‹ ŒuvresChapitre 68 sur 136 · LIVRE IL î · texte numérisé non relu

LIVRE IL î

quand elle avoit la tête tournée , se faisant 1 une à lautre remarquer de l'œil fort innocemment les beautés quelles découvroient; beautés capables de leur donner de Famour, et d'en donner, s'il faut ainsi dire, à toutes les choses du monde. Psyché avoit pris leur lit : couchée proprement sous du linge jonché de roses, l'odeur de ces fleui*s, ou la lassitude, ou d'autres secrets dont Morphée se sert, l'assoupirent incontinent. J'ai toujours cru , et le crois encore, que le sommeil est une chose invincible. Il n'y a ni procès, ni affliction, ni amour qui tienne.

Pendant que Psyché dormoit, les bergères coururent aux fruits. On lui en fit prendre à son réveil, et un peu de lait; il n'entroit guère d'autre nourriture en ce lieu. On y vivoit à-peu-près comme chez les premiers humains ; plus proprement, à la vérité, mais de viandes que la seule nature assaisonnoit. Le vieillard couchoit en une enfonçure du rocher, sans autre tapis.de pied qu'un peu de mousse étendue, et sur cette mousse l'équipage du dieu Morphée. Un autre rocher plus spacieux et plus richement meublé étoit Pap* partement des deux jeunes filles. Mille petits ouvrages de jonc et d'écorce tendre y tenoient lieu detajpisserie, des plumes d'oiseaux, des festons, des corbeilles remplies de fleurs. La porte du roc servoit aussi de fenêtre, conune celles de nos balcons ; et, par le moyen de l'esplanade, elle décou* 5. ' lo

i46 LES AMOURS DE PSYCHÉ, vroit un pays fort grand, diversifié, agréable : le vieillard avoit abattu les arbres qui pouvoient nuire à la vue.

Une chose m embarrasse, c est de vous dépei]> dre cette porte servant aussi de fenêtre, et sem-«* blable à celles de nos balcons, en sorte que le champêtre soit conservé. Je nai jamais pu savoir comment cela s'étoit fait. Il suffit de dire qu il n'y avoit rien de sauvage en cette l^abitation, et que tout l'étoit à Fentour.

Psyché, ayant regardé ces choses, témoigna à notre vieillard qu elle souhaitoit de lenti^etewr, et le pria de s'asseoir près d elle. Q s en excusa sur sa qualité de simple mortel , puis il obéit. Les deux filles se retirèrent.

C'est en vain , dit notre héroïne , que vous me cachez votre véritable condition. Vous n'avez pas employé toute votre vie à pêcher, et parlez trop bien pour n'avoir jamais conversé qu'avec des poissons. Il est impossible que vous n'ayez vu le beau monde, et hanté les grands, si vous n'êtes vous-même d'une naissance au-dessus de ce qui paroit à mes yeux : votre procédé, vos discours, l'éducation de vos filles ,' même la propreté de cette demeure, me le font juger. Je vous prie, donnez*moi consul Un y a qu'un jour que j'étois la plus heureuse femme. du monde. Mon mari étoit amoureux de moi ; il me trouvoit belle : et ce mari, c'est l'Amour. Il né veut plus que je sois sa

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