‹ ŒuvresChapitre 72 sur 136 · LIVRE II. iSj · texte numérisé non relu

LIVRE II. iSj

ris se sont fâchés une fois, et qu'ils ont fait une fois les difficiles, la mutinerie ne leur coûte plus rien après.

Psyché se rendit à cet avis, et passa huit jours en ce lieu-là, sans y trouver le repos que sou hôte lui promettoit. Ce n'est pas que lentretien du vieillard et celui même des jeunes filles ne char«massent quelquefois ison mal; mais incontinent elle retournoit aux soupirs : et le vieOlard lui disoit que Taffliction dimiuueroit sa beauté, qui étoit le seul bien qui lui restoit, et qui feroit infailliblement revenir les autres. On n avoit point encore allégué de raison à notre héroïne qui lui plût tant. Ce n etoit pas seulement au vieillard qu elle parloit de sa passion : elle demandoit quelquefois conseU aux choses inanimées; elle importunoit les arbres et les rochers. Le vieillard avoit fait une longue route dans le fond du bois. Un peu de jour y venoit d'en haut. Des deux côtés de la route étoient des réduits où une belle pouvoit s'endormir sans beaucoup de témérité: les Sylvains ne fréquentoient pas cette forêt; ils la trouvoient trop sauvage. La commodité du lieu obligea Psyché d'y faire des vers, et d'en rendre les hêtres participants. Elle rappela les idées. de la poésie que les. ny^iphes lui avoient données. Voici à-peu-près le sens de>ses vers:

Que nos plaisirs passés augmentent nos supplices ! Qu'il est dur d'éprouver, après tant de délices,

f58 LES AMOURS DE PSYCHÉ.

Les cruautés du sort !

Falloit-il être heureuse avant qu'être coupable? £t si de me haïr, Amour, tu fus capable.

Pourquoi m'aimer d'abord?

Que ne punissois-tu mon crime par avance?

/V. Il est bien temps d'ôter à mes yeux ta présence,

Quand tu luis dans mon cœur !

Encor si j'ignorois la moitié de tes charmes ! Mais je les ai tous vus; j'ai vu toutes les armes

Qui te rendent vainqueur.

J'ai vu la beauté même et les grâces dormantes. Un doux ressouvenir de cent choses charmantes

Me suit dans les déserts.

L'image de ces biens rend mes maux cent fois pires. Ma mémoire me dit : Quoi! Psyché, tu respires,

Après ce que tu perds?

Cependant il faut vivre : Amou^ m'a ffiit défense D'attenter sur des jours qu'il tient en sa puissance,

Tout malheureux qu'ils sont.

Le cruel veut, hélas! que mes mains soient captives. Je n'ose me soustraire aux peines excessives

Que mes remords me font.

C'est ainsi qu'en un bois Psyché contoit aux arbres Sa douleur, dont l'excès faisoit fendre les marbres

Habitants de ces lieux.

Rochers, qui l'écoutiez avec quelque tendresse. Souvenez-vous des pleurs qu'au fort de sa tristesse

Ont versés ses beaux yeux.

Elle n avoit guère d'autre plaisir. Une fois pour-

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