‹ ŒuvresChapitre 79 sur 136 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

quelque peu lexcessive ardeur de ses rayons, puis considérant là terre , et ressuscitant avec ses larmes les herbes que là canicule avoit fait mourir; qui lauroit vue, dis-Je, en cet état, et ne se seroit pas fondu en pleurs aussi bien qu elle, auroit été un véritable rocher.

Deux jours se passèrent à aller de côté et d autre, puis revenir sur ses pas, aussi peu certaine du lieu par où elle -vouloit commencer sa quête, que de la route qu il falloit prendre. Le troisième, elle se souvint que TAmour lui avoit recommandé sur toutes choses de le venger. Psyché étoit bonne : jamais elle n auroit pu se résoudre de faire du mal à ses sœurs autrement que par un motif d o* béissance, quelque méchantes et quelque dignes de punition qu'elles fussent. Que si elle avoit voulu tuer son mari, ce netoit pas comme son mari^ mais comme dragon. Aussi ne se proposa-t-elle point d'autre vengeance que- de faire accroire à chacune de ses soeurs séparément que l'Amour Youloit l'épouser ^ ayant répudié leur cadette comme indigne de l'honneur qu'il lui avoit fait: tromperie qui , dans l'apparence , n aboutissoit qu'à les faire courir l'une et l'autre , et leur faire consumer un peu plus de temps aûtom' d'un miroir.

Dans cette résolution elle se remet en chemin; et, comme une personne de son sexe vint à passer (elle avoit soin* de se détourner des hommes),

hp LES AMOURS DE PSYCHÉ, elle la pria de lui dire par où on alloit à o^rtaiiis royaumes, situés en un eanton qui étoit entre telle et telle contrée, enfin où régnoient les sœurs de Psyché. Le noni de Psyché étoit plus connu que celui de ces royaumes : ainsi cette femme com* prit par-là ce qu'on lui demandoit, et enseigtia à notre bergère une partie de la route qu'il falloit suivre.

A la première croisée de chemins qu'elle rencontra, ses frayeurs se reribuvelèraat. Les gens qu'avoit envoyés Yénus pour se saisir d'elle ayant rendu à leur reine un fort mauvais compte de leur recherche, cette déesse ne trouva point d'autre expédient que de faire trompeter sa rivale. Le crieur des dieux est Mercure : c'est vax de ses cent métiers. Vénus le prit dans sa belle humeur ; et, après s'être laissé dérober par ce dieu deux ou trois baisers et une paire de pendants d'oreilles, elle fit marché avec lui , moyennant lequel il se chargea de crier Psyché par tous les carrefours dé l'univOTs, et d'y faire planter des poteaux cm ce placard seroit affiché :

De par la reine de Cythère, Soient, dans l'un et l'autre hémisphère.

Tous humains dûment avertis Qu'elle a perdu certaine esclave hlonde, Se disant femme de son fils , Et qui court à présent le monde.

Quiconque enseignera sa retraite à Vénus,

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