LIVRE IL 20I
et de Paphos. Quand Cythérée étoit lasse des embarras de sa cour, elle se retiroit en ce lieu avec cinq ou six de ses confidentes. Là , qui que ce soit né FalloitToir. Des médisants disent teutefois que quelques amis particuliers avoient la clef du jardin.
Vénus étoit déjà arrivée quand le char parut. Les trois satellites menèrent Psyché dans la chambre où la déesse se rajustoit. Cette même crainte qui avoit fait oublier à notre bergère la harangue qu'elle avoit faite, lui en rafraîchit la mémoire. Bien que les grandes passions troublent lesprit, il n y a rien qui rende éloquent comme elles.
Notre infortunée se prosterna à quatre pas de là déesse, et lui parla de la sorte : Reine des Amours et des Grâces, voici cette malheureuse esclave que vous cherchez. Je ne vous demande pour récompense de lavoir livrée que la permission de vous regarder. Si ce n'est point sacrilège à une misérable mortelle comme je suis de jeter les yeux sur Vénus , et de raisonner sur les charmes dune déesse, je trouve que l'aveuglement des hommes est bien grand d'estimer en moi de médiocres appas, après que les vôtres leur ont paru. Je me suis opposée inutilement à cette folie : ils mont rendu des honneurs que j'ai refusés, et que je ne méritois pas. Votre fils s'est laissé prévenir en ma faveur par les rapports fabuleux qu'on lui a faits* Les destins m'ont donnée à lui sans me
* demaDder mon consentement. En tout cela j*ai failli, puisque vous méjugez coupable. Je devois cacher des traits qui étoient cause de tant d erreurs, jq devois les défigurer; il falloit mourir, puisque vous m aviez en aversion : je ne lai pas fait. Ordonnez-moi des punitions si sévères que vous voudrez, je les souffrirai sans murmure ; trop heureuse si je vois votre divine bouche s*ouvrir pour prononcer l'arrêt de ma destinée !
Oui, Psyché, repartit Vénus, je vous en donnerai le plaisir. Votre feinte humilité ne me touche point. Il falloit avoir ces sentiments et dire ces choses devant que vous fussiez en ma puis* sance. Lorsque vous étiez à couvert des atteintes de ma colère, votre miroir vous disoit qu'il n'y avoit rien à voir après vous : maintenant que vous me craignez, vous me trouvez belle. Nous verrons bientôt qui remportera l'avantage. Ma beauté ne sauroit périr, et la vôtre dépend de moi: je la détruirai quand il me plaira. Commençons par ce corps d'albâtre dont mon fils a publié les merveilles, et qu'il appelle le temple de la blancheur. Prenez vos scions, filles de la Nuit, et me l'empourprez si bien, que cette blancheur ne trouve pas même un asile en son propre temple.
A cet ordre si cruel Psyché devint pâle , et tomba aux pieds de la déesse , sans donner aucune marque de vie. Cy thérée se sentit émue ; mais quelque dé-