cinq ou six chèvres, et filoient de si bonne grâce, que Psyché ne se put tenir de les admirer. Elles avoient assez de beauté pour ne se pas voir méprisées par la concurrente de Véntts. La plus jeune approchoit de quatorze ans, l'autre en avoit seize. Elles saluèrent notre héroïne d'un air naïf, et pourtant fort spirituel, quoiqu'un pea de honte Taccompagnàt. Mais ce qui fit principalement que Psyché crut trouver deFesprit^n dUes, ce fut ladmiration qu'elles témoignèrent en la regardant. Psyché les baisa, et leur fit un petit cooipliment champêtre, dans lequel elle les lôuoit de beauté et de gentillesse: à quoi elles répondireut par Imcarnat qui leur monta aussitôt aux joues.
Vous voyez mes petites-filles , dit le vieillard à Psyché : leur mère est morte depuis i^ mois. Je les élève avec un aussi grand soin que si te n'élioient pas des bergères. Le regret que j al, c'est que, n'ayant jamais bougé de cette montagne, elles sont incapables de vous servir. Souffireas tou*tefois qu'elles vous conduisent dans leur demeure : vous devez avoir besoin de repos.
Psyché ne se fit pas presser davantage : elle s'alla mettre au lit. Les deux puoelles la déshabillèrent «irec cent signes d'admiration à leur mede