‹ ŒuvresChapitre 75 sur 136 · II · texte numérisé non relu

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i62 LES AMOCRS DE PSYCHÉ, vez rien dit qui m'offense, les beiïes filles. Et vous, continua-t-elle en sadressant à là jeune sœur et en la baisant encore une fois, je vous satisferai tout-à-rheure sur vos soupçons. Votre père na'avoit priée de ne le pas faire ; mais puisque ses précautions sont inutiles, et que la nature vous en a déjà tantôppris, je vous dirai qu'en effet il y a au monde un certain peuple agréable, insinuant, dont les manières sont tout-à-fait douces, qui ne songç qu'à nous plaire, et nous plaît aussi : il n'a rien d'extraordinaire en son visage ni en sa mine; cependant nous le trouvons beau par-dessus tous les autres peuples de Funir verSc Quand on en vient là, les sceurs et les frères ne sont plus rien. Ce peuple est répaodu par toute la terre sous le nom d'amants. De vous dire précisément comme il est fait, c'est une chose impossible : en certain pays il est blanc; en d'autres pays il est noir. L'Amour ne dédaignoit pas d'eo faire partie. Ce dieu étoit mon amant devant que de m'épouser: et ce qui vous étonneroit si VOUS: saviez. comme se gouverne le monde, c'est quO l'étoit même étant mon mari; mais il ne l'est plus.

Ensuite de cette déclaration , Psyché Jeur conta son aventure bien plus au long qu^elle^ne l'avoit contée au vieillard. Son récit étant achevé : Je vous ai, dit -elle, conté ces choses afin que vous fassiez .dessus des réflexions, et qu'elles- vous «er-

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vent pour la conduite de votre vie. Non que mes malheurs , provenant d'une cause extraordinaire , doivent être tirés à conséquence par des bergères, ni qu'ils doivent vous dégoûter d'une passion dont les peines mêmes sont des plaisirs: comment résisteriez-vous à la puissance de mon mari? tout ce qui respiré lui sacrifie. Il y a des cœurs qui s'en voudroient dispenser ; ces cœurs y viennent à leur tour. J'ai vu le temps que le mien étoit du nombre; je dormois tranquillement, oh ne m'entendoit point soupirer, je ne pleurois point : 4 je n'étois pas plus heureuse que je le suis. Cette félicité languissante n'est pas une chose si souhaitable que votre père se l'imagine : les phOosophes la cherchent avec un grand soin, les morts la trouvent sans nulle peine. Et ne vous arrêtez pas à ce que les poètes disent de ceux qui aiment ; ils leur font passer leur plus bel âge dans les ennuis: les ennuis d'amour ont cela de bon qu'ils n'ennjoiient jamais. Ce que vous avez à faire est de bien choisir, et de choisir une fois pour toutes : une fille qui n'ainie qu'en un endroit ne sauroit être blâmée; pourvu que l'honnêteté, la discrétioù, la prudence, soient conductrices de cette affaire, et pourvu qu'on'garde des bornes, c'est-à-dire qu'on fasse semblant d'en garderi Quand vos amours iront mal, pleurez, soupirez, désespérez-vous ; je n'ai que faire de vous le dire ; faites seulement que cela ne paroisse pas : quand elles iront bien ,

i64 LES AMOURS DE PSYCHE, que cela paroisse encore moins, si vous ne voulez que Fenvie s'en mâe, et qu elle corrompe de son venin toute votre béatitude , comme vous voyez qu'il est arrivé à mon égard. J'ai cru vous rendre un fort bon office en vous donnant ces avis , et ne comprends pas la pensée de votre père. U sait bien que vous ne demeurerez pas toujours dans cette ignorance: qu'attend- il donc? que votre propre eiçpérience vous rende éages? 11 me semble qu'il vaudroit mieux que ce fût lexpérience d'autrui, et qu'il vous permît la lecture à l'une aussi bien qu'à l'autre : je vous promets de lui en parler.

Psyché plai4oit la cause de son époux, et peut* être sans cela n'auroit-elle pas inspiré ces senti<^ ments aux deux jeunes filles. Les sœurs l'écou* toient comme une personne venue du ciel. Il se tint ensuite entre les trois belles un conseil secret touchant les affaires de notre héroïne.

Elle demanda. aux bergères ce qu'il leur sembloit de son aventure, et quelle conduite elle avoit à tenir de là en avant.. Les sœurs la prièrent de trouver bon qu'elles demeurassent dans le res-. pect, et s'abstinssent de dire leur sentiment: il ne leur appartenoit pas , dirent7elles , de délibérer sur la fortune d'une dée^e: quel conseil pouvoit-on attendre de deux jeunes ftlles quin'avoient encore vu que leur troupeau? . ,

Notre héroïne les pressa tant, quei l'aînée lui dit qu'elle approuvoit ses soumissions et son repen-

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