LIVRE II
. Giwinec^est chose qui la touche,
AuTR trois baisers de sa bouche ;
Qui la lui livrera, quelque chose de plus.
Notre bergère rencontra donc un de ces po* teaux : il y en avoit à toutes les croisées de chemina, un peu fréquentés. Après six jours de travail, elle arriva au royaume de son aînée. Cette malheureuse femme savoit déjà, par le moyen des placarda, ce. qui étoit arrivé à sa sœur. Ce jour-là elle étoit sortie afin d en voir un. La satisfaction quelle en eut fut véritablement assez grande pour mériter qu elle la goûtât à loisir. Ainsi elle renvoya à la ville la meilleure partie de son train, et voulut coucher en une maison des champs où elle alloit quelquefois , située audessus 4'uûc prairie fort agréable et fort étendue. {^ sa joie se dilatpit, quand notice bergère passa^ L9 n^audite reine avoit voulu qu on la laissât seule. Peux 01; trois de se& officiers et autant de femmes se proi^ej^oient à cinq cents pas d elle, et s'entretenoient possible de leur amour, plus attachés à ce qu'ils disoient qu'à ce que pensoit leur maîtresse.
. Psyché la reconnut d assez loin. L antre étoit tellement occupée à se réjouir du placard, que sa sœur se jeta à ses genoux devant qu elle laperçût, Qu^e témérité à une bergère l surprendre sa majesté! la retirer de ses rêveries! se jeter à sçs ge-
noux sans len avertir! il falloit châtier cette audacieuse. Et qui es- tu, insolente, qui oses ainsi m approcher?
Hélas! madame, je suis votre sœur, autrefois réponse dé Cupidon, maintenant esclave, et ne sachant presque que devenir. La curiosité de voir mon mari la mis en telle colère, qu'il m'a chassée. Psyché, ma-t-il dit, vous ne méritez pas detre aimée dun dieu: pourvoyez- vous d'époux ou d'amant, comme vous le jugerez à propos; car de votre vie vous n'aurez aucune part à mon cœur. Si je l'avois donné à votre ainéé, elle l'auroit con- Herwéy et ne seroit pas tombée dans la faute que vous avez faite; je ne serois pas malade d'une brûlure qui me cause des douleurs extrêmes , et dont je ne guérirai de long-temps. Vous n'avez que de la beauté; j'avoue que cela fait naître l'amour: mais, pour le faire durer, il faut autre chose; il faut ce qua votre aînée, de l'esprit, de la beauté, et de la prudence. Je Votas aï dît les raisons qui m'empêchoient de me laisser Voir: votre sœur s'y seroit rendue ; mais poixr Vous, ce n'a été que légèreté d'esprit, contradiction, opiniâtreté. Je ne m'étonne plus que ma mère ait désapprouvé notre mariage; elle voyoit vos dé^ fauts : que je lui propose de trouver bon que j'épouse votre sœur, je suis certain quelleTâgréera. Si je faisois cas de vous, je prendrois le soin moimême de vous punir: je laisse cela à ma mère;