LIVRE IL i
rompre eo faveur d une mortelle avec une déesse de ses amies ? Yénas ne lui en avott donné aucun sujet. Qu on dit tout ce qu on voudroit de sa conduite, c'étoit une bonne femme qpi lui àvbit obligation, à la vérité, ainsi qu'à Baccbus; mais elle le savoit bien reconnoître, et le publioit par-tout.
Ce fut beaucoup de déplaisir à Psyché de se voir excluse d un asile où elle auroit cru être mieux venue qu enpas im autre qui fût au monde. En effet, si Gérés, bienfaisante de son naturel, et qui ne se piquoit pas de beauté, lui refusoit sa protection, il n'y avoit guère d apparence que les 4éesses tiant soit peu galantes et d'humeur jalouse lui accordassent la leur. D'y intéresser des dieux, c'étoit s'exposer à quelque chose de pis que la persécution de Vénus : il falloit savoir auparavant quelle sorte de reconiloissance ils exigeroient de la belle. Encore le plus à propos étoitil de ne s'adresser qu'aux divinités de son sexe, tant pour empêcher la médisance que pour ne donner aucun ombrage à son mari. Junon là-dessus lui vint en l'esprit.
Psyché crut qu'y ayant quelque sorte d'émulation entre Cythérée et cette déesse, et pour le crédit et po\ir la beauté, la reine des dieux seroit bien aise de trouver une occasion de nuire à sa • concurrente, suivant l'usage de la cour, et le serment que font les f enmies en venant au monde.
Il ne fut pas difficile à notre bergère de trouver
i84 LES AMOURS DE PSYCHÉ.
Junon : la jalouse femme de Jupiter descend souvent sur la terre, et vient demander aux mortels des nouvelles de son mari.
Psyché rayant rencontrée lui chanta un hymne où il n'étoit fait mention que de la puissance de cette déesse ; en quoi elle commit une faute : il valoit hien mieux s étendre sur da heauté; la louange en est tout autrement agréable. Ce sont les rois que Ton n'entretient que de leur grandeur: pour les reines^ il faut les féliciter d'autre chose, qui veut bien faire. Aussi lepouse de Cupidon fut-elle éconduite encore une fois. La différence qu'il y eut fut que celle-ci se passa quelque peu plus mal que la première. Car, outre les considérations de Cérès, Junon ajouta quil falloit punir ces mortelles à qui les dieux font Fàmour, et obliger leurs galants à demeurer au logis. Que venoient-ils faire parmi les hommes? comme s'il n y avoit pas dans le ciel assez de beautés pour eux! Non quelle en parlât pour son intérêt, se souciant peu de ces choses, et ne craignant du côté des charmes qui que ce fût.
La reine des dieux ne disoit pas tout : il y avoit encore une raison plus pressante que cela, comme on pourroit dire quelque étincelle de ce feu dont on n'avertit les voisins que le moins qu'on peut. Une femme judicieuse ne doit point désobliger le fils de Vénus: sait-elle si quelque jour elle n'aura point affaire de lui? Apparemment le courroux