LIVRE II
droits, et qui avoit consumé deux années du revenu de son père. Tant de beauté en une personne, et de richesses en son vêtement, tenteroient le premier venu. Elle espéroit véritablement que son mari préserveroit la personne, et em'pêcberoifrtjue l'on ny touchât: les diamants deviendroient ce qu'il plairoit au destin. Quand elle. nauroit rien espéré, je crois qu'il n'en eût été autre chose. lo courut, par toute la terre : on dit qu'elle étoit piquée d'une mouche; je soupçouAe fort cette mouche de ressembler à l'Amour autrement que par les ailçs. Bien prit à Psyché que la mouche qui la piquoit étoit son mari : cela excusoit Umtes choses.
L^ainée des deux filles lui proposa de se. faire faire un autre habit dans cette ville voisine dont j'ai parlé : leur père auroit ce soin-là, si elle le jugeoit à propos. Psyché, qui.voyoit que cette fille étoit d'une taille à-peu-près comme la sienne, aima mieux changer d'habit avec elle, et voulut que la métamorphose s'en fit sur-le-champ. G'étoit une occasion de s'acquitter envers ses hôtesses. Quelle satisfaction pour elle si le prix de ces diamants augmentoit celui de ces filles , et y faisott mettre l'enchère par plus d'amants !
Qui se trouva empêchée? ce fut la; bergère. Le respect, la honte, la répugnance de recevoir ce prient, mille choses l'embarrassoient ; elle.appréhendpit que son père ne la blâmât. Toutes ber-^
i68 LES AMOURS DE PSYCHÉ.
gères qu'étoient ces fiUés, elles avoient du cœar^ et se souvenoient de leur naissance quand il en étoit besoin; Il fallut cette fois-là que Tainée se laissât persuader; à condition, dit-elle, que cet habit lui tiendroit lieu de dépôt.
Nos deux travesties se trouvèrent en leurs nouveaux accoutrements comme si Psyché n'eût fait toute sa vie autre chose qu'être bergère, et la bergère qu être princesse. Quand elles se présentèrent au vieillard, il eut de la pcfine à les rcconnoitre. Psyché se fit un divertissement de cette métamorphose. Elle commençoità mieux espérer, goûtant les raisons qu on lui apportoit.
Le lendemain, ayant trouvé le vieillard seul, elle lui parla ainsi : Vous ne pouvez pas toujours vivre , et êtes en un âge qui vous doit faire songer à vos filles : que deviendront-elles si vous mourez?
Je leur laisserai le ciel pour tuteur, reprit le vieillard ; puis 1 aînée a de la prudence, et toutes deux ont as^ez d'esprit. Si la Parque me surprend, elles n auront qu a se retirer dans cette ville voisine: le peuple y est bon, et aura soin d'elles. Je vous confesse que le plus sûr est de prévenir la Parque. Je les conduirai moi-même en ce lieu dès que vous serez partie. C'est un lieu de félicité pour les femmes; elles y font tout ce qu'elles veulent, et cela leur fait vouloir tout ce qui est bien: Je ne crois pas que mes filles en usent autrement.* S'il étoit bienséant à moi de les louer, je vous dirois