LIVRE IL
pour vous ; qu'il vous suffise de m'invoquer, et je^ pourvoirai à vos nécessités amoureuses.
Disant ces paroles , elle s'abandonna dans les airs à son ordinaire; et, au lieu detre enlevée dans le palais de FAmour, elle tomba premièrement sur une pointe de rocber, et puis sur une autre, de roc en roci chacun deux emporta sa pièce; ils se la renvoyoient les uns aux autres comme un jouet , de manière qu elle arriva le plus joliment du monde au royaume de Proserpine.
Quelques jours après, son aînée se vint planter sur le même roc : celle^^i fit sa harangue au Zéphyre. Amant de Flore, lui cria-t-elle, quitta tes amours, et me viens porter dans le palais de ton maître. Ne me blesse point en chemin ; je suis dé* licate. Que si tu ne veux envoyer que ton haleine, cela suffira; aussi bien naimè-je pas qu on me touche, principalement les hommes: pour l'Amour, tant qu'il lui plaira. Prends garde sur-tout à ne point gâter ma coiffure. Ayant dit ces mots , elle tira un miroir de sa poche, et fut quelque temps à se regarder, raccommodant un cheveu en un endroit, puis un en un autre, quelquefois rien ; non sans se mouiller les lèvres , et tant de façons que si l'Amour avoit été là il en auroit ri. l£31e remit son miroir, accusant, le plus agréablement qu'elle put, le Zéphyre d'être un pares*seux, qui ne sesoucioit que de ses amours, et négligeoit celles de son maître : se moquoH-il, de
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iSxx LES AMOURS DE PSYCHÉ.
la laisser au soleil? Justement comme elle achevoit ces reproches, un petit Eurus qui s etoit fortuitement égaré vint passer à quatre pas d'elle: jugez la joie. Notre prétendue fiancée se donne le branle à soi-même; mais, au lieu d'aller trouver l'Amour, comme elle pensoit, elle va trouver sa sœur, droit par le chemin que l'autre lui avoit tracé, sans se détourner d'un pas.
Ce sont les échos de ces rochers qui nous ont appris la mort des deux sœurs. Ils la contèrent quelque temps après au Zéphyre. Lui, incontinent, en alla porter la nouvelle au fils de Vénus, qui le régala d'un fort beau présent.
Psyché cependant continuoit de chercher l'Amour, toujours en son habit de bergère. Il avoit une telle grâce sur elle, que, si son ennemie l'eût vue avec cet habit, elle lui en auroit donné un de déesse en la place. Les afflictions, le travail, la crainte, le peu de repos et de nourriture, ayoient toutefois diminué ses appas; si bien que, sans une force de beauté extraordinaire, ce n'auroit plus été ^que l'ombre de cet objet qui avoit tant fait parler de lui dans le monde. Bien lui prit d'avoir des charmes à moissonner pour lé temps et pour la douleur, et encore de reste pour elle. Le plus cruel de son aventure étoit les craintes qu'on lui donnoit. Tantôt elle entendoit dire que Vénus la faisoit chercher par d'autres gens ; quelquefois même qu'elle étoit tombée entre les mains de son