‹ ŒuvresChapitre 97 sur 136 · LIVRE II. 2o · texte numérisé non relu

LIVRE II. 2o

envoya un baume excellent par celle qui étoit de rinteUigence , avec ordre de ne point dire de quelle part, de peur que Psyché ne crût que son mari étoit apaisé, et qu'elle nen tirât des conséquences trop avantageuses. Le dieu n etoit pas encore guéri de sa brûlure, et tenoit le lit. L opération de son baume irrita Vénus, à Tinsu de qui la chose se conduisoit, et qui, ne sachant à quoi, imputer ce miracle, résolut de se défaire de Psyché par une autre voie,

Sous Tune des deux montagnes qui couvroient i droite et à gauche cette maison, étoit une voûte aussi ancienne que Funivers. Là sourdoit une eau qui avoit la propriété de rajeunir ; c'est ce qu on appelle encore aujourd'hui la fontaine de Jou** vence. Dans les premiers temps du monde tl était libre à fous les mortels d y aller puiser. L abus qu'ils firent de ce trésor obligea les dieux de leur en ôter Fusage. Pluton, prince des dieux souterrains, commit à la garde de cette eau un dragon énorme. Il ne dormoit point, et dévoroit ceux qui étoient si téméraires que d en approcher. Quelques femmes se hasardoient, aimant mieux mourir que de prolonger une carrière où il n'y avoit plus ni beaux jours ni amants pour elles.

Cinq ou six jours étant écoulés, Gythérée dit à son esclave : Va-t'en tout-à-l'heure à la fontaine de Jouvence, et m en rapporte une cruchée d'eau. Ce n est. pas pour moi, comme tu peux croire,

2o6 LES AMOURS DE PSYCHÉ, mais poar deux ou trois de mes amies qui en OQt besoin. Si tu! reviens sans apporter de cette eau^ je te ferai encore souffrir le même supplice que tu as souffert.

Cette suivante, dont j'ai parlé ^ qui étoit aux gages de Cupidon, Falla avertir. Il lui commanda de dire à Psyché que le moyen d endormir le . monstre étoit de lui chanter quelques longs récits qui lui plussent premièrement, et puis l'ennuyas-^ ' sent ; et sitôt qu'il dormiroit, qu elle puisât de l'eau hardiment.

Psyché s'en va donc avec sa cruche. On n osoit approcher de l'antre de plus de vingt pas. JL'horrible concierge de ce palais en occupoit la plu-* part du temps l'entrée. Il avoit l'adresse de couler sa queue entre des broussailles , en sorte qu'elle ne paroissoit point; puis, aussitôt que quelque animal venoit à passer, fût-ce un cerf, un cheval, un bœuf, le monstre la ramenoit en plusieurs retours , et en entortilloit les jambes de l'animal avec tant de soudaineté ' et de force, qu'il le faisoit trébucher, se jetoit dessus, puis s'en repaissoit. Peu de voyageurs s'y trouvoient surpris : l'endroit étoit plus connu et plus diffamé que le voisinage de Scylla et Charybde. Lorsque Psyché alla à cette fontaine, le monstre se réjouissoit au soleil, qui tantôt doroit ses écailles, tantôt les faisoit pa» rpître de cent couleurs.

; *' Vojeï ci-dessus, p. 127.

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