LIVRE II. i
tant la curiosité de son sexe, et la si^ine propre, lui fit écouter une conversation secrète des deux bergères. Le vieillard avoit permis à Tainée de lire certaines fables amoureuses que Ion composoit alors, à-peu-près comme nos romans, et lavoit défendu à la cadette, lui trouvant lesprit trop ouvert et trop éveillé. C'est une conduite que nos mères de maintenant suivent aussi : elles défendent à leurs filles cette lecture pour les empêcher de savoir ce que c'est qu'amour: en quoi je tiens qu'elles ont tort ; et cela est même inutile, la Nature servant d'Astrée*. Ce qu'elles gagnent par-là n'est qu'un peu de temps : encore n'en gagnent*elles point; une fille qui n'a rien lu croit qu'on n'a garde de la tromper, et est plus tôt prise* irest de l'amour comme du jeu; c'est prudemment fait que d'en apprendre toutes les ruses ; non pas pour les pratiquer, mais afin de s'en garantir. Si jamais vous avez des filles , laissez-les lire.
Gelle&rci s'entretenoientà l'écart. Psyché étoit assise A quatre pas d'elles sans qu'on la vit. La jeune bergère disoit à l'aînée: Je vous prie, ma sœur, consolezi-moi: je ne me trouve plus belle coiimie je faisois. Vous semble-t-il pas que la présence de Psyché nous ait changées l'une et l'autre? J'avois» du plaistr^ à me regarder devant qu'elle
' Allasion an roman intitalé VAstrée^ qui roule emièremeni sur ranioiir>
i6o LES AMOURS DE PSYCHÉ, vint; je ny en ai plus. Et ne vous regardez pas, dit Tainée. Il se faut bien regarder, reprit la cadette : comment feroit-on autrement pour s ajuster comme il faut? Pensez^vous qu'une fille soit comme une fleur^ qui sait arranger ses feuilles sans se servir de miroir? Si j'étois rencontrée de quelqu'un qui ne me trouvât pas à son gré ?
Rencontrée dans ce désert! dit lainée : vous me faites rire. Je sais bien, reprit la cadette, qu'il est difficile d!y aborder ; mais cela n'est pas absolument impossible. Psyché n'a point d'ailes, ni nous non plus; nous nous y rencontrons cependairt. Mais, à propos de Psyché, que simplifient: les paroles qu'elle a gravées sur nos hêtres? pourquoi \ mon père l'a-t-il priée de ne me les point expli- ^ quer? d'où vient qu'elle, so^ire. .incessamment? qui est cet Amour qu'elle dit qu'elle aimé?
Il faut que ce soit son frère, repartit l'ainée. Je gagerois bien que non , dit la jeune fille. Vous qui pariez, feriez-vous tant de façons pour .un frère? C'est donc son m^ri, répliqua la sdeur. Je vous entende bien, reprit la cadette; mais les maris viennent-ils au monde tout faits ?-ne sont-ils point quelque autre chose auparavant? Qu'étoit l'Amour à sa femme devant que de l'épotisei'? c'est ce que je vous demande. Et ce que je ne vous dirai pas, répondit la sœur, car on me l'a défendu.
Vous seriez bien étonnée, dit la jeune fille, si je le savois déjà. C'est un mot qui m'est venu dans