LIVRE II. ao
mon s opposa à ce mouvement de pitié, et la. fit sortir.
Dès quelle fut hors, les ministres de sa vengeance prirent des branches de myrte ; et , se bouchant les oreilles ainsi que les yeux, elles déchirèrent rhabit de notre bergère: innocent habit, hélas! celle qui lavoit donné lui croyoit procurer un sort que tout le monde envieroit. Psyché ne reprit ses sens qu aux premières atteintes de la douleur. Le vallon retentit des cris qu elle fut contrainte de faire : jamais les échos n avoient répété de si pitoyables accents. Il n y eut aucun endroit d'épargné dans tout ce beau corps, qui de-* vant ces moments-là se pouvoit dire en effet le temple de la blancheur: elle y régnoit avec un éclat que je nesaurois vous dépeindre.
Là les lis lui servoient de trône et d^oreillers : Des escadrons d'Amours, chez Psyché familiers,
Furent chassés de cet asile.
Le pleurer leur fut inutile :
Rien ne put attendrir les trois filles d'enfer; Leurs cœurs furent d'acier, leurs mains furent de fer. La belle eut beau souffrir : il fallut que ses peines Allassent jusqu'au point que les sœurs inhumaines Craignirent que Clothon ne survint à son tour.
Ah ! trop impitoyable Amour !
En quels lieux étois-tu? dis, cruel ! dis, barbare ! C'est toi, c'est ton plaisir qui causa sa douleur : Oui, tigre ! c'est toi seul qui t'en dois dire auteur; Psyché n'eût rien souffert sans ton courroux bizarre.
3o4 LES AMOURS DE PSYCHÉ.
Le bruit de ses clameurs s'est au loin cépandu;
Et tu n'en as rien entendu !
Pendant tous ces tourments, tu dormois, je le gag^e^
Car ta brûlure n'étoit rien :
La belle en a souffert mille fois davantage
Sans l'avoir mérité si bien.
Tu devois venir voir empourprer cet albâtre; Il falloit amener une troupe' de Ris :
Des souffrances d'un corps dont tu fus idolâtre
Vous vous seriez tous divertis.
Hélas! Amour, j'^ai tort: tu répandis des larmes Quand tu sus de Psyché la peine et le tourment; Et tu lui fis trouver un baume pour ses charmes
Qui la guérit en un moment.
. Telle fut la première peine que Psyché souffrit. Quand Cythérée fut de retour, elle la trouva éten<» due sur les tapis dont cette chambre étoit ornée, près d expirer, et n en pouvant plus. La pauvre Psyché fit un effort pour se lever, et tâcha de contenir ses sanglots. Cythérée lui commanda de baiser les cruelles mains qui Favoient mise en cet état. Elle obéit sans tarder, et ne témoigna nulle répugnance. Comme le dessein de la déesse n'étoit pas de la faire mourir sitôt, elle la laissa guérir.
Parmi les servantes de Vénus il y en avoit une qui trahissoit sa maîtresse, et qui alloit redire à TAmour le traitement que Ion faisoit à Psyché, et les travaux qu'on lui imposoit. L'Amour ne manquoit pas d'y pom'voir. Cette fois-là il lui