ACTE I, SCENE IV. i
COMMIWE,
Sur ce vil instrument jetez votre colère.
COITIER.
J'impute au souverain les e.\cès qu'il tolère.
COMMIWE.
La crainte est son excuse.
COITIER.
Il craint un assassin, Et ia mort qu'il veut fuir, il la porte en son sein. La terreur qu'il répand sur sou cœur se rejette; Il tourne contre lui sa justice inquiète ; Lui-même est le bouri'eau de ses nuits, de ses jours ; Lui, dont Tordre inhumain. .. Ah! malheureuxNemours!
COMMINE.
TNemours était coupable.
COITIER.
Et je le crois victime.
Je rends à sa mémoire un culte légitime. Moi, serviteur obscur, nourri dans sa maison, Je l'ai vu cultiver ma précoce raison.
Ses dons m'ont soutenu dans une étude ingrate. Quand Montpellier m'admit sur les bancsd'Hippocrate, L'hermine des docteurs conquise lentement Para ma pauvreté d'un stérile ornement.
Je crus Nemours : j'osai, séduit par ses paroles, Secouer pour la cour la poudre des écoles.
i4 LOUIS XI.
Ma rudesse étonna : ma brusque liberté Heurta ce vieux respect par la foule adopté. On me vit singulier et Ton me crut habile. La stupeur à mes pieds mit celte cour servile, Quand j'osai gouverner, sans prendre un front plus doux, La santé de celui qui vous gouvernait tous. Nemours fit ma fortune, et moi, moi, son ouvrage , Je n'ai pu de son roi fléchir l'aveugle rage ! Brillant de force alors, Louis, plein d'avenir, Méprisa cette voix qui devait l'en punir, Frappa mon bienfaiteur, et jeta sa famille Dans la nuit des cachots creusés sous la Bastille. Un de ses fils, un seul, voit la clarté des cieux ; J'ai soustrait avec vous ce dépôt précieux, Je vous l'ai confié; soit pitié, soit justice, De ce pieux larcin Commine fut complice. Oui, vous !
COMMINE.
Coitier !
COITIER.
Vous-même 1
COMMINE.
A u nom du ciel, plus bas !
COITIER.
Eh bien ! plaignez Nemours, et ne l'accablez pas. Mon cœur saigne, je souffre, et ne puis me contraindre